La volonté de Dieu est-elle la première règle de justice ? Nous la distinguons. [DIEU UNIQUE ET TRINITAIRE Q18 Turretin].

DIX-HUITIÈME QUESTION :
LA BONTÉ ET LA JUSTICE FONDENT LA VOLONTÉ DE DIEU.

 

La volonté de Dieu est-elle la première règle de justice ? Nous la distinguons.

I. Cette question n’a pas seulement fait l’objet d’agitation parmi les Scolastiques (qui en différaient), mais elle est également débattue parmi les orthodoxes eux-mêmes. Certains affirment que le bien et le mal moral dépendent du libre arbitre de Dieu et que rien n’est bon et juste à moins que Dieu ne le veuille. D’autres luttent pour le négatif et reconnaissent une certaine bonté et justice essentielles dans les actes moraux antérieurs à la volonté de Dieu, de sorte que les choses ne sont pas bonnes et juste parce que Dieu les veut, mais Dieu les veut parce qu’elles sont bonnes et justes.

 

1.Énoncé de la question.

 

II. Nous suivons cette dernière opinion avec ces distinctions. (1) La volonté peut être appelée règle primaire de justice soit intrinsèquement, soit extrinsèquement (c’est-à-dire soit par rapport à Dieu, soit par rapport à tout ce qui lui est extérieur). Dans le premier sens, sa volonté est réglée par sa justice ; dans le second sens, la justice en nous n’est réglée que par sa volonté. (2) Comme la loi de Dieu est soit naturelle et indispensable (fondée sur sa nature et sa sainteté), soit libre et positive (dépendant seulement de sa volonté), ainsi la bonté ou la méchanceté des choses peuvent se référer soit à la loi naturelle soit à la loi positive.
III. Ceci étant posé, je dis que la volonté peut être appelée et est en réalité la première règle de justice extrinsèquement et en référence à nous, mais pas intrinsèquement et en référence à Dieu. Il en est ainsi en ce qui nous concerne parce que la source de la justice ne doit être recherchée nulle part ailleurs que dans la volonté de Dieu qui, comme elle est tout à fait juste en elle-même, est la règle de toute réceptivité et de toute justice ; car la première dans chaque genre est la règle de tout le reste. En ce sens, les théologiens disent que la volonté de Dieu est la règle suprême de la justice, et par conséquent tout ce que Dieu veut est donc juste et bon parce qu’il le veut. Mais en ce qui concerne Dieu, la volonté ne peut pas toujours être appelée la première règle de justice. C’est une règle dans les choses qui n’ont qu’une bonté libre et positive, mais pas dans celles qui ont une bonté essentielle (c.-à-d., dans le cérémonial, pas dans la morale). Car dans ce dernier, la volonté de Dieu est régulée, non pas extrinsèquement mais intrinsèquement (c’est-à-dire, par sa très sainte nature). Il a donc été bien dit que certaines choses sont bonnes parce que Dieu les veut (comme l’observance des cérémonies et tous les commandements positifs), mais que Dieu veut les autres parce qu’elles sont justes et bonnes en soi et dans leur propre nature (comme l’amour de Dieu et notre prochain). Si Dieu ne leur avait pas donné cet ordre, ils ne cesseraient pas d’être justes et donc d’être pris en charge par nous.
IV. Les raisons en sont les suivantes : (1) De même qu’il est accordé en Dieu la justice naturelle et la sainteté, la bonté morale et la justice fondées sur la justice et la sainteté de Dieu et portant son image, doivent donc être naturelles. Et comme Dieu ne peut pas se renier ni haïr sa propre sainteté, ainsi il ne peut qu’aimer son image et la prescrire à la créature comme la règle la plus parfaite de justice et de sainteté.
V. (2) Il y a en Dieu un droit éternel et indispensable (antécédent à tout acte de libre arbitre) par lequel, en tant que Créateur, il domine la créature. Ainsi, la créature doit dépendre de Dieu non seulement pour sa conservation, mais aussi pour son culte et son obéissance ; et cette obligation est telle et si proche que son contraire est absurde (asystaton) et ne peut être maintenu sans répulsion. Dieu ne peut pas plus être conçu pour absoudre la créature de ce devoir que pour se renier lui-même. Par conséquent, puisqu’il y a un tel droit en Dieu auparavant à sa volonté, il doit y avoir une règle de justice indépendante de sa volonté.
VI. (3) Si la volonté de Dieu était la première règle de justice, même intrinsèquement, de sorte que rien ne serait bon et juste à moins que Dieu ne le veuille, il s’ensuivrait qu’il n’y aurait pas d’athéisme, de magie, d’épicurisme, de haine et de blasphème de Dieu et autres crimes du même genre, qu’il ne peut commander (et par cela les rendre moralement bons comme commandements). Tout ce qui peut tomber sous le précepte de Dieu peut aussi être rendu honnête et juste. Ainsi Dieu pouvait se dispenser de tous les préceptes du décalogue et ordonner à la créature de croire qu’elle n’est pas bonne et sainte, qu’elle ne doit pas être adorée, mais qu’elle doit plutôt être considérée avec haine, et même qu’elle n’existe pas, à laquelle le mental se révolte. Ainsi Dieu, s’il le voulait, pourrait être l’auteur et l’approbateur de la désobéissance de l’homme, car il pourrait lui ordonner de ne pas obéir à ses préceptes ou à ses interdictions ; car il n’est pas censé y avoir d’obligation dans l’homme ou de droit d’obligation en Dieu, antérieurement à la volonté de Dieu. Il n’y aurait donc aucune justice vindicative essentielle en Dieu ni aucune nécessité de satisfaction à presser contre Socinus (ce qu’ils font néanmoins qui embrassent cette opinion).

 

2.Sources d’explication.

 

VII. Dieu n’est soumis à aucun devoir moral extérieurement parce qu’il n’est débiteur envers personne, et qu’il n’y a pas de cause de lui qui puisse le placer sous obligation. Pourtant, il peut être soumis à une obligation intérieure parce qu’il est débiteur envers lui-même et qu’il ne peut se renier lui-même. Comme le Fils, dans les choses divines, est obligé d’agir par le Père, et le Père est obligé d’aimer le Fils, ainsi, dans les actes extérieurs (à supposer que la créature soit produite), Dieu ne peut que lui donner des ordres et des préceptes justes et saints.
VIII. La loi est appelée la règle de toutes les bonnes et mauvaises actions en ce qui nous concerne et en ce qui concerne notre connaissance parce que la relation du bien et du mal ne nous est connue que par la loi. Mais en ce qui concerne Dieu et son droit d’obliger ou de commander, il existe antérieurement à la volonté de Dieu parce qu’il est fondé sur cette majesté et cette sainteté mêmes.
IX. Il est absurde de dire que Dieu dépend de quelque chose de lui-même, mais pas qu’il dépend de lui-même (à condition que cela soit compris d’une manière qui devienne à Dieu[theoprepōs], c’est-à-dire qu’il ne veut rien sans sa propre sainteté et justice).
X. Dieu n’est pas lié à la loi qu’il impose à l’homme (c’est-à-dire, formellement, en prenant la loi comme une loi), mais il n’est pas libre et absolu de toute la matière de la loi, de sorte qu’il peut soit commander soit faire lui-même le contraire (par exemple, se croire Dieu et commander aux autres de croire ainsi – ce qui semble horrible aux oreilles pieuses).
XI. Bien que la volonté divine soit simplement libre extérieurement, mais de la supposition d’un acte libre, elle peut être nécessaire à un autre (comme s’il voulait promettre absolument, il doit tenir sa promesse ; s’il veut parler ou se révéler, il doit nécessairement faire une vraie révélation ; s’il veut gouverner, il est tenu de gouverner avec justice). Ainsi, la volonté divine ne peut pas être déterminée d’elle-même à vouloir que quelque chose soit ou ne soit pas, mais peut bien être déterminée par rapport aux complexités de la rectitude de ces choses qui sont ou qu’il veut être.
XII. L’homme pèche immédiatement contre la loi révélée de Dieu, mais aussi médiatement et par conséquent contre Dieu, l’auteur de la loi, et le Seigneur suprême qui l’a imposée. Ainsi le péché demeure toujours aussi transgression (anomie) tant par rapport à la loi extérieure révélée qu’à l’éternelle (qui est basée sur la sainteté de Dieu).

Turretin.

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