La capacité de créer peut-elle être communiquée à toute créature principalement ou instrumentalement ? Nous le nions. [CREATION Q2 Turretin].

Deuxième question :
Dieu est le seul Créateur.

 

La capacité de créer peut-elle être communiquée à toute créature principalement ou instrumentalement ? Nous le nions.

 

1. Occasion de la question. Certains scolastiques prônent la communicabilité du pouvoir créatif.

 

I. Cette question a été abordée par les scolastiques et vivement contestée parmi eux, certains défendant l’affirmatif, d’autres le négatif. Durand soutenait qu’une créature ayant un pouvoir négatif de création pouvait être produite par Dieu (Sententias theologicas Petri Lombardi Commentariorum, Bk. 2, Dist. 1, Q. 4[1556], pp. 109-11). Le Maître (Pierre Lombard) pense qu’une créature peut être un instrument de création, employé volontairement par Dieu, capable de travailler non pas par lui-même, mais par un pouvoir emprunté (Sententiarum 4, Dist. 5.3[PL 192/2.852]). Suarez et beaucoup de romantiques, selon Vasquez (Commentariorum ac Disputationum in Primam Partem … Thomae 2, Disp. 176.1[1631], pp. 280-82) défendent cette thèse, spécialement en vue de l’établissement de la doctrine monstrueuse de la transsubstantiation (selon laquelle les sacrificateurs insignifiants sont appelés impies « créateurs de leur propre Créateur », comme dit Bienne[Canonis Misse Expositio+]). Néanmoins, la majorité des scolastiques soutiennent sincèrement le contraire (à savoir que la puissance créatrice ne peut appartenir qu’à Dieu). Thomas d’Aquin le prouve en général (Summa Contra Gentiles 2.21[trad. J.F. Anderson, 1956], p. 60-64 et ST, I, Q. 45, art. 5, p. 236). Occam, Bonaventure, Cajetan, Bannes et bien d’autres sont d’accord avec lui.

 

2. Ainsi que les Remonstrants et les Sociniens. Les orthodoxes le nient.

 

II. Les Remontrants aux Sociniens ont aussi adopté cette fiction, l’ayant drainée soit des inventions des Juifs (qui soutiennent que Dieu employait des anges comme collaborateurs[synergiques] dans la création), soit des fossés des philosophes (qui enseignaient que l’être suprême faisait ce monde inférieur avec l’aide des démons ou des genii). Leur but est d’arracher et d’affaiblir l’argument qui couronne la divinité du Christ (que nous tirons des œuvres de la création). Mais nous rejetons ce dogme comme étant téméraire et blasphématoire. Nous soutenons également que le pouvoir de créer est propre à Dieu seul et incommunicable à tout autre.

III. (1) Dieu revendique la création pour lui-même seul : « Je suis le Seigneur qui fait toutes choses, qui étend les cieux seuls » (Es 44,24) à l’exclusion de toute créature, « qui répand la terre par moi-même » et par conséquent par aucun autre instrument, « J’ai fait la terre, et créé l’homme sur elle : Moi, mes mains, j’ai étendu les cieux et toute leur armée, j’ai commandé » (Es. 45:12) ; « Car ainsi parle le Seigneur qui a créé les cieux ; Dieu lui-même qui a formé la terre et l’a faite ; je suis le Seigneur et il n’y a personne d’autre » (Es. 45:18) prouvant que seul lui est Jéhovah, car lui seul est Créateur. « Qui a mesuré les eaux au creux de sa main, qui a rencontré le ciel avec la travée, qui a compris la poussière de la terre avec mesure, et qui a pesé les montagnes en balance, et les collines en balance ? » (Es. 40:12) ; « N’as-tu pas entendu que le Dieu éternel, le Seigneur, le Créateur des extrémités de la terre, ne tombe pas ? » (Es 40,28) ; « qui seul étend les cieux et marche sur les flots de la mer » (Job 9,8) ; et dans de nombreux autres passages. D’où le nom de « Créateur » qui lui est généralement appliqué singulièrement (comme propre et incommunicable), ce qui ne pourrait être dit si le pouvoir créateur pouvait être communiqué aux autres).

IV. (2) Par cette marque, Dieu se distingue des idoles et des faux dieux des païens : « Les dieux qui n’ont pas fait les cieux et la terre, ils périront de la terre », mais l’Éternel est le vrai Dieu « qui a fait la terre par sa puissance et affermi le monde par sa sagesse » (Jr 10,11.12) ; « Car tous les dieux des nations sont idoles, et l’Éternel a fait les cieux » (Ps 96,5). Ainsi Ezéchias distingue le vrai Dieu de tous les faux dieux par cette marque : « Tu as fait le ciel et la terre  » (Es 37,16). Cela n’est pas non plus nié seulement aux faux dieux, mais aussi à toutes les créatures, alors qu’il est attribué à Dieu seul.

V. (3) La création est une œuvre d’une puissance infinie. Il ne peut donc pas être réalisé par un être fini, pas même en tant qu’instrument physique (dont l’efficacité devrait être proportionnelle à la production de son effet). Elle exige plutôt une cause omnipotente. Cependant, il est évident qu’il doit être d’une puissance infinie, que cela se fait par un simple hochement de tête et une seule parole, et que la distance infinie entre l’être et rien ne doit être enlevée par lui. Car puisque l’être et rien ne s’opposent immédiatement et contradictoirement (et par cette distance sont séparés l’un de l’autre, plus grand que ce qui ne peut ni être ni être conçu), ils doivent se tenir infiniment séparés : non par une distance de perfection (comme Dieu se tient infiniment loin de ses créatures, et l’être infini se tient bien plus loin de rien que le fini, qui a moins de perfections) ; mais par une distance négative et contradictoire (selon laquelle l’être fini se tient également loin de rien avec l’infini car le fini également avec l’être infini n’est rien ni quelque chose). Que Dieu ne soit vraiment pas à partir de rien et ne puisse être résolu en rien (comme la créature) ne dépend pas de la distance de négation entre l’être et rien, mais de la distance infinie de perfection entre Dieu et ses créatures. En effet, bien que chaque créature soit finie, il ne s’ensuit pas qu’une puissance finie puisse suffire à la produire car il faut distinguer entre la chose elle-même et le mode de production. La substance produite doit être finie car rien d’infini ne peut être produit. Pourtant, le mode de production ne cesse pas d’appartenir au pouvoir infini parce qu’il faut de la toute-puissance pour faire sortir une créature du néant.

VI. (4) Chaque créature agit en fonction d’un sujet et a besoin d’un sujet sur lequel opérer. Ici, cependant, il n’y a pas de sujet préexistant puisque la création fait et pose son sujet, mais ne le suppose pas. (5) Toute cause (principale aussi bien qu’instrumentale) doit atteindre l’œuvre elle-même et avoir un pouvoir propre et particulier d’agir au moins de manière dispositive à la production de l’effet. Et pourtant, aucune créature ne peut être élevée au point d’être capable d’une œuvre d’une puissance infinie (que ce soit principalement ou instrumentalement et avec une efficacité telle qu’elle s’empare de l’œuvre elle-même). Il en est ainsi à la fois parce qu’il s’agit d’un acte instantané (et n’a donc pas besoin d’être préparé) et parce qu’il n’a pas de sujet sur lequel son travail peut être exercé.

VII. Bien que les créatures puissent concourir à l’accomplissement de miracles, il ne s’ensuit pas qu’elles puissent concourir également à la création. (1) Dans les miracles, un sujet est toujours fourni avec lequel l’instrument peut être occupé, mais pas dans la création. (2) Dans l’accomplissement des miracles, les hommes n’ont qu’une relation morale (en tant qu’instruments moraux à la présence desquels Dieu agit), mais pas physique (afin de s’emparer de l’œuvre miraculeuse par toute action réelle). C’est pourquoi les apôtres disent qu’ils ne font pas de miracles par leur propre puissance, mais seulement par la puissance du Christ (Actes 3:12). Bien qu’il ne puisse y avoir qu’une cause morale d’un effet physique, il peut toujours y avoir une cause morale instrumentale avec le physique. Mais comme la création a lieu dans un moment et qu’aucun sujet n’est fourni, aucune cause instrumentale (physique ou morale) ne peut y être accordée.

VIII. Dieu a créé toutes choses par une parole, non pas à la manière d’un instrument et d’une cause ministérielle, mais efficacement et principalement par la Parole personnelle, le Fils éternel de Dieu, le même en essence avec le Père ; qui, par conséquent, avec le Père et l’Esprit Saint constituait l’unique cause totale de la création. De même que la même nature lui appartient, de même la même causalité et la même force énergique (energētikē) – l’ordre d’agir qui leur appartient cependant étant préservé. Quand on dit que tout a été fait « par le Verbe » (dia logou, Jn. 1, 3), cela ne signifie pas plus la cause instrumentale que quand tout est dit « par lui » (di’ autou[viz., Dieu], Rom. 11, 36).

IX. Bien que Dieu ne soit pas capable de communiquer la puissance créatrice à la créature, il ne s’ensuit pas que cela implique l’impuissance en Dieu parce qu’il ne procède pas d’un défaut de puissance, mais de sa perfection (qui ne peut être étendue aux contradictions). Une telle communication est absurde, tant de la part de Dieu (qui ne peut donner sa gloire à un autre) que de la part de la créature (parce qu’il serait ainsi un être infini et tout puissant, c’est-à-dire pas une créature).

X. Il faut le même pouvoir pour créer et recréer. Si la puissance infinie est requise pour la création, rien de moins n’est exigé pour la récréation. C’est pourquoi la conversion est si souvent exprimée sous le nom de la création et la très grande puissance de Dieu y est célébrée (Eph. 1:19, 20 ; 3:16, 20). Et si Dieu l’accomplit par le ministère des hommes et la prédication de la parole, ce n’est pas par eux comme cause physique, mais seulement comme morale (puisque le Saint-Esprit par son efficacité seul peut accomplir l’œuvre).

Turretin.

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