Qui est le Juge et l’Interprète suprême face aux controverses ? [SAINTES-ECRITURES Q20 Turretin]

VINGTIÈME QUESTION :
LE JUGE SUPRÊME DES CONTROVERSES ET INTERPRÈTE DES ÉCRITURES

 

Si les Écritures (ou Dieu parlant en elles) sont le juge suprême et infaillible des controverses et l’interprète des Écritures. Ou que ce soit l’église ou le pontife romain. Nous affirmons les premiers et nions les seconds contre les papistes.

 

I. C’est une question primaire et presque la seule à cause de laquelle toutes les autres controverses sur les Ecritures ont commencé. Il n’y a pas d’autre cause pour laquelle l’autorité des Écritures remises en question par les papistes, leur intégrité et leur pureté ou leur perspicacité et leur perfection soient attaquées, que de prouver que les Écritures ne peuvent être le juge des controverses et de la nécessité d’avoir recours au tribunal de l’Église.

1.Énoncé de la question.

 

II. En ce qui concerne l’état de la question, gardez à l’esprit : (1) que la question ne concerne aucun type de jugement (c.-à-d., si un jugement appartient à l’Église et à ses dirigeants dans les controverses de foi). Les orthodoxes réfutent les accusations portées contre eux par leur pratique. Il s’agit plutôt du jugement suprême et infaillible par lequel tout doit nécessairement se tenir ou tomber – qu’il appartienne aux Écritures elles-mêmes (comme nous le tenons) ou à un homme ou à une assemblée composée d’hommes (comme le soutiennent les papistes).
III. Le triple juge doit être distingué ici avec précision. Le premier est le suprême et autocratique (autokratorikos), qui juge par l’autorité législative et absolue à la manière du plus haut prince, qui édicte les lois et dont il n’y a pas de recours. Le second est le subordonné (hypēretikos) ou ministériel, qui interprète les lois à la manière d’un ministre public. Troisièmement, il s’agit d’une idiomatique (idiōtikos) ou privé, qui à la fois des lois et de leur interprétation juge dans la voie de la discrétion privée. La première donne un jugement de décision finale et absolue. Le second donne un jugement de détermination publique, mais subordonné et conforme aux lois. La troisième donne un jugement de discrétion privée sans aucune autorité publique. Ici, nous ne contestons pas le jugement ministériel et privé, mais le jugement suprême et infaillible.
IV. La question n’est pas de savoir si les Écritures sont la règle et la norme des controverses. Les papistes ne s’y opposent pas, du moins ils semblent disposés à le tenir, bien que ce qu’ils donnent d’une main, ils l’emportent de l’autre, arguant de leur obscurité et de leur imperfection. Mais la question est de savoir si les Écritures sont une règle totale et complète, et non une règle partielle et imparfaite. Car ils veulent que ce ne soit qu’une règle partielle, et c’est d’ailleurs ce qui est expliqué selon l’esprit de l’Église catholique romaine.
V. L’opinion des papistes en arrive là. (1) Ils font la distinction entre la règle et le juge (qui doit apporter le jugement des Écritures). Ils reconnaissent que les Écritures sont effectivement une règle, mais qu’elles sont partielles et inadéquates à laquelle il faut ajouter la tradition non écrite (agraphos). Les Écritures ne suffisent pas à régler les controverses, à moins qu’un juge visible et infaillible ne prononce clairement la sentence pour déterminer quelle partie a la meilleure cause. Car sinon, il n’y aurait pas de fin aux controverses. Or, un tel juge ne se trouve nulle part ailleurs que dans l’église où ils érigent quatre tribunaux dont il n’y a pas d’appel : (1) l’église ; (2) les conseils ; (3) les pères ; (4) le pape. Mais quand les votes sont comptés correctement, le pape reste seul, à qui il a l’habitude d’attribuer ce jugement suprême et infaillible.
VI. C’est leur opinion que ce passage d’Andradius (qui était dans le Concile de Trente) prouve : « Cette haute autorité d’interprétation des Écritures, nous ne l’accordons pas à des évêques individuels, mais au seul pontife romain, qui est le chef de l’Église, ou à tous les officiers en chef rassemblés par son commandement » (Defen. triden. fidei, lib. 2+). « Ce juge ne peut pas être les Écritures, mais le prince ecclésiastique, seul ou avec le conseil et le consentement des autres évêques » (Bellarmin, VD 3.9*, p. 110). « Le pontife romain est celui en qui réside cette autorité, que l’Eglise a de juger sur toutes les controverses de foi » (Grégoire de Valence, Analyse fidei catholicae 7[1585], p. 216). Ce n’est pas encore l’opinion de tous. Car bien que ceux qui élèvent le pape au-dessus du conseil lui attribuent cette autorité de juge, ils pensent différemment ceux qui tiennent le conseil au-dessus du pape finalement. D’autres, pour concilier ces deux opinions, pensent que le pape (au conseil) ou le conseil (approuvé par le pape) est ce juge infaillible.
VII. Or, bien que nous ne nions pas que l’Église soit un juge ministériel et secondaire, capable de décider des controverses de foi selon la parole de Dieu (bien qu’en ce qui concerne la conviction interne[plērophorian] nous tenons que l’Esprit Saint, comme principe, doit nous persuader de la véritable interprétation des Écritures), nous nions que pour la démonstration extérieure de l’objet tout juge infaillible et suprême doit être recherché en dehors des Écritures. Le pape est encore moins admis à exercer cette fonction. Car nous pensons que les Écritures seules (ou Dieu parlant par elles) sont suffisantes pour cela.

 

2.Les Écritures seules sont le juge suprême de la controverse.

 

VIII. Les raisons en sont les suivantes : (1) Dieu dans l’Ancien et le Nouveau Testament nous envoie absolument et inconditionnellement à ce juge –  » et tu feras selon la loi qu’ils t’enseigneront  » (Dt 17,10) ;  » à la loi et au témoignage, etc. (Esaie 8,20) ; « Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent » (Lc 16,29). Christ ne dit pas qu’ils ont les prêtres et les scribes (qui ne peuvent pas se tromper), mais ils ont Moïse et les prophètes (à savoir, leurs écrits), ce qui implique qu’ils sont abondamment suffisants pour une instruction complète et que leur autorité doit être acquittée. La signification du Christ n’est pas non plus différente dans Mt 19,28 où il promet qu’après son départ les apôtres « siégeront sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël ». Cela doit être référé au pouvoir judiciaire qu’ils obtiendraient dans l’église par la parole. Ainsi, « vous commettez une erreur », dit le Christ aux sadducéens, « sans connaître les Écritures » (Mt 22,29). Et ailleurs, il ordonne aux Juifs de chercher les Écritures (Jean 5.39).

 

3.De la pratique du Christ et des apôtres.

 

IX. (2) La pratique du Christ et de ses apôtres le confirme, car dans les controverses de foi, ils font appel aux Écritures (Mt. 4:4, 6, 7 ; 22:29 ; Jean 5:39 ; 10:34, 35 ; Actes 17:2, 11 ; 18:28 ; 26:22) et ne connaissent que Moïse et les prophètes (Luc 24:44 ; Ac 26:22). Pierre compare la parole à une vision céleste, comme une parole plus sûre (logon bebaioteron), à laquelle nous ferions bien de prêter attention (2 Pierre 1:19), rien n’étant dit de son propre privilège ou de l’infaillibilité papale. Les Béréens sont félicités (Actes 17:11) pour avoir comparé ce qu’ils ont entendu avec la règle des Écritures, sans consulter aucun oracle d’infaillibilité. Au contraire, les pharisiens et les sadducéens sont condamnés parce qu’ils s’en sont éloignés (Mt 15,3 ; 22,29).

 

4.De la nature d’un juge infaillible.

 

X. (3) Un juge suprême et infaillible est celui qui ne se trompe jamais dans son jugement, et qui n’est pas capable de se tromper ; qui n’est pas influencé par les préjugés et qui n’est pas susceptible d’appel. Or, ces conditions ne peuvent être trouvées ni dans l’Église, ni dans les conseils, ni dans le pape, car ils peuvent errer et ont souvent erré de la manière la plus flagrante, et ils en sont les coupables. Ils sont accusés d’être des falsificateurs et des corrompus des Écritures et on fait souvent appel aux Écritures (1 Jean 4:1 ; Is 8:20 ; Jean 5:39 ; Ac 17:11). Mais Dieu qui parle dans les Écritures les revendique comme ses seules prérogatives, comme incapables d’erreur de jugement, étant la vérité elle-même, non influencée par la partialité, ne respectant pas les personnes (aprosōpolēptēs) ; et il ne peut faire appel de lui parce qu’il n’a aucun supérieur.

 

5.Parce que tout homme est sujet à l’erreur et que Dieu seul est infaillible.

 

XI. (4) L’homme ne peut être l’interprète infaillible des Écritures et le juge des controverses parce qu’il est sujet à erreur. Notre foi ne peut être placée en lui, mais en Dieu seul, de qui dépend le sens et la signification des Écritures et qui est le meilleur interprète de ses propres paroles. En tant que seul maître, il est le mieux placé pour expliquer le sens de la loi (Mt. 23:8, 10) ; notre législateur qui est capable de sauver et de détruire (Jam. 4:12). Si les dirigeants de l’église sont influencés par l’Esprit Saint, ils ne cessent pas d’être des hommes et donc faillibles. Car leur inspiration n’est qu’ordinaire et commune, pas extraordinaire et spéciale (conférant le don d’infaillibilité que les apôtres et les prophètes avaient).

 

6.Parce que les Écritures ne reconnaissent que Dieu.

 

XII. (5) S’il y avait un juge comme les papistes l’affirment : (a) il est étonnant que le Seigneur ne mentionne jamais cet interprète qui est si essentiel ; (b) que Paul dans ses épîtres (et en particulier aux Romains) ne les informe pas même par une seule parole d’un si grand privilège ; (c) que Pierre, dans ses épîtres catholiques, n’a pas dit que cela était sur le point d’être transmis à ses successeurs, et encore moins de l’exercer ; (d) que les papes n’étaient ni capables ni disposés par cette autorité infaillible à régler les diverses controverses les plus importantes que l’Eglise romanche aimait en son propre sein (i.e., entre les thomistes et les écossais, les dominicains et les jésuites, les jésuites et les jansénistes, etc). Car pourquoi n’ont-ils pas tout de suite réprimé ces prétentions par leur infaillibilité et dénoué les noeuds emmêlés ? S’ils ne le pouvaient pas, qu’adviendrait-il de leur infaillibilité ? S’ils le pouvaient, pourquoi n’ont-ils pas sauvé l’église de tels scandales ?

 

7.Parce que l’Eglise ne peut pas être juge de sa propre cause.

 

XIII. (6) L’Église ne peut pas être considérée comme le juge des controverses parce qu’elle serait juge de sa propre cause et de la règle d’elle-même. Car la principale controverse porte sur le pouvoir et l’infaillibilité de l’Église, alors que la question est de savoir si l’Église est le juge ou si elle peut se tromper. La même église siégera-t-elle comme juge, et devons-nous la croire juste parce qu’elle le dit ? Faut-il l’aider à nier les Saintes Écritures pour qu’elle soit juge (qui reconnaissent toutes être la parole infaillible de Dieu) ; à souhaiter que l’Église ou le pape siégent comme juge dans sa propre cause et à être le juge infaillible de sa propre infaillibilité (au sujet duquel il existe le plus grand doute) et qui est de toute évidence non seulement susceptible de se tromper, mais a souvent commis une erreur ? Car les papistes eux-mêmes sont obligés d’avouer qu’un grand nombre de papes étaient hérétiques ou méchants et dévoués aux arts magiques (Adrien VI, in 4 Sent.+).

 

8.De la part des pères.

 

XIV. (7) Les anciens ici sont d’accord avec nous. Constantin (après avoir dit ce qu’il pensait être clairement enseigné au sujet de Dieu dans les évangiles, les livres apostoliques et prophétiques) ajoute, « laissant donc de côté les conflits guerriers, nous pouvons obtenir une solution de difficultés à partir des mots d’inspiration » (tēn polemopoion oun apelasantes erin, ek tōn theopneustōn theopneustōn logōn labōmen tōn tōn zētoumenōn tēn lysin, aux pères nicéens selon Theodoret, Histoire ecclésiale 1,6*[NPNF2, 3:44 ; PG 82,920]). Optatus écrit : « Vous dites que c’est légal, nous disons que ce n’est pas légal ; entre votre permission et notre interdiction, les esprits du peuple fluctuent et vacillent. Personne ne te croit, personne ne nous croit, il faut chercher un juge du ciel, sur la terre nous ne pouvons pas prendre de décision ; mais pourquoi devrions-nous frapper à la porte du ciel quand nous avons le Testament ici dans l’évangile ? » (De Schismate Donatistarum : Adversus Parmenianum 5.3[PL 11.1048-49]). Augustin dit : « Nous sommes frères, pourquoi devrions-nous nous disputer ? Notre père n’est pas mort intestat ; il a fait un testament, ouvrons-le, lisons, pourquoi devrions-nous nous disputer ? » (Psaume 21*[ACW 29:224 ; PL 36.180]). Et : « Cette controverse nécessite un juge. Christ jugera ; l’apôtre avec lui jugera » (Sur le mariage et la concupiscence 2.33[NPNF1, 5:306 ; PL 44.470]). Lactance dit : « Dieu parle dans les écrits divins comme le juge suprême de toutes choses, à qui il appartient non pas de discuter, mais de prononcer »[Instituts divins 3.1[FC 49:166 ; PL 6.350]). Grégoire de Nysse écrit, « L’écriture inspirée est un critère sûr de toute doctrine » (kritērion asphales epi pantos dogmatos hē theopneustos graphē, Against Eunomius 1.22[NPNF2, 5:62 ; PG 45.341]) ; cf. Cyprien, Lettre 63, « À Cæcilius » (ACW 46,98) ; Chrysostome, « Homélie 23 sur les Actes des Apôtres » (NPNF1, 11,148-55) ; Augustin, Le baptême, contre les donatistes 2.6 (NPNF1, 4:428).
XV. De même qu’un prince doit interpréter sa propre loi, de même Dieu doit être l’interprète de ses propres Écritures – la loi de la foi et de la pratique. Et le privilège accordé aux autres auteurs d’interpréter leurs propres paroles ne doit pas être refusé à Dieu qui parle dans les Écritures.

 

9.Sources d’explication.

 

XVI. Quand nous disons que les Écritures sont le juge des controverses, nous ne voulons pas dire autrement qu’elles sont la source du droit divin et la règle de foi la plus absolue par laquelle toutes les controverses de foi peuvent et doivent être réglées avec certitude et perspicacité – même comme dans une république, les bases des décisions et des jugements sont tirées du droit. Ainsi, un juge peut être un juge ordinaire et non un juge personnel, au sens large et selon la métonomie de l’adjonction. Il ne doit donc pas être confondu avec le juge subordonné qui décide des controverses selon la règle de droit et applique l’autorité de la loi aux choses prises individuellement (ta kath’ hekasta). Ceci est conforme à la règle du philosophe : « La loi doit régir tous, mais les magistrats et l’État doivent décider des individus » (dei ton nomon archein pantōn, tōn de kath’ hekasta tas archas kai tēn politeian krinein, Aristote, Politics 4.4.33-34[Loeb, 21:304-5]).
XVII. Il n’est pas toujours nécessaire de faire une distinction entre le juge et la loi. Le philosophe avoue qu’en prescrivant les droits universels, la loi a la relation d’un juge ; mais dans l’application particulière (dans les choses prises individuellement, en tois kath’ hekasta), l’interprète de la loi exerce la fonction de juge, mais une fonction ministérielle et subordonnée (Aristote, Politique 3.6[Loeb, 21:219-31]). En ce sens, nous ne nions pas que l’Église est le juge, mais toujours liée par les Écritures. Comme dans une république, la décision d’un magistrat est valable dans la mesure où elle est fondée sur la loi et l’approuve. Dans le cas contraire, si elle n’est pas conforme, elle est invalide et peut faire l’objet d’un appel. Ainsi, dans l’église, le jugement des pasteurs ne peut être admis que dans la mesure où il est en accord avec les Écritures.
XVIII. Bien que les Écritures ne puissent pas entendre les arguments des parties adverses (ni toujours rendre sa décision de manière à acquitter par leur nom celui-ci et à condamner celui-ci), il ne s’ensuit pas qu’elles ne sont pas le juge suprême et la règle parfaite. Car ceux-ci ne sont pas nécessaires au juge suprême, mais au juge ministériel, qui est tenu de rendre sa décision conformément à la loi et doit interroger les témoins et les arguments et examiner les lois car il agit de facto et non de jure. Mais le juge suprême est celui qui (en dehors de toute controverse) ordonne la rectitude universelle de ce qui doit être fait et évité et dont les prescriptions doivent être observées par les juges subalternes. Nous ne lisons jamais non plus dans les lois la condamnation expresse de telle ou telle personne, Titus ou Maevius. C’est donc ici, puisque la cause est de foi de jure et non de facto, puisque la question est de savoir ce qu’il faut croire ou ne pas croire (que la loi et le juge peuvent décider sans entendre les parties).
XIX. Il n’est pas nécessaire que le juge suprême qui parle dans les Écritures nous déclare chaque jour une parole nouvelle à cause des nouvelles hérésies qui surgissent. Car lui (qui savait tout ce qui allait arriver) a tellement prononcé sa vérité dans la parole que les ministres fidèles peuvent reconnaître la vérité universelle par elle et réfuter ainsi toutes les erreurs. C’est pourquoi, d’après les Écritures, les pères réfutèrent triomphalement les hérésies de Pélage, d’Arius, Macédoine et d’autres, bien que rien ne soit dit expressément à leur sujet.
XX. Il n’est pas nécessaire qu’il y ait un autre juge visible et infaillible que les Écritures pour régler toutes les controverses. (1) Il ne faut pas s’attendre à la fin des controverses dans cette vie  » car il faut aussi qu’il y ait parmi vous des hérésies, afin que celles qui sont approuvées soient manifestées parmi vous  » (1 Co 11, 19). Même au temps des apôtres, diverses hérésies se sont glissées dans lesquelles elles n’ont pas été entièrement enlevées. (2) C’est une chose de convaincre un adversaire de facto et d’arrêter sa bouche pour qu’il ne puisse rien répondre ; une autre de le convaincre de jure pour qu’il ait ce qu’il faut pour le convaincre, s’il n’est pas obstiné. Bien que l’Écriture ne fasse pas toujours le premier à cause de la perversité des hommes, mais elle fait toujours le second, ce qui est suffisant. (3) Comme dans une république bien administrée, il suffit qu’il y ait de bonnes lois par lesquelles les choses prises individuellement (ta kath’ hekasta) peuvent être décidées par des juges subordonnés, ainsi dans l’église il suffit qu’il y ait une parole écrite infaillible d’où les pasteurs individuels peuvent tirer une règle de jugement en particulier les controverses. (4) Un juge visible parmi les papistes n’a pas empêché la montée d’innombrables controverses, qu’il n’a pas encore réglées par son autorité infaillible.
XXI. Les Écritures peuvent avoir des sens divers et ambigus, non pas à cause de la nature de la chose affirmée ou de l’intention de l’affirmatif, mais à cause de l’incompétence ou de l’obstination du faussaire. Cette ambiguïté et cette obscurité (s’il y en a) n’enlève donc pas leur autorité, mais montre la nécessité de l’Esprit d’illumination et du ministre pour les expliquer.
XXII. Bien qu’il puisse y avoir un différend sur l’interprétation véritable d’un passage des Écritures, il n’est pas nécessaire qu’il y ait un juge visible et infaillible en dehors des Écritures. Ils s’interprètent eux-mêmes. L’homme ne doit pas être considéré comme l’auteur de l’interprétation qu’il en donne, car rien de ce qui lui appartient n’y est mêlé. Il n’y ajoute rien, mais il ne fait qu’éliciter et éduquer à partir des Écritures ce qui y était déjà contenu, même si celui qui déduit légitimement une conclusion des prémisses ne la forme pas à son gré, mais l’élicite des prémisses établies et comme latente dans celles-ci.
XXIII. Dans le litige concernant le juge des controverses, nous ne traitons pas correctement les principes (c’est-à-dire les questions qui se rapportent aux Écritures), qui sont ici considérés comme allant de soi comme étant les principes, qui ne sont pas prouvés comme tels. Nous traitons plutôt des choses principiées (c’est-à-dire des doctrines contenues dans les Écritures), qui (en accordant l’autorité des Écritures) peuvent, selon nous, être suffisamment déterminées par les Écritures elles-mêmes. Nous ne nions pas que les Écritures font leurs preuves (comme cela a été démontré précédemment) non seulement avec autorité et à titre de témoignage, mais aussi logiquement et à titre d’argument.
XXIV. Les Écritures peuvent être qualifiées de muettes et sans voix en référence au jugement, pas plus que l’Église dans ses conseils et les pères dans leurs écrits, qui pourtant, selon les papistes, peuvent parler et juger. Si un père parle dans sa volonté et un roi dans ses édits et ses lettres, pourquoi ne pouvons-nous pas dire que notre Père céleste nous parle avec la voix la plus claire dans chaque Testament et le roi des rois dans ses oracles divins ? Il n’y a pas non plus de doute sur ce point, puisque les Écritures (ou le Saint-Esprit en elles) sont si souvent dites pour parler aux hommes, les accuser et les juger. On dit que la loi parle à ceux qui sont sous la loi (Rom. 3:19). « Ils ont Moïse et les prophètes, » dit Abraham à l’homme qui s’en sortit somptueusement (Luc 16:29), non pas vivant et voyant, mais ni muet ni sans voix, ni même parlant et entendant. C’est ainsi qu’il est dit qu’Ésaïe « crie » (Rom. 9:27). Moïse accuse les Juifs (Jean 5.45). La loi juge (Jean 7:51). « Celui qui ne reçoit pas mes paroles a celui qui le juge (echei ton krinonta) : la parole que j’ai dite, c’est lui qui le jugera au dernier jour » (Jean 12:48). Dans le même sens, la parole de Dieu est dite kritikos –  » un juge des pensées  » (Héb. 4:12).
XXV. Un juge terrestre dans la cour extérieure devrait être doté d’un pouvoir obligatoire, mais le juge spirituel dans la cour de conscience a une relation différente. Le royaume de Dieu ne doit pas être avancé par la contrainte physique, mais par la démonstration spirituelle de la vérité (1 Cor. 2:4). Encore une fois, bien que la contrainte physique n’ait pas sa place ici, même une contrainte spirituelle et intérieure n’est pas souhaitable, à la fois à l’égard des croyants (que Dieu, parlant dans les Écritures, attire doucement et calmement et passe à l’obéissance (Jean 6:44 ; 2 Co 10:4) et à l’égard des méchants et incroyants dont il vexe et torture la conscience.
XXVI. L’exemple de Moïse et d’Aaron ne peut être appliqué pour établir un juge suprême et infaillible en dehors des Écritures. Car chacun était un juge ministériel non autocratique (autokratorikos) ; l’un extraordinaire, l’autre ordinaire. Ils décidaient des controverses non pas par leur propre autorité, mais selon la loi et les commandements de Dieu : Moïse, comme médiateur, en faisant appel à Dieu (Ex 18,19), mais Aaron en répondant de la loi et selon elle –  » tu feras selon la sentence de la loi qu’on t’enseignera  » (Dt 17,11). Dans le cas contraire, s’ils parlaient contrairement à la loi, ils ne devaient pas être entendus. (2) Il ne s’agit pas ici de controverses de foi, mais de rites, de jugement entre sang et sang, entre lèpre et lèpre. (3) Il traite non seulement du souverain sacrificateur, mais de tout le sacerdoce lévitique dont la décision est obligatoire lorsqu’elle est prise conformément aux prescriptions de la loi. Sinon, s’il est absolument contraignant, Jérémie (26:12, 13), le Christ (Jean 9) et les apôtres (Ac 3, 13), qui s’en sont éloignés, ont commis un crime capital. (4) De la part du grand prêtre, la conséquence n’est pas bonne pour le pape parce que dans le Nouveau Testament, il n’y a pas de grand prêtre autre que le Christ, dont Aaron était une sorte.
XXVII. Le « seul pasteur » (Ecc. 12.11) ne signifie pas le prêtre typique de l’Ancien Testament, mais Jésus Christ, le vrai prêtre du Nouveau, qui est le bon pasteur de son peuple (Ezk. 34.23 ; Jn. 10.11). De lui sont venues toutes les paroles de sagesse parce que les hommes de Dieu ont parlé comme ils ont été touchés par le Saint-Esprit (2 P 1:21), comme l’expliquent les papistes eux-mêmes (Tirinus, Ménochius, Corneille à Lapide).
XXVIII. Dans Aggée. 2.11 et Mal. 2:7 ce n’est pas un prêtre en particulier, mais des prêtres indéfiniment, qu’il est ordonné d’interroger et, étant interrogé, de répondre selon la Loi. Cela ne prouve pas non plus leur infaillibilité, mais leur devoir. Pourtant ils ne l’ont pas toujours fait, car il ajoute : « Mais vous, vous vous êtes écartés du chemin » Mal. 2:8.
XXIX. Le « siège de Moïse » (Mt 23,2) n’est pas la succession à la place et à l’office de Moïse ou à la cour extérieure d’un juge suprême auquel appartient l’autorité en question (car le siège de Moïse n’existait pas et aucun privilège n’y était attaché) ; il est plutôt la promulgation de la véritable doctrine donnée par Moïse (comme le brillant ordinaire sur Dt. 17 Il est écrit : « Le siège de Moïse est partout où est sa doctrine »), et la chaire de Pierre est partout où sa doctrine est entendue. Ainsi, ceux qui ont été maîtres de la loi délivrée par Moïse sont considérés comme ayant enseigné dans le siège de Moïse, comme l’observe Hilaire (Commentairearius in Matthaeum 24.1[PL 9.1048]). C’est pourquoi les pharisiens qui enseignaient à Moïse devaient être entendus dans la mesure où ils proposaient fidèlement au peuple sa doctrine, sans aucun mélange de leur part.
XXX. Bien que le Christ nous envoie à la voix de l’Eglise (que quiconque ne veut pas entendre doit être considéré comme un homme païen et un publicain, Mt. 18:17), il n’en fait pas pour autant le juge infaillible en matière de foi. (1) Car il ne parle pas de controverses de foi, mais d’offenses privées et de réprimandes fraternelles qui (si elles n’aboutissent pas en privé) doivent être renvoyées à la censure publique de l’église. Pas un seul prélat infaillible ne doit le dénoncer à toutes les églises, mais des pasteurs individuels à leur propre troupeau. (2) Il fait ici allusion à une coutume du système juif qui excommuniait le contumace. Cela ne s’applique pas plus à l’église romane qu’à chaque église particulière dans des limites appropriées. (3) Si l’argument est tiré de la similitude, il est ordonné à l’Église d’être entendue aussi longtemps qu’elle entend le Christ et prononce ses paroles ; sinon, si elle se retire du Christ et parle contre lui, elle doit être anathème (Gal 1:8).
XXXI. Les conseils demandaient parfois aux papes absents, non pas l’autorité confirmatrice, mais l’assentiment fraternel. Sinon, ils ne pourraient pas revendiquer pour eux-mêmes le droit de les déposer, d’examiner et d’abroger leurs actes (ce qu’ils ont fait). Les pères et les Églises particulières pouvaient, dans des affaires ecclésiastiques plus difficiles, les consulter, non pas en tant que juges infaillibles (aux décrets desquels ils étaient tenus de soumettre leur conscience), mais en tant qu’arbitres honoraires et prudents qui (avant d’être empoisonnés par le souffle de fierté, de superstition et de tyrannie) étaient tenus en grande estime par les églises pour leur dignité (prōteia) de la ville.
XXXII. Bien que dans le tribunal extérieur de l’Église, tout particulier soit tenu de se soumettre aux décisions synodales (à moins qu’il ne veuille être excommunié), et que ce jugement doit s’épanouir pour le maintien de l’ordre, de la paix et de l’orthodoxie, et la suppression des tentatives hérétiques ; il ne s’ensuit pas que le jugement soit suprême et infaillible. Car il est toujours possible d’en faire appel devant le forum interne de la conscience, et cela ne lie personne dans ce tribunal au-delà de ce qu’il est persuadé de son accord avec les Écritures.
XXXIII. Bien que nous laissions aux croyants individuels le jugement de la discrétion privée (parce que « celui qui est spirituel juge toutes choses »[1 Corinthiens 2:15], et l’apôtre nous commande de « prouver toutes choses »[1 Thess. 5:21]), nous n’affirmons donc pas en opposition à Pierre (2 P 1:20*) que les écritures sont une interprétation privée (idia épilyses). Pour l’épilyse, cela ne signifie pas tant l’interprétation des Écritures que l’origine des oracles prophétiques. On peut dire qu’ils ont été écrits, non par l’impulsion et l’instinct personnels de chacun (ce qui est dit de ceux qui courent bien que non envoyés par Dieu, Jer. 23:21), mais par la dictée du Saint-Esprit qui les a touchés. L’épilyse ne concerne donc pas ici la fonction d’interprète, d’auditeur ou de lecteur des Écritures, mais le pouvoir ou l’impulsion de prophétiser, ou la notion selon laquelle le prophète a été poussé à parler et à écrire. Ceci est favorisé par une comparaison avec les versets précédents et suivants dans lesquels la question n’est pas Qui a le droit d’interpréter les prophéties ? Par quelle impulsion et influence les prophètes ont-ils écrit, et à quel égard devons-nous tenir les prophéties ; quel respect leur doit-on, et pourquoi la foi doit-elle être placée en eux comme oracles indiscutables de Dieu (à savoir.., parce qu’elles ne découlent pas de l’impulsion et de la volonté de l’homme comme s’il s’agissait d’une invention humaine ou d’un dessein de l’homme, mais de l’impulsion et de l’influence du Saint-Esprit par qui les saints hommes de Dieu ont été ému) ? En ce sens, l’épilyse signifiera la mission des hommes de Dieu de prophétiser, par laquelle Dieu s’est ouvert pour eux comme les barrières à la course (en allusion aux anciens coureurs qui, dès que les barres du point de départ ont été enlevées, se sont précipités en avant). Mais si le mot est ici pris pour signifier l’interprétation (comme c’est fait par beaucoup à partir de la force du mot épilyse, qui signifie exposer et expliquer (Mc 4:34 ; Actes 19:39), la prophétie sera refusée comme étant d’interprétation privée (idias epilyseōs) (qui est telle quant au principe et à l’origine, c’est-à-dire, à l’esprit, mais pas quant au sujet). Cette interprétation privée ne s’oppose donc pas ici au commun ou au public, mais au don fortuit de l’Esprit Saint.
XXXIV. De ce jugement de discrétion privée attribué à chaque croyant, ils se trompent qui infère que la raison humaine est le juge des controverses et l’interprète des Écritures (ce que les Sociniens soutiennent et a déjà été réfuté par nous, Sujet I, Question 8). Ici, le croyant n’est pas seulement ému par la lumière de la raison, mais plus particulièrement par l’influence de l’Esprit. Et bien que, l’interprète puisse examiner le sens conçu des Écritures par la raison naturelle, il ne peut pas opposer une dictée de la raison aux Écritures saintes ou lui refuser la foi à cause d’une opinion préconçue de la raison en opposition à elle. La raison humaine (qui est trompeuse et glissante) est sûrement plus susceptible de dévier de la vérité d’une chose que les Écritures (qui sont la parole de vérité et même la vérité elle-même). Ainsi, la raison ici doit être soumise à la foi (2 Corinthiens 10:5) sans être élevée au-dessus d’elle.
XXXV. L’incertitude du jugement humain ne prouve pas que Dieu parlant dans les Écritures ne peut pas être un juge digne de notre cause, puisqu’on ne peut savoir ni qui a l’Esprit Saint ni s’il peut réellement être obtenu. En cette matière, il n’est pas nécessaire de savoir immédiatement et a priori qui a l’Esprit, mais seulement qui parle selon les Écritures. Quand cela devient connu par une référence aux Écritures, nous pouvons facilement juger a posteriori qui prononce les paroles de l’Esprit et parle de lui. Ainsi, les Béréens n’ont pas demandé a priori si Paul qui leur prêchait était ému par le Saint-Esprit (car Dieu seul le connaissait, le chercheur de cœurs, kardiognōstē), mais si Paul parlait selon les Écritures. C’est pourquoi, de son accord avec eux, ils ont déduit qu’il ne parlait pas de lui-même, mais par l’Esprit. Nous concluons avec les mots d’or de Basile : « Que les Écritures divinement inspirées jugent alors pour nous et que le vote de vérité soit donné à ceux parmi lesquels les doctrines s’harmonisent avec les Écritures  » (ouk oun hē theopneustos hēmin diaitēsatō diaitēsatō graphē graphē, kai par’ hois an heurethē ta dogmata synōda tois theiois logois, epi toutois hēxei pantōs pantōs hē hē hē theia tēs alētheias psēphos psēphos, Letter 189, « To Eustathius the physician »[NPNF2, 8:229 ; PG 32.688]).

Turretin.

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