Une Question / Jour. Que Dieu interdit-il dans le huitième commandement? [110]

110. Que Dieu interdit-il dans le huitième commandement?
Dieu interdit non seulement le vol et le pillage (Ex. 22:1; 1 Cor. 5:9-10; 1 Cor. 6:9-10) que punit le magistrat, mais aussi tous les mauvais moyens et desseins par lesquels nous essayons de nous emparer du bien de notre prochain, que ce soit par violence ou tricherie (Mi. 6:9-11; Luc 3:14; 1 Thess. 4:6; Jac. 5:1-6) (comme par de faux poids, de fausses mesures, de faux métrages, de fausses marchandises, de fausses monnaies, par usure) (Deut. 25:13-16; Ps. 15:5; Prov. 11:1; Prov. 12:22; Prov. 16:11; Éz. 45:9-12; Luc 6:35) ou par tout autre moyen défendu par Dieu; il nous interdit aussi toute avarice (Luc 12:15; Éph. 5:5; 1 Tim. 6:6-10) et tout gaspillage de ses dons ( Prov. 21:20; Prov. 23:20-21; Luc 16:10-13; Jean 6:12).

Une Question / Jour. Dieu n’interdit-il dans ce commandement que l’adultère et autres abominations? [109]

109. Dieu n’interdit-il dans ce commandement que l’adultère et autres abominations?

Comme notre corps et notre âme sont le temple du Saint-Esprit (1 Cor. 3:13; 1 Cor. 6:19. 2. Phil. 1:10; Phil. 2:15; Phil. 4:8), Dieu veut que nous les conservions tous les deux purs et saints (Tim. 2:21-22; 1 Pi. 1:15-16). Pour cela, il nous défend toute impureté dans nos actions, nos gestes, nos paroles, nos pensées, nos désirs (Matt. 5:27-32; 1 Cor. 6:18-20; Éph. 5:3-5), et tout ce qui peut nous y entraîner (1 Cor. 15:33; Éph. 5:18-19).

Une Question / Jour. Que m’ordonne le septième commandement? [108]

108. Que m’ordonne le septième commandement?
Toute souillure étant maudite de Dieu (Lév. 18:27-30; Éph. 5:3-5), nous devons la haïr de tout cœur (Jude 22-23) et vivre avec pureté et sobriété soit dans le saint état du mariage, soit hors de cet état (1 Cor. 7:1-11,25-31; 1 Thess. 4:3-8; Héb. 13:4).

La version Septante de l’Ancien Testament est-elle authentique ? Nous le nions.[SAINTES-ECRITURES Q14 Turretin]

 

QUATORZIÈME QUESTION : LA SEPTANTE

 

La version Septante de l’Ancien Testament est-elle authentique ? Nous le nions.

 

I. Parmi les versions grecques de l’Ancien Testament, celle des soixante-dix interprètes occupe à juste titre la première place parmi nous. Il était tellement apprécié par les juifs et les chrétiens d’Orient et d’Occident que les premiers l’utilisaient publiquement dans les synagogues et que les seconds l’utilisaient seul (ou des versions faites à partir de celui-ci) dans leurs églises. A partir de cette version, toutes les traductions dans d’autres langues (qui ont été anciennement approuvées par l’Eglise chrétienne) ont été exécutées (à l’exception du syriaque) : arabe, arménien, éthiopien, illyrique, gothique et la version latine en usage avant l’époque du Jérôme. Jusqu’à ce jour, les églises grecques et la plupart des autres églises orientales le reconnaissent seules.

 

1.Énoncé de la question.

 

II. La question ne concerne ni le moment ni la manière dont cette version a été exécutée, qu’elle ait été faite sous les auspices et aux frais de Ptolémée Philadelphe ; ou par les Juifs pour leur propre convenance (comme Scaliger, Epistolae 11[14][1627], pp. 100-101) ; ou les soixante-dix interprètes qui, enfermés dans des cellules séparées, accomplissaient tout le travail en soixante-douze jours et même avec l’accord le plus exact (bien que chacun d’eux ait compris et exécuté tout le travail séparément du reste) ; et d’autres choses du même genre qui sont liées de ces interprètes tant par Aristeas (qui a donné une prolixe description des circonstances) que par Josèphe et les chrétiens (qui, ayant utilisé cette version, prêtèrent une oreille à ces récits, prenant empresse de ce qui pourrait établir son autorité). Ces questions sont purement historiques et n’appartiennent donc pas à notre conception. Cependant, si nous étions appelés à exprimer une opinion, nous donnerions notre assentiment cordial à celle de ces savants qui considèrent toutes ces choses comme peu dignes de crédit. Même en son temps, Jérôme a commencé à exposer et à attaquer l’authenticité des récits, et cela a été fait plus clairement et plus fortement par des auteurs plus modernes (Vives, Saint Augustin, de la Cité de Dieu… avec les commentaires de Lodovicus Vives 18.42[1620], pp. 687-88 ; Scaliger in Thesaurus temporum Eusebii[1606] ; Drusius, Casaubon, Wouverus, Ussher, Rivet, Heinsius et autres). Mais nous ne parlons ici que de son autorité (c’est-à-dire, si une telle autorité doit lui être donnée pour qu’elle soit considérée comme inspirée de Dieu[theopneustos] et authentique).
III. Bien que les papistes ne parlent pas tous de la même façon, la plupart d’entre eux s’accordent à dire que cette version a été inspirée par Dieu et qu’elle obtient donc l’autorité divine ; et que les traducteurs ne doivent pas être considérés comme des interprètes mais comme des prophètes qui, pour ne pas se tromper, ont reçu l’aide du Saint Esprit, comme dit Bellarmin (VD 2.6, pages 68-71). Baile, Stapleton, P. Carthusia (de Translat. Bibli. c. iv.5+) et Johannes D’Espeires (« Tractatus 2 : De Versione Septuaginta Interpretum, » Disp. Moi, Dubium 10, Auctoritas Scripturitas Scripturae Sacrae Hebraice, Graeca et Latine[1651], pp. 183-86) sommes tous d’accord avec lui, tout comme John Morinus, qui s’efforce d’établir l’authenticité (authentique) de cette version (Exercitationis ecclesiasticae et Biblicae 7.4+[1669]). Parmi nos érudits, le plus savant des savants Isaac Vossius tente de défendre la même idée par un certain nombre d’arguments dans un traité spécial (cf. De Septuaginta Interpretibus[1661-63]).
IV. Bien que nous ne nions pas qu’elle soit d’une grande autorité dans l’Église, nous considérons cette autorité comme humaine et non divine, puisque ce qui a été fait par les traducteurs l’a été par effort humain seulement, et non par des prophètes et des hommes qui ont été soufflés par Dieu (theopneustois) sous l’inspiration directe du Saint Esprit.
V. Il ne faut donc pas lui demander s’il doit avoir une quelconque autorité dans l’église. Nous admettons qu’il a beaucoup de poids et qu’il a raison d’être préféré à d’autres traductions. (1) C’est la plus ancienne de toutes, faite il y a deux mille ans et ainsi d’être honorée pour ses cheveux grisonnants. (2) Elle fut lue en public et en privé par les Juifs partout où ils étaient dispersés. (3) Les apôtres et les évangélistes s’en sont servis pour citer de nombreux passages de l’Ancien Testament et l’ont consacré, pour ainsi dire, par leurs écrits. (4) Les apôtres l’ont donné à l’église quand par elle ils ont conquis le monde pour Christ. C’est ainsi que l’église des païens est née, a grandi et s’est nourrie par elle. (5) Les églises grecque et latine l’ont tenue pour la version autorisée pendant six cents ans. (6) Les pères et les anciens écrivains ecclésiastiques l’expliquèrent par des commentaires, l’exposèrent au peuple dans des homélies et l’étranglèrent par des hérésies montantes. Dans leurs conseils, ils en ont tiré des canons pour la régulation de la foi et de la pratique. La question est plutôt de savoir si elle a une telle autorité qu’elle doit être considérée comme authentique et égale aux sources. Nos adversaires le maintiennent ; nous le nions.

 

2.La version de la LXX n’est pas authentique.

 

VI. Les raisons en sont les suivantes : (1) Il a été exécuté par l’étude humaine et le travail non divinement inspiré (theopneustois) des hommes. Ses auteurs étaient des interprètes et non des prophètes (qui ont cessé après Malachie, appelée par les Juifs le sceau des prophètes). C’est aussi ce qui ressort clairement, comme le dit Aristeas : « les interprètes se sont concertés, se sont disputés et ont comparé leurs notes sur tout, jusqu’à ce qu’ils soient tous d’accord » (Lettre d’Aristeas 302, 1904, p. 52). Or, s’ils se consultaient ensemble, ils ne prophétisaient pas. Car les écrivains sacrés ne se sont jamais consultés pour discuter de tout ce qu’ils pouvaient écrire. Mais comme enseigné par le Saint-Esprit, ils se sont engagés à tout écrire sans aucune contestation ni retard. (2) S’ils avaient écrit sous l’influence du Saint-Esprit, un tel nombre aurait été superflu (un étant suffisant). Il n’y aurait pas eu besoin d’hommes d’une grande érudition, compétents en hébreu et en grec, s’ils avaient été exécutés sans étude et aide humaine. (3) Dans de nombreux cas, elle s’écarte des sources par les mots et par les choses et présente diverses interprétations fausses (parermēneias) et des divergences, comme l’ont montré les tenants de cet argument. C’est pourquoi Morinus fut au moins contraint d’avouer : « Il n’y a pas plus d’autorité à attribuer à cette version qu’à celles faites par l’industrie humaine » (Exercitationis ecclesiasticae et Biblicae 7.4+[1669]). (4) Il n’est pas considéré comme pur maintenant, mais grandement corrompu et interpolé. Nous n’avons que ses ruines et son épave (leipsana), de sorte qu’on peut difficilement l’appeler la version de la Septante (comme le navire Argo qui fut si souvent réparé qu’il n’était ni le même ni un autre). Jérôme y fait fréquemment allusion (Lettre 112[89], « Ad Augustinum »[PL 22.928-29] ; « Praefatio… in librum Paralipomenonon Praefatio, » de « Hieronymi Prologus Galeatus » dans Biblia Sacra Vulgatae Editionis Sixti V … et Clementis VIII[1865], p. xlix et ‘… in Esdram et Nehemiam Praefatio,’ de ibid. p. 1). C’est ainsi qu’il est généralement maintenu par les savants qu’il s’agit de la version koinē que l’on peut appeler loukianis, comme en témoigne Jérôme (Lettre 106[135], « Ad Suniam et Fretallam »[PL 22.838]).

 

3.Sources de solution.

 

VII. Les apôtres utilisèrent cette version non pas parce qu’ils la croyaient authentique et divine, mais parce qu’elle était alors la plus utilisée et la plus universellement reçue et parce que (où le respect du sens et de la vérité était préservé) ils ne voulaient ni contester à la légère ni créer un doute dans l’esprit des plus faibles, mais par une saine prudence, ils ne changèrent rien à la raison, surtout lorsque cela répondrait à leur but. Cependant, ils le firent d’une manière telle que parfois, lorsque cela leur paraissait nécessaire, lorsque la version de la Septante semblait non seulement inadaptée mais fausse, ils préféraient la source [Le codex hébreu] (comme le dit Jérôme, les excuses de Jérôme … contre les livres de Rufinus 2.34[NPNF2, 3:517]). On peut facilement le déduire d’une comparaison entre le Mt. 2:15 et Hos. 11:1 ; Jean 19:37 avec Zacharie 12:10 ; Jérémie 31:15 avec Mt 2:18 ; Is. 25:8 avec 1 Cor. 15:54.
VIII. Les citations du Nouveau Testament tirées de la Septante ne sont pas authentiques en soi (ou parce qu’elles ont été traduites par les soixante-dix de l’hébreu en grec), mais par accident dans la mesure où elles ont été tirées dans le contexte sacré par les évangélistes sous l’influence du Saint Esprit.
IX. Si certains des pères vantent cette version et affirment son authenticité (ce qu’on ne peut nier avoir été fait par Irénée, Clément d’Alexandrie, Augustin et d’autres), ils l’ont fait plus par sentiment que par connaissance, étant presque entièrement étrangers à la langue hébraïque. Nous ne sommes pas non plus obligés d’adopter leur opinion puisque, comme les soixante-dix, ils étaient sujets à des erreurs humaines et à des passions. Mais Origène et Jérôme, les plus savants d’entre eux, avaient une opinion complètement différente, enseignant qu’ils étaient des interprètes et non des inspirateurs.
X. Bien que l’église ait utilisé cette version pendant de nombreuses années, nous ne devons pas en déduire qu’elle l’a tenue pour authentique et divine, mais seulement qu’elle l’a tenue en grande estime. L’utilisation ordinaire n’aurait pas pu entraver la liberté d’accès à la source aussi souvent qu’il aurait été nécessaire.
XI. Les grandes divergences chronologiques entre le texte hébreu et la version de la Septante (les manuscrits hébreux ne faisant que 1656 ans de la création au déluge, alors que la Septante fait 2242) ne prouvent pas que la version est authentique, mais plutôt qu’elle est corrompue. Le consentement des codex hébraïques favorise le calcul hébreu (il n’y a pas de variation à ce sujet) ; (2) de même l’accord (symphōnia) de toutes les versions anciennes : le chaldéen, le syriaque, le samaritain, l’arabe et le latin, qui varient de la Septante ici et suivent l’hébreu ; (3) également l’erreur manifeste de la version grecque dans la prolongation de la vie de Methuselah au moins 14 ans après le déluge (sinon 20) et ne dit toujours pas que celui-ci fut dans l’arche. Car si Mathusalem a engendré Lamek à la 165e année de son âge (comme le disent les notes admirables de l’édition grecque de Walton, Biblia sacra polyglotta[1657], 1:20 sur Gen. 5:25), Mathusalem devait avoir vécu tant d’années après le déluge. Et si quelques exemplaires grecs ont suivi l’hébreu (comme le dit Vossius des Codices africain et alexandrin), ces quelques exemplaires (qui ont sans doute été corrigés de l’hébreu) ne devraient pas être opposés aux innombrables exemplaires que l’église et les pères ont suivis dans lesquels ce calcul existe.
XII. Les arguments en faveur du calcul grec sont faciles à répondre. Tout d’abord, en ce qui concerne les années de puberté, les Grecs se référaient à la deux centième année (une plus grande proportion à toute la vie), les Hébreux à la centième année. Puisque Walton lui-même (bien qu’il ait l’opinion de Vossius) reconnaît la faiblesse de cet argument et dit « ce sont des conjectures insensées, indignes d’un homme sain d’esprit » (« De Versionibus Graecis, »[Prolegomena 9] in Biblia sacra polyglotta[1657], 1 :68) ; et on suppose aussi que les années de puberté (ou le pouvoir de génération[payéogonien]) suivent nécessairement la quadruple ou quintuple proportion de toute la vie (puisqu’ils doivent répondre à la vigueur du corps), il est absurde que dans ces premiers âges où leurs corps étaient très vigoureux, la puberté soit reportée à la bicentenaire. Il est évident que dans les cas mentionnés par Moïse, la proportion de la puberté par rapport à la vie n’a pas été observée : Noé engendra dans sa cinq centième année ; Mahalalalel dans sa soixante-cinquième année ; Lamek dans sa 102ème année ; Caïnan dans sa soixante-dixième année ; Hénok dans sa soixante-cinquième. Les pouvoirs de génération des patriarches postdiluviens (bien que leur vie ait été beaucoup plus courte) sont rendus presque égaux à ceux des premiers par les Grecs et se rapportent pour la plupart à la 130e année.
XIII. Deuxièmement, ce qu’ils apportent pour prouver l’authenticité (authentique) du texte grec (parce qu’une telle corruption ne peut être le fruit du hasard, ce qui n’en est pas moins le cas, ni par dessein parce qu’aucune raison valable ne peut être donnée pour le faire) sont des preuves encore plus solides de l’intégrité du Codex hébreu, qui (toutes choses égales par ailleurs) ne se voit généralement pas refuser cette prérogative. Or, bien que cette corruption n’existait pas dans la version originale, ne pouvait-elle pas résulter de la négligence ou de la négligence des transcripteurs (ablepsia) ? Encore une fois, un prétexte suffisant et plausible est que, dans le temps, ils ont voulu satisfaire les Egyptiens (parce que le texte hébreu est beaucoup plus opposé à l’antiquité de l’Egypte que le grec). Car bien que Walton rejette cette raison, Vossius la considère d’une grande importance et préfère le grec à l’hébreu parce que cela correspond plus à l’antiquité des Egyptiens que cela. Par l’addition de ces 1600 ans, les dynasties des Egyptiens pourraient facilement être incluses dans les limites de la création. Scaliger et G. Vossius proposent un plan dans lequel cela peut être fait, si l’on admet les ajouts du grec avec l’hébreu.
XIV. Aucune importance ne peut être accordée au calcul grec du fait de l’église grecque et de la plupart de ses écrivains suivant ce calcul au lieu de l’hébreu parce que cela pourrait être dû à une erreur ou à une ignorance de la langue hébraïque, les amenant à suivre la version la plus universellement reçue.
XV. L’anachronisme (anachronismos) de la Septante dans le calcul de la vie des patriarches postdiluviens (où ils prolongent le nombre d’années au-dessus de 1700 jusqu’à la naissance d’Abraham – l’hébreu ne faisant que 292 ans – car ils ajoutent au moins cent ans à la vie de chacun des patriarches ayant vécu entre le déluge et l’époque d’Abraham) ne peut favoriser l’authenticité de cette version. Elle démontre une erreur flagrante, quelle qu’en soit la source. Les tentatives que Vossius et Walton font pour le confirmer ne sont pas assez fortes pour affaiblir l’authenticité (authentique) du texte sacré (comme Robert Baillie, Operis historici et chronologici 1.4[1668], pp. 20-41 le démontre en détail).

Turretin.

Une Question / Jour.Le meurtre seul est-il interdit? [107]

107. Le meurtre seul est-il interdit?

Non, car en condamnant l’envie, la haine et la colère, Dieu veut que nous aimions notre prochain comme nous-mêmes (Matt. 7:12; Matt. 22:39; Rom. 12:10) et lui témoignions patience, paix, douceur, miséricorde et bienveillance (Matt. 5:5-9; Luc 6:36; Rom. 12:10,15,18; Gal. 6:1-2; Éph. 4:2; Col. 3:12-14; 1 Pi. 3:18), que nous lui évitions, autant que cela dépend de nous, tout dommage, et que nous fassions du bien même à nos ennemis (Ex. 23:4-5; Matt. 5:44-45; Rom. 12:20-21).

Les versions (traductions) sont-elles nécessaires, et quelle devrait être leur utilisation et leur autorité dans l’église ? [SAINTES-ECRITURES Q13 Turretin]

TREIZIÈME QUESTION : LES VERSIONS

 

Les versions (traductions) sont-elles nécessaires, et quelle devrait être leur utilisation et leur autorité dans l’église ?

I. Cette question comporte deux parties. Le premier concerne la nécessité des versions, le second leur autorité. Quant aux premiers, bien que les papistes plus sages en reconnaissent l’utilité et la nécessité et en aient eux-mêmes fait beaucoup dans diverses langues, ils ne sont pas peu nombreux (en prenant le terrain opposé) à les condamner de manière aussi blessants et dangereux qu’Arboreus qui dit, « la traduction des Écritures dans la langue vernaculaire est une source d’hérésies » (Primus Tomus Theosophiae 8.11*[1540], p.247). Asoto, Harding, Baile et beaucoup de membres de la Compagnie de Loyola (Jésuites) sont d’accord avec lui et censurent le pieux et saint désir de traduire les Ecritures comme « une curieuse invention (heurēma) d’hérétiques bannis de la religion orthodoxe, et donc inutiles à l’Eglise, et conçus impies et iniquément dans le but de diffuser les hérésies ». Contre ceux-ci les orthodoxes maintiennent non seulement l’utilité, mais aussi la nécessité des versions et le prouvent par de nombreux arguments.

 

1.Les versions vernaculaires sont nécessaires.

 

II. (1) La lecture et la contemplation des Écritures sont ordonnées aux hommes de toutes langues, c’est pourquoi leur traduction dans les langues autochtones est nécessaire. Puisque les hommes parlent des langues différentes et ne sont pas tous familiers avec les deux langues dans lesquelles il a été écrit pour la première fois, il ne peut être compris par eux que s’il est traduit ; c’est la même chose de ne rien dire du tout et de dire ce que personne ne peut comprendre. Mais ici il arrive par la grâce merveilleuse de Dieu que la division des langues (qui était autrefois le signe d’une malédiction) devient maintenant la preuve d’une bénédiction céleste. Ce qui a été introduit pour détruire Babel est maintenant utilisé pour construire la Sion mystique.
III. (2) L’évangile est prêché dans toutes les langues ; c’est pourquoi il peut et doit être traduit en toutes ces langues. La conséquence est valable du prêché à l’écrit parce qu’il y a la même raison pour les deux et les mêmes arguments (qui ont incité les apôtres à prêcher dans la langue maternelle) prouvent la nécessité des versions. Or, bien que les apôtres aient écrit dans une seule langue, il ne s’ensuit pas que les Écritures ne doivent pas être traduites dans d’autres langues parce qu’il existe une règle différente quant aux sources et aux versions. Les sources ne devaient être écrites que dans une seule langue et, de plus, les apôtres (en tant que maîtres universels de l’Eglise) n’étaient tenus d’écrire que dans la langue universelle et la plus commune (qui était alors le grec) tout comme l’Ancien Testament (destiné aux juifs) était écrit dans la langue hébraïque, leur langue maternelle. Mais, là où la langue grecque n’est pas utilisée, il y a un besoin de versions pour la diffusion de l’évangile.
IV. (3) Les versions vernaculaires sont nécessaires en raison de la pratique constante de l’Église, selon laquelle il est certain que les Églises orientales et occidentales avaient leurs versions et célébraient leur culte dans la langue vernaculaire, comme en témoignent leurs liturgies. Pourquoi ne ferait-on pas la même chose maintenant alors qu’il y a la même nécessité et la même raison d’instruire le peuple ? Ainsi, puisqu’il y eut deux diasporas remarquables d’Israël (l’une chez les Chaldéens, l’autre chez les Grecs), et que le peuple de Dieu en utilisant leurs idiomes particuliers oublia presque complètement la langue hébraïque, les paraphrases targum ou chaldéennes et les versions grecques furent faites au profit des classes les plus ignorantes. Il y avait beaucoup de targums. Il y a d’abord la paraphrase chaldéenne de Jonathan ben Uzziel, le disciple de Hillel, le compagnon de Siméon, né quarante ans avant Jésus Christ. Quand il vit la langue hébraïque pure tomber en désuétude par degrés et employée seulement par les savants, il fit de ce grand trésor la version chaldéenne ; nous avons une version des prophètes antérieurs et postérieurs par lui. Onkelos, qui a prospéré après le Christ et était contemporain (synchronos) avec Gamaliel, y a ajouté une traduction du Pentateuque. Une paraphrase de l’Hagiographa est également existante par un auteur inconnu. Il existe aussi des versions syriaque, arabe, persane et éthiopienne, mais peu utilisées et connues. Il existe une traduction syriaque du Nouveau Testament (qui est le plus ancien) et est attribuée par certains à l’église d’Antioche.
V. Les nombreuses versions grecques de l’Ancien Testament les suivent. La plus célèbre est la Septante faite environ trois cents ans avant Jésus-Christ sous Ptolémée Philadelphe. Le second est celui de l’Aquila de Pontus, sous l’empereur Hadrien vers 137 après J.C.. Grec de religion d’abord, chrétien ensuite, puis excommunié de l’Eglise pour son attachement à l’étude de l’astrologie, il se rendit chez les juifs et (poussé par la haine des chrétiens) traduisit l’Ancien Testament afin de corrompre les prophéties concernant Christ. Troisièmement, celle de Théodotion, qui vivait sous Commode (184 ap. J.-C.), né à Pontus, marcionite de religion, et ensuite devenu juif, a fait une nouvelle version dans laquelle il suivait pour la plupart la Septante. Quatrièmement, celle de Symmaque, sous Antonin et Aurélius (vers 197 après J.C.), qui d’un Samaritain devenu juif, traduisit l’Ancien Testament afin de confuter les Samaritains. Il y avait aussi deux autres auteurs d’auteurs incertains : de Jéricho, trouvé dans un fût dans cette ville, sous Caracalla (220 après J.-C.) ; l’autre, le Nicopolite, trouvé près de Nicopolis sous le règne d’Alexandre Severus (230 après J.-C.). De toutes ces versions, Origène composa sa Tetrapla, son Hexapla et son Octapla. La Tetrapla contenait en colonnes distinctes les quatre versions grecques de la Septante, Aquila, Symmaque et Théodotion. Dans l’Hexapla, il a ajouté deux éditions hébraïques : l’une en hébreu, l’autre en lettres grecques. Dans l’Octapla ont été insérées les deux autres versions grecques anonymes, celles de Jéricho et de Nicopolis que certains appellent la septième édition. Le huitième était celui de Lucien le Martyr qui a amendé les précédents et a été très favorisé par les Constantinople. Le neuvième était celui d’Hesychius que les Egyptiens et les Alexandrins ont embrassé. Le dixième était celui que les anciens disaient avoir été traduit du latin de Jérôme en grec.
VI. Diverses versions latines anciennes ont également été réalisées principalement à partir des versions grecques. Le plus courant était l’italien selon Augustin (CI 2.15[FC 2:79 ; PL 34.46]). Deux autres ont été faites par Jérôme : l’une de la Septante ; l’autre (qu’il a soigneusement corrigée du texte hébreu et grec) est censée être la Vulgate actuelle, mais au fil du temps est devenue très corrompue. De nombreux savants – Lorenzo Valla, Faber Stapulensis, Cajetan, Arias Montanus et autres – ont signalé les corrections. D’autres versions plus modernes (certaines en latin, d’autres dans d’autres langues), nous n’avons pas besoin de les remarquer ici car elles sont bien connues. Il est donc évident que c’est la pratique perpétuelle de l’Église d’utiliser des versions.

 

2.Sources de solution.

 

VII. Le titre sur la croix n’était écrit qu’en trois langues, non pas que ces trois langues puissent être mises à part pour un usage sacré, mais parce qu’elles étaient alors les plus connues et donc les mieux adaptées pour répandre la renommée du Christ dans le monde entier (le plan de Dieu dans ce titre).
VIII. L’unité de l’Eglise (Eph. 4:3) ne dépend pas de l’unité du langage, mais de l’unité de la doctrine. Les premiers conseils ont été réunis légalement et avantageusement, malgré la diversité des langues.
IX. La dignité de l’Écriture provient plus du sens que des mots et si ces trois langues semblent augmenter la dignité, c’est accidentellement de la superstition de la multitude illettrée, pas en soi.
X. Nous ne nions pas que ces trois langues (après qu’elles aient cessé d’être vernaculaires) devraient être conservées plus souvent dans les assemblées des savants, que par eux et selon eux les affaires ecclésiastiques peuvent être traitées et les controverses réglées. Mais en ce qui concerne la foi et la dévotion de chacun et pour qu’il puisse comprendre ce qu’il fait, ils n’ont pas la même convenance parmi le peuple et dans le culte public.
XI. Bien que nous ne nions pas que la langue hébraïque ait été corrompue de différentes manières parmi les gens ordinaires par leurs rapports avec des étrangers en captivité et que de nombreux mots chaldéens et syriaques s’y soient glissés, il ne s’ensuit pas pour autant que le texte ait été modifié ou qu’il ait été mal compris par ceux à qui il a été inculqué. Car Zacharie, Aggée et Malachie écrivaient en hébreu pur, ce qu’ils n’auraient pas fait si le peuple n’avait pu le comprendre. Encore une fois, nous apprenons de Néh. 8:8 qu’Esdras a lu le livre de la loi devant toute la multitude (qu’ils ont écouté attentivement, ce qu’ils n’auraient pas pu faire s’ils ne l’avaient pas compris). Et si l’on dit qu’Esdras avec les Lévites leur a fait comprendre ce qui a été lu, il faut se référer à une explication du sens et des choses elles-mêmes plutôt qu’à une traduction des mots.
XII. Bien que les versions ne soient pas authentiques quant à la forme et au mode d’énonciation, elles devraient néanmoins être utilisées dans l’Église, car si elles sont exactes et conformes aux sources, elles sont toujours authentiques matériellement et quant aux choses exprimées.

 

3.L’autorité des versions.

 

XIII. C’est pourquoi nous recueillons ce qu’est l’autorité des versions. Bien que leur utilité soit grande pour l’instruction des croyants, aucune version ne peut ou ne doit être mise sur un pied d’égalité avec l’original, et encore moins lui être préférée. (1) Car aucune version n’a quelque chose d’important que la source hébraïque ou grecque n’a pas plus pleinement, puisque dans les sources non seulement la matière et les phrases, mais même les mots mêmes ont été directement dictés par l’Esprit Saint. (2) Être interprète est une chose, être prophète en est une autre, comme le dit Jérôme (Praefatio in Pentateuchum[PL 28.182]). Le prophète comme inspiré de Dieu (théopneustos) ne peut pas se tromper, mais l’interprète en tant qu’homme ne manque d’aucune qualité humaine puisqu’il est toujours susceptible de se tromper. (3) Toutes les versions sont les ruisseaux ; le texte original est la fontaine d’où ils coulent. Cette dernière est la règle, la première la chose gouvernée, n’ayant qu’une autorité humaine.
XIV. Néanmoins, toute autorité ne doit pas être refusée aux versions. Nous devons ici distinguer soigneusement une double autorité divine : l’une des choses, l’autre de mots. Le premier se rapporte à la substance de la doctrine qui constitue la forme interne des Écritures. Cette dernière concerne l’accident de l’écriture, la forme externe et accidentelle. La source a les deux, étant inspirée de Dieu (theopneustos) en ce qui concerne les mots et les choses ; mais les versions n’ont que la première, étant exprimées en mots humains et non en mots divins.
XV. Il s’ensuit donc que les versions en tant que telles ne sont pas authentiques et canoniques en elles-mêmes (parce que faites par le travail et le talent humains). Par conséquent, sous cette relation (schesei), ils peuvent être exposés à des erreurs et admettre des corrections, mais sont néanmoins authentiques quant à la doctrine qu’ils contiennent (qui est divine et infaillible). Ils ne soutiennent donc pas formellement, en tant que tels, la foi divine quant aux paroles, mais matériellement quant à la substance de la doctrine qui y est exprimée.
XVI. Il y a une perfection de la chose et de la vérité à laquelle rien ne peut être ajouté et dont rien ne peut être enlevé ; une autre perfection de la version elle-même. La première est une œuvre strictement divine et est absolument et en tous points autorecevable (autopiston). Une telle perfection se trouve dans le mot qui est repris dans les versions. Cette dernière est une œuvre humaine et donc susceptible d’erreur et de correction à laquelle l’autorité peut en effet appartenir, mais seulement humaine (selon la fidélité et la conformité au texte original), non divine.
XVII. La certitude de la conformité des versions avec l’original est double : l’une purement grammaticale et de la connaissance humaine appréhendant la conformité des mots des versions avec l’original (cela appartient aux savants, qui connaissent les langues) ; l’autre spirituelle et de foi divine, concernant l’accord des choses et des doctrines (appartenant à chaque croyant selon la mesure du don du Christ, comme il dit lui-même : « Mes brebis entendent ma voix », Jn. 10:27 ; et Paul, « celui qui est spirituel discerner toutes choses », 1 Co 2:15). Bien qu’un particulier puisse ignorer les langues, il ne cesse de recueillir la fidélité d’une version sur les choses elles-mêmes à partir de l’analogie de la foi et du lien des doctrines : « Si quelqu’un veut faire sa volonté, il connaîtra la doctrine, que ce soit de Dieu ou que je parle de moi-même » (Jean 7:17).
XVIII. La conformité à l’original est différente de l’égalité. Toute version (à condition qu’elle soit fidèle) est en effet conforme à l’original car la même doctrine quant au fond y est exposée. Mais ce n’est pas à ce titre qu’elle lui est égale, car ce n’est qu’une méthode humaine et non une méthode divine pour la mettre en avant.
XIX. Bien que toute version faite par des hommes faillibles ne puisse être considérée comme divine et infaillible en ce qui concerne les termes, elle peut être considérée comme telle en ce qui concerne les choses, puisqu’elle exprime fidèlement la vérité divine des sources même comme la parole que le ministre de l’Évangile prêche ne cesse d’être divine et infaillible et d’établir notre foi, même si elle peut être exprimée par lui en paroles humaines. Ainsi, la foi ne dépend pas de l’autorité de l’interprète ou du ministre, mais se construit sur la vérité et l’authenticité (authentia) des choses contenues dans les versions.
XX. Si une version pouvait contenir la parole pure de Dieu en paroles divines, aucune correction ne pourrait avoir lieu. Car les sources ne peuvent ni ne doivent être corrigées parce qu’elles sont inspirées de Dieu (theopneustoi) aussi bien dans les choses que dans les mots. Mais parce qu’elle nous expose en paroles humaines la parole de Dieu, il s’ensuit qu’elle peut admettre la correction, non pas par rapport à la doctrine elle-même (qui reste la même), mais par rapport aux termes qui, surtout dans les passages difficiles et obscurs, peuvent être rendus différemment par différentes personnes selon la mesure du don du Christ.

Turretin

 

Une Question / Jour. Le sixième commandement défend-il seulement de tuer? [106]

106. Ce commandement défend-il seulement de tuer?

En nous défendant le meurtre, Dieu veut nous enseigner aussi qu’il a en horreur tout ce qui en est la racine comme l’envie, la haine, la colère et le désir de vengeance (Prov. 14:30; Rom. 1:28-32; Rom. 19:12; Gal. 5:19-21; Jac. 1:20; Jac. 3:13-18; 1 Jean 2:9-11). Pour lui, tout cela est un meurtre intérieur (1 Jean 3:15).