Les Écritures peuvent-elles être lues avec profit par n’importe quel croyant, et doit-il les lire sans permission ? Nous l’affirmons.[SAINTES-ECRITURES Q18 Turretin]

DIX-HUITIÈME QUESTION :
LA LECTURE DES ÉCRITURES

 

Les Écritures peuvent-elles être lues avec profit par n’importe quel croyant, et doit-il les lire sans permission ? Nous l’affirmons contre les papistes

 

1.Opinion des papistes sur la lecture des Ecritures.

 

I. L’opinion des papistes peut être recueillie au mieux dans l’article IV, « Règles concernant les livres interdits », publié sous la sanction du Concile de Trente, qui se lit comme suit : « L’expérience ayant prouvé qu’en raison de la témérité des hommes, le fait de permettre la Bible dans la langue vulgaire a fait plus de mal que de profit, ils interdisent la Bible avec toutes ses parties, imprimées ou manuscrites, dans quelque langue vulgaire qu’elle existe «  (cf. Schroeder, pp. 274-75). Mais comme cela paraissait un peu trop dur, Pie IV se montra disposé à le modifier en laissant la concession de la lecture de la Bible au « jugement du pasteur ordinaire » ou à « l’évêque » (« à ceux qui, ils le savaient, ne recevraient pas de mal mais un accroissement de foi et de piété de la part d’un tel examen »). Mais l’observation suivante de Clément VIII sur l’article IV montre que cet espoir était évidemment illusoire, puisqu’il nie qu’un tel pouvoir d’accorder une telle permission  » puisse être accordé de nouveau à des évêques ou à d’autres, ce qui avait été refusé jusque-là par le commandement de l’Inquisition  » (une pratique à laquelle il fallait adhérer). Ainsi, en enlevant d’une main ce qu’ils semblaient donner de l’autre, ils montrent que leur but réel est de cacher cette lumière sous un boisseau et d’arracher les Écritures des mains du peuple pour ne pas qu’on découvre leurs erreurs. Pourtant, il faut avouer que pour certains papistes qui pensaient que leur lecture devait être permise aux croyants, cela semblait une tyrannie cruelle. Mais ils sont peu nombreux par rapport à ceux qui préconisent son interdiction. Leur opinion est reçue comme commune à toute l’Eglise car fondée sur une loi sanctionnée par l’autorité d’un conseil et d’un pape. Le Concile lui-même a proclamé  » son autorité d’être suprême dans l’Église universelle  » (Session XIV, Schroeder, p. 96) expressément chargé de  » déterminer et de publier ce qui concerne la censure des livres  » (suite de Session XXV, Schroeder, p. 255). Par conséquent, cela ne peut être considéré que sous l’angle d’une loi universelle de l’Église romaine, jusqu’à ce qu’elle soit expressément abrogée, quoi qu’ils puissent dire le contraire. Mais nous, d’autre part, nous soutenons non seulement que chaque croyant peut lire librement les Écritures, mais qu’il doit aussi le faire sans attendre la permission d’un évêque ou d’un prêtre.

 

2.Énoncé de la question.

 

II. La question n’est pas de savoir si la lecture des Écritures est absolument et simplement nécessaire à tous. Car les deux nourrissons sont sauvés sans lui et de nombreuses personnes analphabètes (analphabētoi) parmi les adultes qui ne le lisent jamais. La question est de savoir s’il est si légal pour tout le monde que personne (bien qu’ignorant et non instruit) ne devrait être interdit de les lire.
III. La question n’est pas de savoir si une certaine discrétion peut et ne doit pas être utilisée dans la lecture des livres de l’Ecriture selon la capacité (comme autrefois les jeunes n’étaient pas autorisés à lire certains des livres scripturaires à cause d’une déficience de jugement en raison de l’âge). Il ne s’agit pas tant d’une interdiction que d’une méthode d’enseignement et peut convenablement conduire à leur plus grande amélioration et édification. La question est de savoir si la lecture doit être interdite à quiconque (ce que nous nions).

3.La lecture des Écritures l’a prouvé.

 

IV. Les raisons en sont les suivantes : (1) le commandement de Dieu qui s’applique à tous et à chacun (Dt. 6:6-8 ; 31:11, 12 ; Ps. 1:2 ; Col. 3:16 ; Jean 5:39 ; Jos. 1:8 ; 2 P 1:19 ; Apoc. 1:3). (2) Le dessein des Écritures, car elles ont été données pour le profit et le salut de tous et pour fournir à tous des armes contre nos ennemis spirituels (2 Tim 3:16 ; Rom. 15:4 ; Éph. 6:17). (3) Les Ecritures sont le Testament de notre Père céleste, et un enfant devrait-il être interdit de lire la volonté de son père ? (4) La pratique uniforme de l’Église, juive et chrétienne (Dt. 17:18, 19 ; Actes 8:27 ; 17:11 ; 2 Pierre 1:19 ; 2 Tim. 3:15, 16). Les pères anciens sont toujours aussi unanimement zélés en recommandant et en inculquant toute la lecture des Écritures (cf. Chrysostome fréquemment dans le Sermon 6, Sermons IX dans Genesim[PL 54.608] ; « Homélie 1 », dans Matthéeum[NPNF1, 10:1-8] et Concionis VII de Lazaro 3[PG 48.995] où il répète souvent que la cause des maux, ce sont les ignorances des Écritures, Augustin, Confessions 6.5[CF 21:135-37] ; Sermon 35, De Tempore[PL 38.213-14] ; Basile, « Homélie 10 », Sur le Psaume 11[CF 46:151-52] ; Cyprien, en fait néo-navottien, « Les lunettes »[CF 67:124-25] ; Origène, Sermon 9, In Leviticum[PG 12.508-25] et Sermon 12, On Exodus[FC 71:367-74] ; Jérôme, Lettre 107, « À Laeta »[NPNF2, 6:189-95, surtout 193]).

 

4.Sources d’explications.

 

V. Ce qui, en soi et à juste titre, entraîne plus de blessures et de pertes que d’avantages ne devrait pas être permis. Mais cela ne vaut pas pour ce qui n’est qu’accidentellement (c’est-à-dire par la faute des hommes). Si les hommes abusent des Écritures, ce n’est pas en soi, mais accidentellement à cause de la perversité de ceux qui les déchirent à tort à leur propre destruction. Sinon (si à cause de l’abus l’usage doit être interdit), les Ecritures devraient être retirées non seulement aux laïcs, mais aussi aux enseignants qui en abusent beaucoup plus. En effet, les hérésies ne sont pas le plus souvent le fait des gens du peuple et de ceux qui ne sont pas instruits, mais de l’ecclésiastique.
VI. Si des erreurs peuvent surgir des Écritures mal comprises, si loin de les éloigner de leur lecture, cela devrait plutôt les exciter à la recherche. Ainsi, s’ils les comprennent bien, ils peuvent être en mesure de contrecarrer de telles erreurs.
VII. La liberté de lire les Écritures n’enlève ni l’instruction orale, ni la direction pastorale, ni les autres aides nécessaires à la compréhension. Elle ne s’oppose qu’à la tyrannie de ceux qui ne veulent pas que les ténèbres de leurs erreurs soient dissipées par la lumière de la parole divine.
VIII. Quand le Christ interdit de donner ce qui est saint aux chiens et de jeter des perles devant les porcs (Mt. 7:6), il ne veut pas nier aux croyants le droit de lire et d’utiliser les Écritures (et les fils de Dieu ne pourraient pas être appelés chiens et porcs). Il signifie seulement que les symboles de la grâce divine ne doivent pas être communiqués aux impurs et à tous les pécheurs ; ou que les mystères les plus élevés de la foi doivent être brutalement écartés des incroyants ou de ceux qui, par une obstination désespérée, résistent à la vérité manifeste. Les symboles de la grâce divine devraient plutôt être utilisés pour l’instruction de ceux qui viennent avec un esprit humble et docile.
IX. Ne suffit-il pas que la lecture des Écritures soit permise par les papistes à quelques uns  ? Car cela ne devrait pas être accordé à certains comme un privilège qui est administré à tous comme un devoir.

Turretin.