Dieu est-il immuable par essence et par volonté ? Nous l’affirmons. [DIEU UNIQUE ET TRINITAIRE Q11 Turretin]

ONZIÈME QUESTION :
L’IMMUABILITÉ DE DIEU

 

Dieu est-il immuable par essence et par volonté ? Nous l’affirmons

 

I. L’immutabilité est un attribut incommunicable de Dieu par lequel on lui refuse non seulement tout changement, mais aussi toute possibilité de changement, tant au niveau de l’existence que de la volonté.
II. Les adversaires s’opposent à cette immuabilité de Dieu, surtout celle qui concerne les actes de sa volonté. C’est pourquoi Dieu peut maintenant vouloir ce qu’il a déjà fait et donner maintenant ce qu’il a voulu (Crellius, « De Deo et Ejus Attributis », 1.21 in Opera[1656], 4:47-49 ; Vorstius, Tractus theologicus de Deo[1610]). Avec les orthodoxes, nous soutenons que toute sorte d’immuabilité doit lui être attribuée à la fois à la nature et à la volonté.

 

1.L’immuabilité de Dieu est prouvée.

 

III. (1) L’Écriture le lui attribue expressément : « Je suis le Seigneur, je ne change pas » (Mal. 3:6) ; « les cieux périront, mais tu perdureras » (Ps. 102:26) ; « avec Dieu n’est ni variabilité, ni ombre de changement » (Jacq. 1:17). Dans ce dernier, non seulement le changement lui est refusé, mais même l’ombre du changement, afin qu’il soit mis en contraste avec le soleil, la source de lumière matérielle, susceptible de divers changements et éclipses par lesquels sa lumière est interceptée. Mais Dieu, le père des lumières, ne reconnaît aucun tropique et ne peut être obscurci par aucun nuage puisqu’il n’y a rien pour intercepter son influence. L’immuabilité de la volonté divine et du conseil en particulier est souvent affirmée : « Dieu n’est pas un homme pour mentir, ni le fils de l’homme pour se repentir ; A-t-il dit, et ne le fera-t-il pas ? Ou bien a-t-il parlé, et ne le fera-t-il pas bien ? » (Nom. 23:19). « Mon conseil subsistera, et je ferai toute ma volonté » (Ésaïe 46,10 ; cf. Ps 33,11 ; 110,4 ; 1 S 15,29 ; Héb 6,17).
IV. La raison le confirme car il est Jéhovah, et donc un être nécessaire et indépendant qui ne peut être changé par personne. « Toutes les choses créées sont mutables » (pan ktiston trepton), dit Jean de Damas (Dialogus contra Manichaeos 68[PG 94.1568]) parce qu’elles prennent leur être à d’autres qu’elles-mêmes. Dieu est immuable parce qu’il est de lui-même et ne reconnaît aucune cause au-dessus de lui-même. (2) Il ne peut être changé ni pour le mieux (parce qu’il est le meilleur) ni pour le pire (parce qu’il cesserait d’être le plus parfait). Augustin dit : « Ce qui est changé du meilleur pour le pire et du pire pour le meilleur n’est pas Dieu, parce que la vertu parfaite ne peut changer pour le meilleur, ni l’éternité vraie pour le pire » (Tractate 23*, De l’Evangile de Jean[NPNF1, 7:154 ; PL 35.1588]). (3) Toutes les causes du changement lui sont enlevées : dépendance a priori ; pouvoir passif ; erreur de l’esprit ; inconstance de la volonté.

 

2.Sources d’explication.

 

V. La création n’a pas produit un changement en Dieu, mais dans les créatures ; pas un changement physique et proprement dit (qui suppose son matériel), mais hyperphysique par lequel la créature passe de la non-existence à l’existence. On ne peut pas dire qu’un agent dit être changé (ce qui en soi devient différent de ce qu’il était avant), mais qui devient différent (pas en soi mais seulement relativement et pour une autre chose). Or, lorsque Dieu est devenu Créateur, il n’a pas été changé en lui-même (car rien de nouveau ne lui est arrivé, car de l’éternité il a eu la volonté efficace de créer le monde dans le temps), mais seulement pour la créature (car une nouvelle relation a eu lieu avec elle). Et quant à l’acte de la création qui n’est pas éphémère et immanent, il n’est pas tant en Dieu qu’à partir de lui.
VI. Dieu n’a pas été changé par l’incarnation ; le Verbe (logos) s’est fait chair, non par une conversion du Verbe (tou logou) en chair, mais par une prise de chair à l’hypostase du Verbe (logou).
VII. C’est une chose de changer la volonté, c’en est une autre de changer la volonté de tout. Dieu peut vouloir le changement de diverses choses (comme l’institution et l’abrogation du culte Lévitique) sans préjudice de l’immuabilité de sa volonté car même de l’éternité il avait décrété un tel changement. Ainsi, de l’éternité, il décréta de créer le monde et de le préserver jusqu’à un certain temps, mais ensuite de le détruire par un déluge. De la même manière, nous devons raisonner en ce qui concerne sa connaissance. La connaissance de Dieu ne change pas avec la chose connue parce que Dieu qui la connaissait savait non seulement que ce changement aurait lieu, mais l’a même décrété.
VIII. C’est une chose d’être indifférent à divers objets, c’en est une autre d’être mutable. La cause de l’indifférence n’est pas la mutabilité, mais la liberté. La volonté de Dieu pouvait être indifférente avant le décret, mais après le décret, elle ne peut pas être mutable.
IX. Le pouvoir de varier ses propres actes n’est pas le principe de la mutabilité en soi, mais seulement dans ses objets (à moins qu’on ne comprenne la variation de ses propres actes qu’une volonté parfaite ne change pas, mais seulement un imparfait ; car personne ne peut changer son dessein à moins de découvrir un désavantage, ce qui ne peut être le cas en Dieu).
X. C’est une chose de se demander si Dieu aurait pu se déterminer à d’autres objets que ceux qu’il a décrétés avant d’avoir résolu quoi que ce soit les concernant ; c’en est une autre de se demander si le décret ayant été formé il pouvait l’annuler. Nous nions ce dernier point, mais nous affirmons le premier. Et pourtant, aucune mutabilité n’est donc imputée à Dieu parce qu’il est donc dit qu’il est changé (qui commence à vouloir ce qu’il a fait ou à faire ce qu’il a voulu) ce qui ne peut avoir sa place en Dieu.
XI. La repentance est attribuée à Dieu à la manière des hommes (anthrōpopathōs) mais doit être comprise à la manière de Dieu (theoprepōs) : non pas par rapport à son conseil, mais par rapport à l’événement ; non par rapport à sa volonté, mais par rapport à la chose voulue ; non par rapport à l’affection et à la douleur intérieure, mais à l’effet et au travail extérieur car il fait ce que fait habituellement un homme pénitent. Si la repentance concernant la création de l’homme (qu’il ne pouvait défaire) est attribuée à Dieu (Gen. 6:6, 7*), elle doit être comprise non pas pathétiquement (pathētikōs), mais énergétiquement (energētikōs). Bien qu’il n’ait pas pu défaire ce qu’il avait fait par une non-création, mais par une destruction, il a pu produire du changement.
XII. Les promesses non tenues et les menaces non tenues ne justifient pas un changement de volonté parce qu’elles étaient conditionnelles, et non absolues. C’est ce qui ressort clairement de Jérémie 18:7-8*. Bien que la condition ne soit pas souvent exprimée, elle doit être comprise comme tacite et implicite.
XIII. Quand la mort d’Ezéchias a été prédite, il n’y avait pas de déclaration de ce qui arriverait selon la volonté de Dieu, mais de ce qui arriverait (selon la nature des secondes causes) si Dieu n’interposait pas.
XIV. La nécessité de l’immuabilité que nous attribuons à Dieu n’implique pas le destin stoïcien. Ce n’est qu’une nécessité extrinsèque et à partir de l’hypothèse de la volonté divine, sans interférence avec la liberté et la contingence des choses, comme nous le prouverons par la suite lorsque nous arriverons aux décrets.

Turretin.

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