Les athées peuvent ils être correctement nommés ainsi ? Nous le nions [DIEU UNIQUE ET TRINITAIRE Q2 Turretin]

DEUXIÈME QUESTION : L’ATHÉE SE TROMPE LUI MÊME

 

Les athées peuvent ils être correctement nommés ainsi ? Nous le nions

 

1.Énoncé de la question.

 

I. Comme il y a tant d’athées aujourd’hui dans le monde, il peut sembler étonnant, à première vue, que quelqu’un remette en question ou nie l’existence d’un tel nombre. Après avoir établi certaines distinctions, il apparaîtra dans quel sens il peut être vrai qu’il peut y avoir beaucoup d’athées, mais dont en réalité, il n’existent pas.

 

2.Athéisme spéculatif ou pratique.

 

II. Premièrement, un athée peut être soit spéculatif, soit pratique : le premier quant à la foi, ne reconnaissant pas un Dieu ; le second quant aux manières et à la vie, le reconnaissant mais ne l’adorant pas (qui vivent comme s’il n’y avait pas de Dieu ou de désir dans leur cœur, il n’y en avait pas). Car bien qu’il n’y ait aucune pratique qui n’implique pas une certaine connaissance (ni aucune connaissance au moins concernant l’adoration de Dieu qui n’a pas tendance d’une certaine manière à pratiquer) ; ainsi il n’y a aucun athéisme pratique qui ne découle pas d’une connaissance dépravée et d’un jugement mental corrompu et aucun athéisme spéculatif qui ne tire pas aussi après une pratique corrompue. Mais cela n’empêche pas que la dénomination soit faite à partir de la qualité dominante, de sorte que l’athéisme qui consiste plutôt en des paroles ostentatoires et des blasphèmes devrait être qualifié de spéculatif, mais ce qui est plutôt occupé par des actes impies devrait être qualifié de pratique. Maintenant, bien que nous admettions qu’il y a beaucoup d’athées pratiques, nous nions qu’il y ait des spéculations.

 

3.Athéisme spéculatif.

 

III. Deuxièmement, un athée spéculatif est soit direct et exprès, soit indirect et interprétatif. Le direct est celui qui se débarrasse de toute connaissance, de tout sens et de toute croyance en la divinité. L’indirect est celui qui attribue ou nie à Dieu de telles choses que par conséquence nécessaire Dieu est nié. Par exemple, celui qui nie la providence et la justice de Dieu (bien qu’il puisse prétendre reconnaître un Dieu) par cette même chose le nie parce que Dieu ne peut être sans providence. Nous ne traitons pas ici de la seconde, mais de la première.
IV. Troisièmement, l’athée direct est soit celui qui conteste de l’extérieur (et nie même malicieusement son sens), soit celui qui doute de l’intérieur (pendant un certain temps vexé par des doutes sur l’existence de Dieu et semblant leur céder un moment dans des paroxysmes de tentation) ; soit celui qui affecte avec soin un désir total de perception de la déité (anaisthēsian) ; ou bien qui convainc clairement et certainement dans son cœur que Dieu n’est pas là. En ce qui concerne les premiers, nous ne traitons pas (que, d’ailleurs, nous ne nions pas, on ne peut pas trouver), mais en ce qui concerne les seconds (que nous faisons). La question est donc de savoir si les athées sont supposables non pas dans la pratique, mais spéculativement ; non pas indirectement et interprétativement, mais directement ; non pas ceux qui contestent, ou nient, ou doutent ou s’efforcent intérieurement de se persuader qu’il n’y a pas de Dieu ; mais qui le croient expressément dans leur cœur et professent avec leur bouche. Nous le nions.

 

4.La preuve que l’athéisme ne peut être accordé.

 

V. Les raisons en sont les suivantes : (1) Il y a en l’homme une connaissance de Dieu et un sens de la divinité, dont l’homme ne peut être plus démuni que d’un intellect rationnel. Il ne peut donc pas s’en départir sans se remettre en question (comme cela a été prouvé précédemment, Thème I, Question 3). Si dans les Ecritures, la connaissance salvifique et pratique par laquelle ils peuvent être convertis est refusée aux pécheurs (1 Jean 2:4), ce n’est pas comme si une connaissance théorique et inefficace était donc refusée. Et si l’ignorance d’une disposition dépravée leur est attribuée (1 Thess. 4:5 ; Ep. 4:17, 18), l’ignorance de la négation pure ne peut leur être attribuée également.
VI. (2) L’athée a l’œuvre de la loi écrite en lui (Rom. 2:14), et une observation naturelle et une conscience dans laquelle Dieu a érigé son trône pour s’éteindre seulement à la lumière de la raison. Car bien que les hommes d’impiété désespérée s’efforcent souvent de s’en débarrasser, ils ne le peuvent pas. Et comme pendant un certain temps ils peuvent sembler s’être rendus insensibles et que la conscience peut s’assoupir, elle commence et perce leur cœur avec des douleurs plus aiguës, de sorte qu’involontairement ils sont retenus captifs et ressentent profondément celui dont ils désirent être ignorants (comme ce fut le cas pour Caligula, Néron et bien d’autres). On ne peut pas non plus objecter à juste titre que cette conscience n’est pas toujours associée à la connaissance ou à la crainte de Dieu. Le fléau de la conscience pourrait être causé par la peur des hommes ; car, bien que cela puisse être le cas dans des crimes connus, dans ces péchés secrets que les hommes ignorent et perpétrés par ceux qui ne reconnaissent aucun supérieur sur terre, d’où cette terreur pourrait-elle venir si ce n’est d’un sens de la justice divine, frappant leur conscience plus ils s’efforçaient d’y échapper ? C’est pourquoi il doit vraiment y avoir ici quelque chose de divin (théion ti).
VII. (3) Dieu s’est manifesté si clairement dans ses œuvres que les hommes peuvent le trouver, même en éprouvant des sentiments (Actes 17:26, 27), et ne peuvent ouvrir les yeux sans être immédiatement frappés par la majesté et la splendeur d’une si grande déité. La particule (ei ara) utilisée par l’apôtre ne jette pas non plus de doute sur l’évidence et la certitude de la révélation divine, mais fait référence à l’insensité et à la négligence des chercheurs (comme dans Actes 8:22). Ainsi, ce qui est ajouté concernant la présence de Dieu ( » il n’est pas loin de chacun de nous « ) ne signifie pas la promesse spéciale de grâce à ses fidèles adorateurs, mais indique la bénédiction de la providence commune à tous les hommes.
VIII. La connaissance acquise de Dieu s’acquiert généralement dans la triple voie de la causalité, de l’éminence et de la négation. Par causalité, quand nous en déduisons la cause à partir des effets et des causes secondaires, nous montons à la première : « Celui qui a planté l’oreille, n’entendra-t-il pas ? Celui qui a formé l’oeil, ne verrait-il pas ? » (Ps. 94:9). Par éminence, nous attribuons éminemment (kat’ exochēn) à Dieu tout ce qu’il y a de perfection chez les créatures. Par la négation, nous lui enlevons ce qui est imparfait chez les créatures, comme quand on dit qu’il est invisible, immortel, immuable. Par la négation, nous arrivons à la connaissance des attributs négatifs. En guise d’éminence, nous connaissons les attributs positifs. Et par causalité, nous montons à la connaissance des attributs relatifs.

 

5.Sources d’explication.

 

IX. Quand il est dit : « L’insensé a dit en son cœur : Il n’y a pas de Dieu » (Ps. 14:1), la persuasion certaine et ferme d’un athée reniant Dieu n’est pas tant décrite que le doute et l’effort de l’homme impies qui s’efforce d’éteindre cette connaissance. Il ne dit donc pas qu’il croit et maintient, mais il « dit » (c’est-à-dire qu’il se dit en silence et s’efforce de s’en convaincre). (2) Un athéisme spéculatif direct ne peut pas être entendu ici parce qu’il traite les méchants et les pécheurs en général, comme il ressort d’une comparaison avec Rom. 3. (3) Il ne s’agit pas tant d’un déni de l’existence que de la providence de Dieu (comme il ressort du Ps 10,4 où ce qui est dit du méchant « qui, par l’orgueil de son visage, ne cherche pas : Dieu n’est pas dans toutes ses pensées »). Le verset 11 se réfère au déni de la providence : « Il a dit en son cœur : Dieu a oublié : il cache sa face, il ne la verra jamais. » C’est pourquoi Owen dit à juste titre :

L’imbécile dit dans son coeur qu’il n’y a pas de Dieu,
Il a parlé, et personne n’a cru cet imbécile ;
L’insensé nie l’existence de Dieu si personne, qui par conséquent
Est-il athée ? Personne qui veut que Dieu le soit.
« -De Atheo, Epigrammatum 3.16 (1622)

X. Une négation extérieure de Dieu (ou seulement une pensée erratique et un doute à son sujet) diffère d’un déni fixe et constant dans le cœur. Nous permettons que le premier puisse exister dans l’homme, mais pas le second.
XI. Quoi que disent les auteurs de l’étouffement et de l’anéantissement de la lumière de la nature pendant un certain temps dans un paroxysme de fureur et de cautérisation de la conscience (sa léthargie et son insensibilité[anaisthēsia]), il ne faut pas parler de l’extinction totale de cette connaissance naturelle, ni de la certitude du consentement contraire et de la conviction. Il faut plutôt parler d’une certaine suppression et d’un obscurcissement de cette lumière et de cette connaissance par laquelle les hommes impie rejettent (autant qu’ils le peuvent) la pensée réelle de Dieu et s’efforcent de se persuader qu’il n’y a pas de Dieu ; ni croient ni craignent la vengeance de Dieu comme juge.
XII. Les païens sont appelés athées (athées, Eph. 2:12) non pas parce qu’ils ne reconnaissent aucune déité, mais parce qu’ils sont dépourvus de la connaissance de la vraie déité. Celui qui ne détient pas le vrai Dieu, ne doit pas nécessairement avoir Dieu. En fait, le polythéiste (polytheotēs) est un athée (atheotēs).
XIII. Ceux qui ont été marqués du nom infâme d’athées parmi les anciens n’étaient pas tant des ennemis de toutes les divinités que des méprisants d’idoles et de faux dieux (dont Apulée et Agellius témoignent au sujet de Socrate, qui fut déclaré par l’oracle d’Apollon l’homme le plus sage dans toute la Grèce).
XIV. C’est une chose que la pensée actuelle de Dieu soit absente de l’esprit d’un athée pendant un certain temps, et ce par négligence et criminalité. C’en est une autre pour la connaissance de Dieu (qui est d’abord impressionnée par la manière d’une disposition ou d’une habitude permanente, et de là par la ratification reçoit sa forme du livre de la nature et des Écritures) d’être absent. La première peut parfois se produire, mais pas la seconde.
XV. Aux exemples des athées qui semblent avoir abjuré tout sens de la déité (comme il est dit de Jules César, Vaninus et d’autres qui ont persisté dans leur obstination jusqu’au dernier souffle de la vie), nous pouvons répondre qu’ils ont en effet nié extérieurement et se sont zélés intérieurement pour faire disparaître ce sens. Cependant, nous ne pouvons pas dire quelle était leur véritable persuasion. De plus, si l’on tient compte de leur moralité, nous ne pouvons pas conclure obscurément qu’ils n’étaient pas exempts de tortures internes de conscience (quoi qu’ils puissent simuler extérieurement dans le but d’obtenir la gloire par une profession d’athéisme inébranlable). Cela n’empêche pas non plus qu’ils aient continué jusqu’à la mort dans cette folie parce que, le cœur de l’homme étant profond et désespéré, ils pouvaient professer (contre le sens intérieur et la dictée de la conscience) de mériter l’éloge de la constance et de la bravoure indomptables parmi leurs associés survivants.
XVI. Bien que personne ne sache ce qu’il y a en l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui (1 Co 2, 11), cela ne nous empêche pas d’affirmer avec certitude que personne ne peut complètement chasser de son cœur tout sens de déité, comme il ne peut jamais se dépouiller de conscience. Ce sont des principes évidents, qui dépendent de la constitution même de l’homme. Ainsi, bien qu’un individu puisse prétendre qu’il ne sait ni ne comprend rien, qu’il ne perçoit pas la vérité de ce principe ( » rien ne peut être et ne pas être en même temps « ), n’a aucune loi de nature ou de mouvement de conscience accusant ou excusant ; à un sceptique si insupportablement vain, protestant à tort et contre le sens intérieur de son esprit, l’expérience universelle, la raison et les Écritures peuvent être justement opposés, afin de pouvoir l’accuser d’avoir fait violence envers sa conscience.

Turretin.

Publicité

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :