Dieu veut-il certaines choses nécessairement et d’autres librement ? Nous l’affirmons. [DIEU UNIQUE ET TRINITAIRE Q14 Turretin]

QUATORZIÈME QUESTION :
LA VOLONTÉ DE DIEU

 

Dieu veut-il certaines choses nécessairement et d’autres librement ? Nous affirmons.

 

I. La volonté de Dieu (dont l’objet est seulement le bien, comme celle de l’intellect est la vraie) suit nécessairement sa compréhension. Mais parce que le bien est soit incréé et infini, soit fini et créé, un double objet peut être assigné à la volonté : un primordial (c’est-à-dire Dieu) comme le bien infini ; mais le secondaire (toutes choses créées de Dieu, tenant la relation du bien fini qui aussi hors de lui-même Dieu veut, mais pas de la même manière) ; lui-même, certes, nécessairement par suffisance, mais toutes autres choses librement par décret – de là la question posée.

 

1.Énoncé de la question.

 

II. Sur l’état de la question observer : (1) cette nécessité est double ; une absolue, qui simplement et par elle-même et sa propre nature ne peut être autrement, que Dieu est bon, juste, etc. L’autre hypothétique, qui n’est pas en soi et simplement telle, mais qu’il pourrait en être autrement, mais sur la posture de quelque chose qu’elle suit nécessairement et ne pourrait pas être autrement ; comme par exemple, si vous posez que Dieu a prédestiné Jacob au salut, il est nécessaire que Jacob soit sauvé, notamment sur l’hypothèse du décret. Sinon, il n’aurait pas pu être prédestiné et non sauvé. Quand on se demande donc si Dieu veut certaines choses nécessairement, mais d’autres librement, je ne me réfère pas seulement à l’hypothétique nécessité (car ainsi ce que Dieu veut librement, le décret étant posé, il ne le veut plus), mais à l’absolue nécessité.
III. Le libre se dit soit en référence à la spontanéité, soit à l’indifférence : le premier ce qui se fait spontanément et sans contrainte, mais le second ce qui est si disposé qu’il peut se faire et non se faire. Lorsqu’on demande si Dieu veut certaines choses librement, non seulement la volonté de spontanéité est signifiée (car les choses que Dieu veut le plus nécessairement, il les veut aussi librement, c’est-à-dire sans coaction), mais à juste titre la liberté d’indifférence (c’est-à-dire s’il veut qu’il les ait tuées).
IV. Troisièmement, il y a deux sortes de choses voulues : un principe, qui tient la relation de la fin ultime ; un autre secondaire, qui a la relation des moyens. Dans le premier cas, la volonté est nécessairement portée de sorte qu’elle ne peut qu’y être portée ; dans le second, elle est portée librement et par élection ayant un lien nécessaire et indissociable avec la fin ultime (de sorte que sans elle la fin ne peut être). Car alors, par la même nécessité par laquelle nous serons la fin ultime, nous le serons aussi (comme celui qui veut préserver la vie, veut aussi prendre de la nourriture, sans laquelle la vie ne peut être préservée).
V. Ceci étant établi, je dis que Dieu se veut nécessairement, non seulement par une nécessité hypothétique mais aussi par une nécessité absolue. Il est la fin ultime et le bien suprême qu’il ne peut que vouloir et aimer, non seulement en ce qui concerne la spécification (qu’il ne peut pas vouloir et n’aimer rien de contraire), mais aussi en ce qui concerne l’exercice (qu’il ne cesse jamais de vouloir et aimer lui-même), car il ne peut nier sa propre gloire ou se renier. Mais il veut librement d’autres choses parce que, puisqu’aucune chose créée n’est nécessaire par rapport à Dieu mais contingente (comme il pourrait le faire sans elles), il veut toutes choses comme il ne pourrait pas les vouloir (c’est-à-dire par la liberté non seulement de spontanéité, mais aussi d’indifférence).
VI. Cette liberté de la volonté divine sur les choses créées doit être comprise absolument et a priori et par rapport aux choses considérées en elles-mêmes non hypothétiquement et a posteriori par rapport aux décrets eux-mêmes. Car, en ce sens, Dieu a voulu créer les choses nécessairement à partir d’hypothèses, parce qu’il ne peut plus les vouloir à cause de l’immuabilité de sa volonté (à supposer qu’il l’ait voulue une fois) ; mais il les veut absolument librement parce qu’il est influencé à leur volonté par aucune nécessité, mais par simple liberté et peut s’abstenir de les produire.
VII. Mais cette indifférence de la volonté divine, loin d’abaisser la majesté de Dieu, est la plus grande preuve de sa perfection qui, en tant qu’être indépendant, n’a besoin de rien de lui-même (ce qui est le plus grand témoignage de l’imperfection des êtres).
VIII. Dieu veut que toutes les choses créées ne se rendent pas parfaites (comme s’il en avait besoin), mais qu’elles se communiquent et manifestent en elles sa bonté et sa gloire. C’est pourquoi, parce qu’il pouvait s’en passer sans nuire à son bonheur, on dit qu’il les veut librement. Car puisque Dieu veut tout hors de lui-même dans la mesure où il est ordonné pour sa bonté en tant que fin (et la bonté de Dieu est parfaite sans les autres, de sorte qu’aucune perfection ne peut lui venir des autres), il s’ensuit que Dieu veut autre chose de lui-même, non pour être absolument nécessaire, mais seulement par supposition (ex hypothesi) (comme Thomas d’Aquin l’a fait remarquer, ST, I-I, Q. 19, Art. 3, pp. 104-5).

Turretin.

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