Y avait-il une prédestination des anges, et était-ce du même genre et du même ordre que la prédestination des hommes ? Nous affirmons le premier, nous nions le second. [DÉCRETS ET PRÉDESTINATION Q8 Turretin]

HUITIÈME QUESTION :
LA PRÉDESTINATION DES ANGES

 

Y avait-il une prédestination des anges, et était-ce du même genre et du même ordre que la prédestination des hommes ? Nous affirmons le premier, nous nions le second.

 

I. Bien que l’Écriture parle beaucoup moins de la prédestination des anges que de celle des hommes (ce qui nous préoccupe le plus), mais parce qu’elle a jugé qu’il s’agissait de notre édification de révéler quelque chose à son sujet, nous devons la suivre comme un guide et apprendre ce qu’elle a voulu nous enseigner sur cette question.

 

1.Une prédestination des anges peut être accordée.

 

II. L’Ecriture témoigne expressément d’une prédestination des anges lorsqu’elle mentionne les anges élus : « Je te l’ordonne devant Dieu, et les anges élus » (1 Tim. 5:21). On dit cela non seulement parce qu’ils sont excellents et prééminents, mais aussi parce qu’ils sont élus par Dieu pour être distingués des réprobateurs. Leur réprobation est aussi décrite plus d’une fois lorsqu’on dit qu’ils sont livrés dans des chaînes de ténèbres pour être réservés au jugement (2 P 2.4 ; Jd 6), et un feu éternel est déclaré préparé pour eux de l’éternité (pas matériel et sensible, qui ne pourrait pas affecter un esprit, mais spirituel et intellectuel par lequel les âmes peuvent être torturées, Mt 25:41). C’est pourquoi leur condition est énoncée dans Luc 10:18 ; Apoc. 12:10 ; 20:10.

 

2.Son objet.

 

III. Quant à son objet, la question est : Quels anges ont été considérés par Dieu comme prédestinés ? Certains soutiennent qu’ils étaient égaux, non inégaux (c.-à-d., toujours purs et debout, mais susceptibles de tomber). Il a décrété d’en empêcher certains de tomber ; d’autres de permettre de tomber et de les condamner à cause du péché (ce qu’on peut vraiment dire si la réprobation est prise dans un sens plus large comme incluant le décret de ne pas conserver de la chute et de le permettre). L’objet de la réprobation doit donc être l’ange pur mais responsable. Mais si elle est comprise plus strictement et correctement (pour désigner le décret de déserter à l’automne et de les condamner à cause de cela), les anges ne peuvent ici être considérés seulement comme purs mais susceptibles de tomber (comme dans le cas des élus), mais comme tombés. D’abord, parce que la responsabilité de la créature de tomber ne la rend pas reprochable ; c’est plutôt la chute elle-même qui le fait. Personne n’est jugé à juste titre à une punition (ou décrété pour être jugé) parce qu’il pourrait pécher contre la loi, mais parce qu’il est supposé avoir réellement péché. Encore une fois, toute réprobation absolument considérée est un acte de justice et de colère, puisqu’elle fait d’eux des vases de colère et les rend aptes à la destruction (Rom. 9:22). Il ne peut donc s’agir simplement d’un acte de bon plaisir (comme la permission du péché qui dépend uniquement de son bon plaisir), puisque (alors que tous étaient de condition égale et également susceptibles de tomber) il procédait de son bon plaisir (eudokia) seul de décréter pour permettre la chute de ceux-ci plutôt que des autres. Troisièmement, parce que la prédestination des hommes suppose le péché (comme nous le prouverons plus loin). Par conséquent, la réprobation angélique présuppose aussi le péché. Dans le cas contraire, aucune raison satisfaisante ne peut être invoquée pour justifier cette diversité.
IV. L’Écriture semble nous conduire à cette réprobation, faisant de la réprobation la conséquence du péché – quand il est dit que « Dieu n’a pas épargné les anges qui ont péché, mais les a délivrés lorsqu’il les a jetés dans les chaînes des ténèbres, pour être réservés au jugement » (2 P 2,4). Et Jd. 6 dit qu’il « a réservé au jugement du grand jour les anges qui n’ont pas gardé leur premier domaine ». C’est pourquoi ils sont conçus pour avoir péché et avoir quitté leur premier domaine avant d’avoir pu être conçus comme reprochés (puisque le premier degré de réprobation est mis en déréliction à l’automne et en rejet face à Dieu). C’est pourquoi il n’a pas réprimandé et consacré au châtiment éternel ceux qu’il a laissé tomber, mais ceux qu’il a laissés tomber par leur propre faute, il les a réprimandés et abandonnés à jamais.
V. Bien que la permission de la chute des anges soit en effet supposée par leur réprobation, elle ne sera pas pour autant considérée comme décrétée sans fin par Dieu. Car la fin de ce décret pourrait être la manifestation de la gloire de Dieu dans la faiblesse de la créature, afin que la différence puisse apparaître plus clairement entre la créature mutable et responsable et le Créateur immuable et éternel. La chute dans le temps n’était donc pas le moyen d’exécuter la réprobation, mais c’était la condition requise dans l’objet (sur laquelle la réprobation suivait, tant pour la désertion à l’automne que pour la damnation).
VI. Et c’est ainsi qu’est recueillie la première différence entre la prédestination des anges et celle des hommes. Dans ces derniers, les hommes étaient considérés par Dieu comme égaux, dans la même masse corrompue et comme pécheurs et déchus. Dans le premier cas, les anges étaient considérés par Dieu comme inégaux. Car ceux d’entre eux qui ont été élus étaient considérés comme étant debout par la grâce de Dieu. Au contraire, les réprouvés ont été considérés comme tombés par leur propre faute. La responsabilité de la chute est en effet commune à tous, mais elle ne peut pas être réprouvée à cause d’elle. Sinon, tout aurait été réprouvé parce qu’il s’agissait d’un état de pure nature ; mais ils ont été réprouvés à cause de la chute (qui était un état de nature corrompue) et si justement réprouvables.

 

3.Élection des anges.

 

VII. Disons quelque chose des deux parties de la prédestination des anges. Il y a d’abord l’élection des bons anges, composée de deux actes : la préservation de la chute ou la confirmation dans le bien ; et la destination vers la vie surnaturelle et le bonheur (qui apparaissent tous les deux de l’événement). Puisque certains d’entre eux ont gardé leur premier domaine et ont été confirmés dans le bien (afin qu’ils voient toujours le visage du Père, Mt 18,10), il ne fait aucun doute que cela dépendait de l’élection, puisqu’elle ne pouvait provenir de cette nature qui était commune à tous depuis la création (car les choses communes ne laissent aucune place à une différence). En attendant, il faut distinguer la grâce ou vertu par laquelle les bons anges se sont tenus jusqu’à leur confirmation et la chute des autres, de la grâce de confirmation qui a été le premier bénéfice de l’élection. Tant qu’ils se tenaient debout (avant d’être confirmés), ils se tenaient par cette force qu’ils avaient reçue à leur création et qui s’est concrétisée avec eux (par laquelle les mauvais anges aussi se tenaient jusqu’à leur chute). Mais quand ils ont été confirmés, non seulement qu’ils ne devaient pas tomber, mais qu’ils ne devaient plus être capables de tomber, cela a découlé de l’élection, qui les a séparés des autres. Avant, ils avaient l’aide sine quo non, qui leur suffisait pour se lever s’ils le voulaient. Grâce à l’élection, ils ont eu l’aide qui leur a permis de se tenir debout réellement et immuablement (en vertu de laquelle ils ont été transférés d’un état de responsabilité à un état immuable de bonheur et de gloire qui ne peut être perdu).
VIII. Bien que cette élection ne puisse en vérité être qualifiée de gratuite au même titre que l’élection des hommes (qui dépend uniquement de la miséricorde de Dieu), elle ne cesse d’être gratuite parce que Dieu n’y était pas lié. Car, bien qu’il fût fondé sur l’hypothèse du décret concernant la création des anges, il était tenu de les créer bons et saints, et non pécheurs ; il n’était pas tenu de les créer de façon immuable et juste. Car il n’a pas fait de mal à ceux qu’il a permis de faire tomber par leur faute ; sans aucune blessure, il aurait pu laisser tomber les autres dans cet état de responsabilité. C’est pourquoi il a voulu leur accorder la grâce de la confirmation était de son bon plaisir, et non de leur mérite.

 

4.Si les anges ont été élus en Christ.

 

IX. De plus, la manière dont ils ont obtenu la grâce de cette confirmation et s’ils peuvent être correctement appelés élus en Christ est examinée par les théologiens (qui ne sont pas tous d’accord). En effet, tous s’accordent à dire qu’on ne peut pas dire qu’ils ont été élus dans le Christ Rédempteur parce que là où il n’y a pas de péché, il n’y a pas de place pour la rédemption. Mais ils diffèrent en cela, qu’on puisse au moins l’appeler leur Médiateur (non pas en effet de rédemption, mais de conservation, de confirmation et de rassemblement[anakephalaiōseōs], afin qu’ils, qui par nature étaient susceptibles de tomber, puissent être confirmés en grâce au-delà de la possibilité de tomber ; et eux, qui ne devaient pas être rachetés du passé, pourraient au moins être retenus d’une chute future). C’était l’opinion de Bernard qui soutient que le Christ était le Rédempteur des anges : « Car de quelle manière dites-vous que le Seigneur Jésus-Christ était le Rédempteur des bons anges ? Celui qui a ressuscité l’homme déchu a donné à l’ange debout le pouvoir de ne pas tomber, le sauvant ainsi de la captivité, le défendant ainsi, et ainsi la rédemption était égale aux deux : payer pour cet homme, préserver cet ange » (« Sermon 22[6], » Cantique des Cantiques de Salomon[Trans. SJ Eales, 1984, p.126 ; PL 183.880]).
X. En effet, bien que cette opinion ne soit pas du tout répugnante à l’analogie de la foi, nous pensons que l’opinion de ceux qui nient l’élection des anges pour avoir été faits en Christ le Médiateur est plus vraie et plus conforme aux paroles des Écritures. En effet, nous confessons que la grâce de la confirmation leur est venue par la Parole (Logon), afin qu’ils puissent recevoir leur confirmation de la part de celui de qui ils avaient obtenu leur être. Car le Père n’agit que par le Fils (qui est la source de toute vie et de toute grâce) dans les œuvres de la nature comme dans celles de la grâce (Jean 5.17). Mais nous ne pensons pas que l’on puisse en dire autant du Christ, le Dieu-homme (theanthrōpō) et le Médiateur.

 

5.Si les anges ont été élus en Christ.

 

XI. Les raisons en sont les suivantes : (1) parce que l’Écriture (qui appelle le Christ Médiateur entre Dieu et les hommes, mais jamais des anges, 1 Tim. 2:5) ne le dit jamais ; en outre, elle nie expressément que le Christ ait pris sur lui la nature des anges, mais la semence d’Abraham (He 2:16) ; (2) parce que tout médiateur suppose des parties opposées (car il est de deux, Gal. 3:20), mais il n’y avait pas de désaccord entre Dieu et les anges ; (3) parce qu’il appartient à un médiateur d’être lié aux deux parties (ce qui ne peut être dit du Christ par rapport aux anges) ; (4) parce que le Christ est le Médiateur de ceux dont il est la propitiation (hilasmos) et le promoteur (car ce sont les actes officiels de la médiation, 1 Tim 2:5, 6 ; 1 Jn 2:1,2). Mais comme ces actes ne concernent que les pécheurs humains, ils ne peuvent avoir leur place par rapport aux anges.

 

6.Sources de solution.

 

XII. Christ peut à juste titre être appelé « le chef des anges » en ce qui concerne la domination et le gouvernement parce que même les anges sont sous son autorité en tant que Médiateur (comme leur Seigneur et Roi) à qui ils exercent leur ministère pour préserver et défendre l’Église (Héb. 1:14). En ce sens, on dit que les anges et les puissances lui sont soumis (1 P 3,22). Mais on ne l’appelle pas à proprement parler « le chef d’influence et de sustentation » (comme par rapport aux croyants qu’il unit à lui-même et vivifie comme membres de son corps mystique). C’est pourquoi Paul, qui affirme que le Christ a été élevé bien au-dessus de toute principauté (Ep 1, 21), témoigne qu' »il lui a été donné d’être le chef unique de l’Église, qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous » (Ep 1, 22, 23). Ce n’est pas vrai dans toutes les créatures, mais dans tous les croyants qui appartiennent à son corps (qu’il appelle son complément, à la fois activement parce qu’il le remplit de ses grâces, et passivement parce que ce corps mystique est augmenté et complété par ces membres).
XIII. Le médiateur n’est pas plus nécessaire pour confirmer la créature dans la grâce du Créateur qu’il ne l’était pour la créer et l’unir en premier lieu avec lui (car il y a la même raison pour les deux). Si l’on ne peut pas dire qu’il a été Médiateur à leur création, on ne peut pas non plus dire qu’il a été leur Médiateur à leur confirmation.
XIV. On dit que les anges sont « impurs » et « insensés » devant Dieu (Job 4:18 ; 15:15), non pas absolument (comme s’il y avait quelque défaut coupable en eux, car alors ils ne pouvaient être appelés saints), mais relativement en comparaison avec la perfection infinie de Dieu (car il est saint essentiellement, invariablement et indépendamment). Et s’ils n’avaient pas besoin du Fils de Dieu comme conservateur et confirmateur (pour se tenir en lui et par celui qui les a créés (Col. 1.16-18), ils n’avaient donc pas besoin du Christ, le Rédempteur. Sinon, l’homme aurait aussi eu besoin de lui dans son état d’innocence (ce que, cependant, personne ne dirait).
XV. Les passages où il est dit « toutes choses », « à rassembler en un seul dans le Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre » (Ep 1, 10), et où il est dit « toutes choses », « réconciliées avec Dieu par lui, ayant fait la paix par son sang » (Col 1, 20) ne démontrent pas qu’une élection des bons anges ait été faite en Christ. (1) On peut se référer aux hommes (ceux qui ont atteint l’excellence comme les étrangers) pour signifier qu’en Christ est réuni et réconcilié avec Dieu toute l’Eglise (aussi bien l’Ancien que le Nouveau Testament – qui triomphe dans le ciel, qui est encore militant sur terre). Cela semble confirmé par le fait qu’il est fait référence au rassemblement et à la réconciliation de ceux qui ont été démembrés et séparés de Dieu par le péché (ce qui ne peut être dit des anges). (2) Bien que les paroles puissent être étendues aux anges, il ne s’ensuivrait pas qu’ils aient été élus et confirmés par le Christ parce qu’on peut dire qu’ils ont été rassemblés en Christ, dans la mesure où par les hommes ayant été mis à la place des anges déchus par Christ, leur perte est (pour ainsi dire) réparée et réparée comme Augustin l’a soutenu (Enchiridion 16[62][FC 3 : 421]) et après lui Lombard. Ou bien ils sont réunis dans la mesure où le Christ (la paix ayant été faite) a réconcilié les anges avec les hommes (comme la sédition étant réprimée, les bons citoyens et les rebelles, qui étaient auparavant en désaccord, sont réconciliés et ayant mis de côté leur haine vivent sous le même prince comme s’ils ne formaient qu’un corps tranquille – ce qui est l’opinion de Chrysostom sur ce passage, cf. « Homélie IV » sur les colosses[NPNF1, 13:275]).
XVI. Et c’est ainsi qu’apparaît une deuxième différence entre la prédestination des anges et celle des hommes. Ceux-ci ont été élus en Christ (Eph. 1.4, c’est-à-dire pour être sauvés et rachetés), mais les anges (bien qu’ils aient été confirmés par le Fils de Dieu) ne peuvent être considérés comme élus en Christ. En effet, le Christ pourrait les utiliser comme ministres, mais il ne devrait pas venir les chercher comme objets de sa médiation.
XVII. L’élection des uns étant supposée, la préterition des autres suit. Non seulement il ne voulait pas les confirmer dans le bien, mais il a décrété qu’il leur permettait de pécher. La chute ayant lieu, il décréta de les laisser dedans et de les condamner à cause de leur péché. Leur réprobation à ce sujet est renvoyée. Elle est également contenue dans deux actes : l’un négatif (déréliction à l’automne), l’autre affirmatif (damnation au châtiment éternel). Car ils ne sont pas simplement passés à côté (alors que la confirmation dans le bien et la résurrection du mal leur est refusée), mais ils sont aussi condamnés positivement au châtiment éternel (Mt 25,41 ; Jd 6).
XVIII. Encore une fois, en préterition, nous pouvons marquer deux actes : (1) la permission de la chute qui, disions-nous, précède la réprobation dans le signe de la raison (signo rationis) ; (2) la désertion dans la chute. Le premier est un acte de simple plaisir. Si l’on cherche la raison pour laquelle il a voulu préserver les uns de la chute, mais en laisser tomber d’autres, on ne peut trouver d’autre que son bon plaisir seul (parce que cela lui plaisait tant). Ce dernier est un acte de justice. Il a voulu les laisser dans le péché juste parce qu’ils le méritaient. De plus, il a tellement abandonné tout dans le péché qu’il n’a voulu donner l’espérance de la grâce à personne ; ou il en aurait épargné quelques-uns, mais les aurait condamnés à un châtiment éternel et irrévocable, plus sévère envers eux qu’envers les hommes (dont certains, par sa miséricorde en Christ, ont voulu sortir de la chute). Pourtant, ici, dans une affaire similaire, il a nié la même grâce. Épargnant les hommes, il n’épargna pas les démons, mais voulut que leur blessure soit incurable et leur ruine irréparable. Si on vous demande la raison, laissez Augustin répondre : « Elle peut être cachée, mais ne peut être injuste » (Sur le pardon des péchés et le baptême 29[21][NPNF1, 5:26 ; PL 44.125]). Diverses probabilités sont couramment invoquées : (1) cet homme a péché par faiblesse, mais le diable par méchanceté ; en outre, plus sa connaissance était élevée, plus son péché était grave aussi ; (2) cet homme a été séduit par un autre, mais le diable n’a péché que par sa propre volonté par une apostasie manifestement volontaire et absolument spontanée ; (3) parce que, dans la chute des anges, toute la nature angélique n’est pas tombée, tandis que dans le péché de l’homme, toute la race humaine est tombée ; c’est pourquoi la miséricorde divine a apporté un remède pour que toute la race ne puisse pas périr. Mais quelles que soient les raisons avancées, il est préférable d’acquiescer au bon plaisir le plus libre de Dieu et de reconnaître et de célébrer la philanthropie de Dieu envers nous avec un cœur reconnaissant (philanthrōpian). Ayant abandonné les anges (qui ne nous sont en aucun cas inférieurs, bien plus excellents que nous) qui ont péché (à qui il n’a pas accordé une grâce égale par une faute égale), il a néanmoins décidé dans une miséricorde merveilleuse de nous élever et de nous conduire au salut (qui reposent également dans le péché et sont coupables dès leur chute).
XIX. C’est pourquoi, comme Dieu a décrété la création d’anges pour la manifestation de sa bonté, et la permission de leur chute pour la démonstration de sa liberté et de sa domination absolue (et la plus grande illustration de sa grâce envers les autres qu’il a voulu préserver de la chute) ; ainsi il a constitué l’abandon à l’automne (et la condamnation en raison de leurs péchés) pour l’affichage de sa justice.
XX. De plus, la damnation des anges (qui est un acte positif de réprobation) est résolue en deux parties : la chute du ciel et la chute en enfer. L’Écriture mentionne les deux : le premier, en effet, lorsqu’on dit qu’il est tombé du ciel : « Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair » (Lc 10,18), et « l’accusateur des frères, appelé le Diable, avec ses anges » est dit « avoir été rejeté sur la terre » (Ap 12,9, 10). Le châtiment est approprié au péché, car comme ils ont quitté leur demeure et leur domaine en se retirant volontairement de Dieu, il était donc tout à fait juste qu’il soit chassé de ces sièges heureux loin des yeux de Dieu (comme un roi éjecte de sa salle celui par qui il est gravement offensé). Il n’est pas rare qu’il mentionne le second aussi : comme quand Pierre dit « que les anges mauvais ont été jetés en enfer (seirais zophou tartarousthai), et livrés dans les chaînes des ténèbres » (2 P 2:4) ; et Jude dit qu’ils sont réservés en chaînes éternelles sous les ténèbres au jugement du grand jour ; et ils sont dit être jetés dans le lac du feu et le soufre (Ap 20:10) préparé pour eux d’éternité (Mt 25:41).
XXI. Bien qu’en vérité, cette très juste sentence de Dieu contre le Diable fut immédiatement prononcée, mais elle ne fut pas immédiatement exécutée dans toutes ses parties. Bien qu’il ait été renversé du ciel, il n’a pas été jeté aussitôt en enfer, mais il est encore permis un certain retard dans le monde – Dieu relâchant quelque peu les rênes dans sa sagesse, tant pour l’exercice du pieux que pour la punition des méchants. C’est pourquoi on l’appelle « le prince du ciel » et « le prince du monde », « le dieu de ce temps » qui, « comme un lion rugissant, marche autour de nous, cherchant qui il peut dévorer » (1 P 5,8). Il faut ici se référer à ce passage concernant « le relâchement et l’attachement de Satan jusqu’au dernier jour, quand il sera jeté dans l’étang de feu et de soufre, où il sera tourmenté pour toujours » (Apoc. 20:10, 14).
XXII. De ces choses il est évident que les anges déchus sont maintenant ainsi constitués en état pénal, qu’ils connaissent leur réprobation et qu’ils savent (pour augmenter leur désespoir) qu’il ne leur reste aucune étincelle d’espoir. Là aussi, ils diffèrent des hommes réprouvés dont la réprobation (bien que sûre de l’éternité et immuable) n’est pourtant infailliblement connue par personne sur terre. Pourtant, les démons portent tellement le châtiment de la damnation qu’ils savent qu’ils n’ont aucun espoir de pardon. Ainsi vouloir exprimer ses condoléances (aussi absurde que d’espérer avec Origène leur restitution après de nombreuses révolutions des âges) est une espérance ridicule.

Turretin.