L’infidélité, ou l’incrédulité de l’évangile, est-elle supposée être une cause de réprobation ? Nous le nions contre les Remonstrants. [DÉCRETS ET PRÉDESTINATION Q15 Turretin]

Quinzième question :
LA CAUSE DE LA RÉPROBATION

 

L’infidélité, ou l’incrédulité de l’évangile, est-elle supposée être une cause de réprobation ? Nous nions contre les Remonstrants.

I. Cette question dépend de ce qui précède et, bien qu’elle puisse être facilement résolue à partir de ce qui y a été dit, il faut quand même ajouter quelque chose afin de mieux illustrer la situation.

 

1. Incrédulité double : naturelle et acquise.

 

II. L’incrédulité est naturelle ou acquise. La première est l’aveuglement naturel et la corruption du pécheur, qui ne reçoit pas et ne peut pas recevoir les choses qui sont de Dieu (1 Cor. 2:14 ; 2 Cor. 3:5) ; la seconde est la contumation volontaire vers l’évangile, qui ne reçoit pas et ne peut pas recevoir, ou quand elle est rejetée. Encore une fois, le premier peut être considéré soit en ce qui concerne l’origine, soit en ce qui concerne l’habitude, dans la mesure où il est commun à tous les hommes qui sont par nature des enfants de la colère (Eph. 2:3). Elle précède donc la prédestination parce qu’elle est supposée être la condition dans celle qui doit être prédestinée. Ou bien on peut considérer qu’il s’agit d’un acte et d’un exercice qui est dans les réprobateurs « non appelés » qui sont abandonnés dans cette corruption. C’est donc une conséquence de la réprobation.

 

2. Négatif et positif.

 

II. Ce dernier est propre aux réprobateurs « appelés » qui sont non seulement négativement incrédules (à cause de la corruption innée, ils n’ont ni ne peuvent avoir foi en eux-mêmes), mais aussi positivement (dans la mesure où ils rejettent Christ par une incrédulité positive ou manquent de foi en lui).

 

3. Énoncé de la question.

 

III. Nous ne nous interrogeons pas sur l’incrédulité naturelle (négative quant à l’origine) – si elle peut être présupposée à la réprobation ; pour cela nous nous accordons mutuellement. Nous nous enquérons plutôt de l’incrédulité acquise et positive qui se fait par l’incrédulité réelle contre l’évangile. Les Arminiens maintiennent que cela précède toujours ici, de sorte que personne ne sera réprimandé, sauf celui qui est prévu par Dieu comme un incroyant (et en effet persévérant et finalement tel). C’est ainsi que les Remontants s’expriment dans la déclaration de leur opinion : « La réprobation de la vie éternelle se fait selon la considération de l’incrédulité antérieure et de la persévérance dans celle-ci » (Acta Synodi Nationalis … Dordrechti, Art. 1, Th. 8[1620], Pt. I, p. 113).

IV. La question n’est pas de savoir si, de toute éternité, Dieu savait d’avance que les passants mourraient dans leur incrédulité (car cela ne pouvait échapper au Dieu omniscient). La question est plutôt de savoir si cette incrédulité prévue a été la cause de la non élection (ou de la préterition). Nous nions cette dernière parce que personne n’est aussi certainement sur le point de mourir dans l’incrédulité que celui que Dieu (dans la destination de la grâce efficace par un décret antécédent) a passé à côté. La question est donc de savoir si la clairvoyance de l’incrédulité (non pas naturelle et originale, mais réelle et acquise ; non négative, mais positive) précède la réprobation et en est la cause ; ou si elle la suit. Les Remonstrants soutiennent qu’elle précède ; nous croyons qu’elle suit.

 

4. L’incrédulité n’est pas la cause de la réprobation.

 

V. Les raisons en sont les suivantes : (1) parce que l’incrédulité suit la réprobation et ne peut donc la précéder, comme le montrent les passages précédents (Jean 8:47 ; 12:39 ; Mt 11:25 ; 13:11 ; 1 P 2:8). Car si la dureté des hommes et leur contumace contre l’évangile découle de la préterition de Dieu, elle est faussement appelée sa cause.

VI. (2) Parce que la réprobation traite les hommes égaux, également corrompus avec les élus. De la même masse de péché, certains sont faits pour honorer les autres jusqu’au déshonneur ; d’autres sont destinés soit à la vie, soit à la mort (ce qui ne pourrait être dit s’il s’agissait d’une incrédulité prévue qui est propre aux passants).

VII. (3) Parce qu’il s’ensuivrait ainsi que nul ne pouvait être réprouvé si ce n’était les incroyants et les rebelles contre l’évangile, c’est-à-dire que nul ne pouvait être condamné que ceux qui étaient appelés par l’évangile. Ainsi, ni les païens, ni les Turcs, ni les autres (qui n’ont pas été appelés par l’Évangile et n’ont rien entendu au sujet du Christ) ne peuvent être réprouvés. Ainsi, aucun péché ne serait condamnable, sauf ceux commis contre l’Évangile ; et la culpabilité du péché originel ne serait pas non plus suffisante pour la damnation, à cause de laquelle, néanmoins, nous sommes nés fils de la colère (Eph. 2:3) et on dit que nous sommes morts en Adam (1 Cor. 15:22). Les péchés réels contre la loi de la nature et de Moïse ne seraient pas non plus de véritables causes de damnation (contrairement aux déclarations expresses des Écritures qui soumettent à damnation les païens qui, sans la loi de Moïse, ont péché contre la seule lumière de la nature[Actes 14:16 ; Rom. 2:12 ; 3:19 ; 5:12] – ainsi que les juifs qui ont péché avec la loi). Il n’y a aucune exception au fait que ceux à qui l’évangile n’a pas été prêché seront, malgré tout, condamnés pour leur mépris de l’évangile parce qu’ils ne se sont pas qualifiés par la loi de la nature pour l’entendre. Ce qui doit être prouvé est considéré comme allant de soi (à savoir qu’ils ont méprisé l’évangile auquel on ne l’a jamais fait connaître). Mais si, selon l’apôtre, ils périront sans loi ceux qui ont péché sans loi, pourquoi ne peut-on pas aussi dire qu’ils périront sans l’Évangile ceux qui n’ont pas entendu l’Evangile ? Dans ce qui est ajouté (qu’ils se rendent coupables de mépriser l’Évangile parce qu’ils ne se sont pas disposés par la loi de la nature à l’entendre), ils servent le pélagianisme rassis concernant les dispositions naturelles au bien (si souvent rejeté par Paul) et soutiennent faussement que l’homme est tenu de se disposer à la réception de celui dont il n’a rien entendu et ne le fera jamais. Pas plus heureusement n’échappent-ils à cette difficulté qui cherchent l’appel à la grâce dans la révélation naturelle. Il s’agit de confondre connaissance (à gnōston) et foi (au piston) ; nature et grâce. Paul parlerait d’une mauvaise manière si Dieu a quitté les païens pour marcher dans leurs propres voies (Actes 14:16), et qu’ils étaient des étrangers des alliances et sans Dieu dans le monde (Eph. 2:12), si la prédication de l’évangile pouvait d’une manière ou d’une autre leur être connue par les créatures.

 

5. Sources de solution.

 

VIII. Quand Paul dit : « Dieu jugera les hommes selon son évangile » (Rom. 2:16), il ne propose pas l’évangile qu’il a prêché comme la règle du jugement universel qui doit être fait de chaque homme. Car il avait dit expressément : « Tous ceux qui ont péché sans loi périront aussi sans loi, et tous ceux qui ont péché dans la loi seront jugés par la loi » (Rom. 2:12). Il évoque plutôt l’avenir certain du jugement et de son auteur à partir de sa déclaration infaillible faite dans l’évangile dont il a été le ministre. Ce n’est donc pas selon « quoi », mais selon « qui » Dieu jugera (c’est-à-dire par le Médiateur comme juge des vivants et des morts, ce qui est enseigné non dans la loi mais dans l’évangile (Jean 5:22, 27 ; Ac 17:31).

IX. Bien que l’évangile ne condamne personne à la damnation à cause du seul péché originel, il ne s’ensuit pas non plus que Dieu ne peut réprimander personne à cause de cela. Ce n’est pas comme si personne ne serait condamné à cause du péché originel, mais parce que le but de l’évangile (Jean 3:36), diffère de celui de la loi (Rom. 3:19, 20* ; 2:12).

X. Bien que tous les appelés qui résistent à l’appel et rejettent la grâce offerte par l’évangile seront condamnés pour incrédulité (dans ce sens, les paroles du Christ en Jean 3.18, 36 doivent être comprises), cela n’implique pas que personne ne sera réprimandé, sauf comme incroyant. La relation de la réprobation diffère de celle de la damnation. L’un est de ceux qui sont appelés par l’Evangile, l’autre de ceux qui ne sont pas appelés et qui ne peuvent être condamnés à cause du rejet du Christ, dont ils n’ont jamais entendu parler. S’il est dit que les incroyants seront condamnés, il n’est pas immédiatement établi qu’eux seuls et pas les autres seront condamnés. Car l’évangile ne tient nulle part ou ne pose une exclusion.

XI. Bien que la doctrine de l’élection doive être cherchée dans l’évangile seul parce qu’elle est entièrement gratuite (Rom. 11:5), il n’y a pas la même relation avec la réprobation qui est recueillie autant de la loi que de l’évangile. De même, si la foi seule est le moyen de salut, l’incrédulité seule ne doit pas être la cause méritoire de la damnation. Car le salut ne peut être obtenu qu’en vertu de l’alliance de la grâce, qui n’a d’autre condition que la foi, en opposition à la loi, qui exige des œuvres. Pourtant, la damnation naît non seulement de la violation de l’alliance de la grâce, mais aussi de la violation de l’alliance des oeuvres et des péchés commis contre la loi (originaux et réels). Dire que Dieu est entré dans une nouvelle alliance en Adam avec tout le genre humain et l’a renouvelée avec Noé (pour que personne ne soit condamné pour ses péchés contre l’ancienne alliance) est prendre pour acquis ce qui doit être prouvé. Non seulement elle n’a aucun fondement dans les Écritures, mais elle s’y oppose ouvertement, tout en affirmant que l’alliance doit être particulière et non universelle (comme on le verra à la place qui convient).

Turretin.

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