La distinction des attributs entre communicable et incommunicable est-elle bonne ? Nous l’affirmons.[DIEU UNIQUE ET TRINITAIRE Q6 Turretin]

SIXIÈME QUESTION :
ATTRIBUTS COMMUNICABLES ET INCOMMUNICABLES

 

La distinction des attributs entre communicable et incommunicable est-elle bonne ? Nous l’affirmons.

 

I. Parmi les diverses distinctions des attributs divins, aucune n’est plus fréquente que celle par laquelle ils sont répartis en attributs communicables et incommunicables. A ce propos, il faut dire quelques petites choses parce qu’il n’est pas reçu de la même façon par tous.

 

1.Attributs transmissibles et incommunicables.

 

II. Pour comprendre la distinction, notons que la communication est double : l’une essentielle et formelle (par l’être intrinsèque d’une chose), l’autre par ressemblance et analogie (par rapport aux effets et aux œuvres). Quant à la première, nous disons que toutes les propriétés de Dieu sont également incommunicables, pas plus susceptibles d’être communiquées que l’essence divine. Dans le cas contraire, elles cesseraient d’être des propriétés. Mais ce dernier, nous le confessons, peut être accordé puisque Dieu produit dans les créatures (surtout dans les créatures rationnelles) des effets analogues à ses propres propriétés, tels que la bonté, la justice, la sagesse, etc.
III. En ce sens, ces attributs peuvent à juste titre être qualifiés d’incommunicables strictement et de toutes les manières qui sont si propres à Dieu que rien de semblable ou d’analogue, ni aucune image ou trace ne peut être trouvé dans les créatures. Tels sont les attributs négatifs qui lui enlèvent tout ce qui est imparfait dans les créatures (comme l’infinité, l’immensité, l’éternité, qui sont tels que toute créature est soit sans eux, soit a leurs contraires). Mais d’autres ne sont pas mal qualifiées de communicables (dont il y a une certaine apparence ou certains vestiges faibles chez les créatures) et par simple analogie du nom et des effets. Tels sont les attributs affirmatifs qui sont attribués à Dieu par l’éminence ou la causalité.
IV. Les attributs communicables ne sont pas liés à Dieu et aux créatures de façon univoque parce qu’il n’y a pas la même relation que dans les choses qui sont simplement univoques et qui s’accordent sur le nom et la définition. Elles ne sont pas non plus prédictées de manière équivoque parce qu’il n’y a pas de relation totalement diverse, car dans les choses il n’y a que des accords équivoques sur le nom qui soient équivoques. Elles sont prédictées analogiquement, par analogie, à la fois de similitude et d’attribution. Le premier est celui où les choses sont appelées par le même nom en raison d’une certaine similitude existant entre elles ; le second lorsqu’un nom est tellement attribué à plus d’une chose qu’on peut en dire une principalement et principalement ou par priorité, mais des autres secondairement et par postériorité en raison de la dépendance envers cette première. Ainsi, ces attributs peuvent être prédictifs de Dieu essentiellement et d’une manière tout à fait singulière (c’est-à-dire infiniment et parfaitement) et donc aussi dans l’abstrait. En ce sens, Dieu seul est dit bon (Mt 19,17), c’est-à-dire à l’origine, indépendamment, essentiellement ; mais concernant les créatures seulement de manière secondaire, accidentelle et participative.
V. On dit des croyants qu’ils participent à la nature divine (2 P 1.4) non pas de manière univoque (par une participation formelle de l’essence divine), mais seulement de manière analogique (par le bénéfice de la régénération qui leur impose les marques de sainteté et de droiture appartenant le plus proprement à Dieu, puisqu’ils sont renouvelés à l’image de leur Créateur, Col 3.10). Il faut donc comprendre ce qui se passe souvent chez les pères lorsqu’ils parlent de l’homme renouvelé (theousthai) et de l’homme rendu conforme à Dieu (theoeidē) ; non pas essentiellement (ce qui s’applique au Fils seul), mais de façon analogue.
VI. La distinction des attributs en communicable et incommunicable n’implique aucune inégalité des propriétés divines (comme si certaines étaient plus propres à Dieu que d’autres) parce que toutes sont également essentielles pour lui. Mais cela loue la bonté et la gloire de Dieu parce qu’il a voulu exprimer dans ses créatures quelque ressemblance et ombre (aposkiasmation) de ses propres perfections.
VII. Cette distinction ne peut favoriser l’erreur de ceux qui soutiennent que les propriétés divines ont été communiquées à la nature humaine du Christ. Comme on le verra au bon endroit, la communication dans le concret, quant à la personne (que nous reconnaissons en Christ), diffère de la communication dans l’abstrait, quant à la nature (que nous nions). La communication peut être formelle et intransigeante par une transfusion des mêmes propriétés qui sont en Dieu dans la nature humaine du Christ (que nous rejetons) ; ou elle peut être transitive et efficace par analogie (qui peut être accordée aux créatures rationnelles par rapport aux attributs positifs).

Turretin.

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