L’Esprit Saint a-t-il procédé du Père et du Fils ? Nous l’affirmons [DIEU UNIQUE ET TRINITAIRE Q31 Turretin]

TRENTE ET UNIÈME QUESTION :
LA PROCESSION DE L’ESPRIT SAINT

 

L’Esprit Saint a-t-il procédé du Père et du Fils ? Nous l’affirmons.

 

I. De même que la génération (gennēsis) est attribuée au Fils, de même la procession (ekporeusis) est attribuée à l’Esprit-Saint – prenant la parole non seulement largement (comme signifiant « pour avoir son origine de quelqu’un » ; ainsi elle peut aussi être appliquée au Fils, à qui l’exodos et l’exeleusis sont attribués, car il est dit qu’il est sorti du Père [Jn 16:28], dans une marche éternelle [Mic. 5:1-2]), mais strictement (dans la mesure où elle désigne une émanation du Père et du Fils, distincte de la génération du Fils).

 

1. Énoncé de la question.

 

II. La question ne concerne pas la procession temporelle et extérieure (qui se termine sur les créatures par lesquelles l’Esprit Saint est envoyé pour nous sanctifier et rendre parfaite l’œuvre du salut) ; mais la question concerne la procession éternelle et intérieure (qui se termine intérieurement et n’est autre que le mode de communication de l’essence divine, c’est-à-dire celui par lequel la troisième personne de la Trinité a du Père et du Fils la même essence numérique que le Père et le Fils ont).

 

2. Comment la procession diffère d’une génération à l’autre.

 

III. On ne peut nier que cette procession diffère de la génération du Fils parce qu’il s’agit de personnes différentes qui sont liées les unes aux autres par leur origine. Mais la nature de cette distinction ne peut être expliquée et il est plus sûr d’en ignorer la nature que d’enquêter. C’est pourquoi Jean de Damas dit « qu’il y a une différence entre la génération et la procession, nous avons appris, mais quelle est la nature de la distinction que nous ne comprenons nullement » (Hoti men esti diaphora geneseōs kai ekporeuseōs ekporeuseōs memathēkamen, tis de tropos diaphoras mēdamōs, Exposition of the Orthodox Faith 1.8*[NPNF2, 9:9 ; PG 94.824]). Et Augustine : « Il y a une différence entre la génération et la procession, mais je ne sais pas les distinguer car les deux sont inexprimables » (Contra Maximinum 2*.14, PL 42.770). Je sais que les Scolastiques veulent tirer cette différence du fonctionnement de l’intellect (modum intellectus) – d’où son nom de Sagesse de Dieu ; mais la procession par la volonté (modum voluntatis) – d’où son nom d’Amour et Charité. Mais comme ceci n’est pas soutenu par l’Écriture, il enchevêtre donc plutôt qu’il n’explique la chose. Ils parlent avec plus de sagesse qui, bredouillant dans une affaire si difficile, place la distinction en trois choses : (1) en principe, parce que le Fils émane du Père seul, mais l’Esprit Saint du Père et du Fils ensemble. (2) Dans le mode, parce que le Fils émane par génération, qui se termine non seulement sur la personnalité, mais aussi sur la similitude (en raison de laquelle le Fils est appelé l’image du Père et selon laquelle le Fils reçoit la propriété de communiquer à une autre personne la même essence ; mais l’Esprit par la respiration, qui se termine seulement sur la personnalité et selon laquelle la personne précédente ne reçoit pas la propriété de transmettre cette essence à une autre personne). (3) Dans l’ordre, parce que comme le Fils est la deuxième personne et l’Esprit la troisième, la génération dans notre mode de conception précède la respiration (bien qu’ils soient vraiment coéternels).

 

3. Les Grecs et les Latins se disputent le principe de la procession.

 

IV. En ce qui concerne le principe de la procession, il y a une controverse célèbre entre les Grecs et les Latins qui, cependant, sont d’accord sur l’unité de la divinité et de la trinité des personnes. La question est de savoir s’il procède du Père seul ou du Père et du Fils. Les Grecs tenaient les premiers, les Latins les seconds. Les Grecs accusent les Latins d’ajouter au Credo de Nicée (expliqué à Constantinople) les mots filioque ; les Latins, pour leur part, accusent les Grecs d’insérer le mot monou dans l’article 7 du Credo athanasien (apo tou monou patros, voir PG 28.1581, 1585, 1587, 1589). Les églises de l’Est et de l’Ouest se disputaient souvent violemment à ce sujet. Enfin, au Concile de Florence (1439 ap. J.-C.), on parvint à un accord en déterminant que l’Esprit Saint procède du Père par le Fils. Mais les orientaux qui y ont souscrit se sont retirés de la transaction et persistent avec véhémence dans leur ancienne opinion.
V. Bien que les Grecs n’auraient pas dû être accusés d’hérésie en raison de leur opinion, et que cela n’aurait pas dû être l’occasion d’un schisme naissant ou continu, l’opinion des Latins peut néanmoins être correctement retenue comme plus agréable aux paroles des Écritures et plus vrai. (1) Le Saint-Esprit est envoyé du Fils aussi bien que du Père (Jean 16:7). Il doit donc s’en éloigner parce qu’il ne peut être envoyé par le Fils que s’il s’en éloigne. (2) Il est appelé l’Esprit du Fils aussi bien que le Père (Gal. 4:6). (3) Quoi que l’Esprit ait, il n’a du Fils rien de moins que du Père (Jean 16.13-15), et comme on dit que le Fils est du Père parce qu’il ne parle pas de lui-même, mais du Père (de qui il reçoit toutes choses), ainsi l’Esprit doit être dit et procéder du Fils parce qu’il écoute et parle de lui. (4) Il a soufflé le Saint-Esprit sur ses disciples à temps (Jean 20:22). C’est pourquoi il l’a soufflé de l’éternité ; car la procession temporelle présuppose une procession éternelle.
VI. Le Père et le Fils respirent le Saint-Esprit non pas comme deux principes différents (puisque le pouvoir respiratoire est le même dans les deux), mais comme deux êtres auto-existants (supposita) se rejoignent dans cette procession par le même pouvoir.
VII. Bien que l’on puisse dire que l’Esprit vient du Père (Jean 15:26), il n’est pas renié par le Fils. En effet, c’est implicite parce que la mission de l’Esprit lui est attribuée et que tout ce que le Père a, le Fils l’a également (Jean 16.15).
VIII. Puisque respirer la vertu est numériquement un dans le Père et le Fils, il n’est pas bon de dire qu’à cet égard l’Esprit procède du Père par le Fils (comme s’il était principalement du Père, mais accessoirement et moins principalement du Fils). Si l’on considère le mode de subsistance (selon lequel le Père est la fontaine de déité d’où émane le Fils), on ne dit pas indûment en ce sens qu’il doit procéder du Père par le Fils (quant à l’ordre et au mode de la procession).
IX. Si dans certaines croyances primitives l’expression filioque a été omise (prouvant la procession du Fils), c’est parce qu’à cette époque il n’y avait pas eu de controverse sur la procession de l’Esprit Saint. Pourtant, elle a été prudemment ajoutée par la suite en raison de l’augmentation des erreurs.

Turretin.

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