Dieu est-il infini dans son essence ? [DIEU UNIQUE ET TRINITAIRE Q8 Turretin]

HUITIÈME QUESTION : L’INFINI DE DIEU

 

Dieu est-il infini dans son essence ? Nous affirmons contre Socinus et Vorstius

 

I. L’infinité de Dieu suit sa simplicité et se diffuse également à travers les autres attributs de Dieu, et par elle la nature divine est conçue comme libre de toute limite dans l’imperfection : quant à l’essence (par incompréhensibilité) et quant à la durée (par éternité) et quant à la circonscription, en référence au lieu (par immensité). Nous traitons ici de la première, laissant les autres pour considération future.

 

1.Énoncé de la question.

 

II. Nous ne traitons pas ici de l’infini (improprement appelé ainsi et comme à nous) comme le nombre des étoiles et des sables sur le rivage est dit être infini. Car nous ne pouvons pas les compter (bien qu’en soi il soit nécessairement fini) puisqu’il n’y a rien d’autre réellement et absolument infini que Dieu. Nous traitons de l’infini proprement dit et en lui-même.
III. Nous ne traitons pas de l’infini syncatégorique et relatif, dont on dit qu’il n’y en a pas tant que ça, mais il peut y en avoir plus (car on dit que la quantité est infiniment divisible). Mais nous traitons de catégorique et d’absolu ; non pas d’infini potentiel (dans lequel le désir de matière par rapport aux formes est dit infini), mais d’infini tel (selon lequel l’essence n’est pas seulement indéfinie[aoristos], mais vraiment infinie[apeiros]) ; non seulement réellement infini dans le cas oblique, mais également un acte infini dans le cas propre.
IV. Les Sociniens et les Vorstius, qui labourent avec leurs bœufs, interfèrent avec cet infini. Comme ils ne reconnaissent pas l’immensité de Dieu quant à l’essence, ils nient que Dieu est en réalité infini simplement, bien qu’en ce qui nous concerne, il puisse souvent être appelé ainsi. Et les Remontrants sont d’accord avec eux (bien qu’indirectement) pour attribuer à Dieu l’infinité du pouvoir et du fonctionnement, mais en lui enlevant ou en remettant en question l’infinité de son essence.

 

2.Preuve que Dieu est infini par essence : de Ps. 145:3 ; Job 11:7.

 

V. Les orthodoxes attribuent l’infinité absolue à Dieu par rapport à l’essence. En premier lieu, l’Écriture l’enseigne clairement : « L’Éternel est grand et très loué, et sa grandeur n’a pas de fin » (Ps 145,3). Ici, le psalmiste ne parle pas de la grandeur de la messe (qui ne peut en aucun cas s’appliquer au Dieu le plus simple), mais de la grandeur, ou plutôt de l’infinité, de l’essence et de la vertu. Ainsi Zophar dit : « Peux-tu, en cherchant, découvrir Dieu ? Veux-tu découvrir le Tout-Puissant à la perfection ? Elle est aussi haute que le ciel ; que peux-tu faire ? Plus profond que l’enfer ; que sais-tu ? Sa mesure est plus longue que la terre et plus large que la mer  » (Job 11:7-9). Il ne faut pas non plus dire que ces mots se réfèrent correctement à la perfection de la sagesse, comme le souhaite Crellius ( » De Deo et Ejus Attributis « , 1.27 dans Opera[1656], 4:91). Car outre le passage lui-même témoignant qu’il traite de l’incompréhensibilité de Dieu, s’il ne faisait référence qu’à la sagesse, l’argument ne perdrait pas une particule de sa force parce que la propriété d’une perfection infinie ne peut convenir à un caractère fini. Dans le même but sont les suivants : « Qui a mesuré les eaux dans le creux de sa main, et a rencontré le ciel avec la travée ? » (Es 40,12) ; « Voici, les nations devant lui sont comme une goutte d’eau dans un seau, et comme rien » (Es 40,15.17).

 

3.De la perfection de Dieu.

 

VI. Deuxièmement, de la pure perfection de Dieu. Car puisqu’il a toute perfection qui peut être et être possédée, il est évident que rien ne peut être ou être conçu meilleur et plus parfait. Il doit donc nécessairement être infini parce qu’un bien infini vaut mieux qu’un fini. En outre, les perfectionnements dans les choses créées sont inclus dans certaines limites au-delà desquelles elles ne sont pas étendues et toute leur activité a une certaine sphère au-delà de laquelle elle ne peut aller. Mais en Dieu, c’est différent. En plus de contenir chaque perfection de chaque être, il l’a de la manière la plus éminente (c’est-à-dire qu’il embrasse chaque degré de chaque perfection sans aucune limitation).

 

4.Et son pouvoir.

 

VII. Ceci est encore confirmé par l’examen de son pouvoir. Puisque le pouvoir (comme les autres attributs) peut être identifié avec l’essence, l’essence doit être la même avec elle dans la nature et donc infinie rien de moins qu’elle. Il en ressort que sa puissance est infinie, que rien n’est impossible à Dieu (car on ne peut pas en dire autant d’une puissance finie et limitée). Enfin, si l’essence de Dieu est finie, il doit être limité par une cause (ce qui ne peut être dit de celui qui n’a pas de cause supérieure à lui-même, mais qui est la cause de tout). C’est pourquoi nous pouvons nous joindre aux anciens pour dire que « Dieu est infini et incompréhensible et que l’infini et l’incompréhensibilité sont la seule chose qui puisse être comprise à son sujet » (apeiron akatalēpton to theion kai touto monon autou katalēpton hē hē hapeiria, kai hē akatalēpsia).
VIII. On dit que Dieu est infini en essence de trois manières : (1) à l’origine, parce qu’il est absolument indépendant, qu’il n’a ni ne peut rien avoir de préalable ou de supérieur à lui-même ; (2) formellement, parce qu’il a une essence absolument infinie (apeiron) ; (3) virtuellement, parce que son activité n’a aucune sphère limitée, et qu’il n’a pas besoin du concours d’une cause en agissant, mais fait toutes choses comme il veut.

 

5.Sources d’explication.

 

IX. Bien que Dieu ne puisse produire un effet infini (parce qu’il n’est pas produisible), il ne cesse d’être d’une vertu infinie parce qu’il agit dans un mode infini. L’infini, que l’on ne peut finalement pas trouver à cause de la répugnance, se trouve dans ce mode d’action.
X. La compréhension désigne soit l’obtention et la réalisation complètes de la chose désirée en référence (schesin) à ceux qui atteignent le but dans une course (dans ce sens, les saints du ciel sont appelés « atteignants »[Ph 3:12 ; 1 Co 9:24] pour les distinguer des croyants qui sont encore en chemin) ; soit la connaissance précise et parfaitement absolue de Dieu, qui est parfaitement adéquate à l’objet. En ce sens, on ne peut dire qu’aucun n’a atteint – ni les hommes ni les anges – parce que le fini n’est pas capable de l’infini.
XI. Bien que Dieu se connaisse parfaitement et adéquatement, il ne s’ensuit pas que son essence soit finie parce que la connaissance et l’appréhension que Dieu a de lui-même sont infinies. Ainsi, on dit que l’essence est moins bien finie à Dieu. Non pas que Dieu juge son essence comme étant finie, mais que sa connaissance lui est adéquate.
XII. Elle implique une contradiction pour que quelque chose soit indéfini et soit réellement infini sans aucune limite d’essence, et en fait ce quelque chose (c’est-à-dire le plus singulier) indivisible en soi et divisé les uns des autres.
XIII. Bien que toutes les créatures soient à une distance infinie de la perfection incréée, et qu’entre elles et Dieu il n’y ait aucune proportion d’égalité et de commensuration, il ne s’ensuit pas que toutes les créatures soient également parfaites parce que la mesure de la perfection des créatures ne vient pas de leur distance de la perfection de Dieu, mais des degrés plus ou moins élevés de perfection dont chaque chose bénéficie de Dieu.
XIV. Toutes les perfections appartiennent à Dieu, soit formellement (en tant que perfections simplement ainsi, c’est-à-dire qu’il vaut mieux absolument parler d’avoir que de ne pas avoir, et qu’aucune perfection plus grande ne peut être conçue) ; soit éminemment (en tant que perfections relativement, qui en effet dans leur genre indiquent quelque perfection, mais nécessairement associées à quelque imperfection ; et comme il est impossible de les avoir correctement et officiellement, mais on dit les posséder de manière virtuelle et éminente car il peut produire cette perfection ou car il peut accomplir sans elle ce que peut réaliser, toute imperfection étant exclue).
XV. Ce qui est pour qu’il n’y ait rien d’autre (ni formellement ni éminemment) est fini quant au fond. De Dieu, cependant, cela ne peut pas être dit, qui est tellement quelque chose qu’il est néanmoins tout éminemment, contenant en lui éminemment les perfections de toutes choses.
XVI. Bien que l’infinité locale exige que l’existence formelle d’une chose en tous lieux, l’infinité d’essence n’exige pas que la chose soit formellement toute la substance, mais seulement qu’elle contienne les perfections de chaque substance, sinon formellement, du moins éminemment.

Turretin.

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