La version Septante de l’Ancien Testament est-elle authentique ? Nous le nions.[SAINTES-ECRITURES Q14 Turretin]

 

QUATORZIÈME QUESTION : LA SEPTANTE

 

La version Septante de l’Ancien Testament est-elle authentique ? Nous le nions.

 

I. Parmi les versions grecques de l’Ancien Testament, celle des soixante-dix interprètes occupe à juste titre la première place parmi nous. Il était tellement apprécié par les juifs et les chrétiens d’Orient et d’Occident que les premiers l’utilisaient publiquement dans les synagogues et que les seconds l’utilisaient seul (ou des versions faites à partir de celui-ci) dans leurs églises. A partir de cette version, toutes les traductions dans d’autres langues (qui ont été anciennement approuvées par l’Eglise chrétienne) ont été exécutées (à l’exception du syriaque) : arabe, arménien, éthiopien, illyrique, gothique et la version latine en usage avant l’époque du Jérôme. Jusqu’à ce jour, les églises grecques et la plupart des autres églises orientales le reconnaissent seules.

 

1.Énoncé de la question.

 

II. La question ne concerne ni le moment ni la manière dont cette version a été exécutée, qu’elle ait été faite sous les auspices et aux frais de Ptolémée Philadelphe ; ou par les Juifs pour leur propre convenance (comme Scaliger, Epistolae 11[14][1627], pp. 100-101) ; ou les soixante-dix interprètes qui, enfermés dans des cellules séparées, accomplissaient tout le travail en soixante-douze jours et même avec l’accord le plus exact (bien que chacun d’eux ait compris et exécuté tout le travail séparément du reste) ; et d’autres choses du même genre qui sont liées de ces interprètes tant par Aristeas (qui a donné une prolixe description des circonstances) que par Josèphe et les chrétiens (qui, ayant utilisé cette version, prêtèrent une oreille à ces récits, prenant empresse de ce qui pourrait établir son autorité). Ces questions sont purement historiques et n’appartiennent donc pas à notre conception. Cependant, si nous étions appelés à exprimer une opinion, nous donnerions notre assentiment cordial à celle de ces savants qui considèrent toutes ces choses comme peu dignes de crédit. Même en son temps, Jérôme a commencé à exposer et à attaquer l’authenticité des récits, et cela a été fait plus clairement et plus fortement par des auteurs plus modernes (Vives, Saint Augustin, de la Cité de Dieu… avec les commentaires de Lodovicus Vives 18.42[1620], pp. 687-88 ; Scaliger in Thesaurus temporum Eusebii[1606] ; Drusius, Casaubon, Wouverus, Ussher, Rivet, Heinsius et autres). Mais nous ne parlons ici que de son autorité (c’est-à-dire, si une telle autorité doit lui être donnée pour qu’elle soit considérée comme inspirée de Dieu[theopneustos] et authentique).
III. Bien que les papistes ne parlent pas tous de la même façon, la plupart d’entre eux s’accordent à dire que cette version a été inspirée par Dieu et qu’elle obtient donc l’autorité divine ; et que les traducteurs ne doivent pas être considérés comme des interprètes mais comme des prophètes qui, pour ne pas se tromper, ont reçu l’aide du Saint Esprit, comme dit Bellarmin (VD 2.6, pages 68-71). Baile, Stapleton, P. Carthusia (de Translat. Bibli. c. iv.5+) et Johannes D’Espeires (« Tractatus 2 : De Versione Septuaginta Interpretum, » Disp. Moi, Dubium 10, Auctoritas Scripturitas Scripturae Sacrae Hebraice, Graeca et Latine[1651], pp. 183-86) sommes tous d’accord avec lui, tout comme John Morinus, qui s’efforce d’établir l’authenticité (authentique) de cette version (Exercitationis ecclesiasticae et Biblicae 7.4+[1669]). Parmi nos érudits, le plus savant des savants Isaac Vossius tente de défendre la même idée par un certain nombre d’arguments dans un traité spécial (cf. De Septuaginta Interpretibus[1661-63]).
IV. Bien que nous ne nions pas qu’elle soit d’une grande autorité dans l’Église, nous considérons cette autorité comme humaine et non divine, puisque ce qui a été fait par les traducteurs l’a été par effort humain seulement, et non par des prophètes et des hommes qui ont été soufflés par Dieu (theopneustois) sous l’inspiration directe du Saint Esprit.
V. Il ne faut donc pas lui demander s’il doit avoir une quelconque autorité dans l’église. Nous admettons qu’il a beaucoup de poids et qu’il a raison d’être préféré à d’autres traductions. (1) C’est la plus ancienne de toutes, faite il y a deux mille ans et ainsi d’être honorée pour ses cheveux grisonnants. (2) Elle fut lue en public et en privé par les Juifs partout où ils étaient dispersés. (3) Les apôtres et les évangélistes s’en sont servis pour citer de nombreux passages de l’Ancien Testament et l’ont consacré, pour ainsi dire, par leurs écrits. (4) Les apôtres l’ont donné à l’église quand par elle ils ont conquis le monde pour Christ. C’est ainsi que l’église des païens est née, a grandi et s’est nourrie par elle. (5) Les églises grecque et latine l’ont tenue pour la version autorisée pendant six cents ans. (6) Les pères et les anciens écrivains ecclésiastiques l’expliquèrent par des commentaires, l’exposèrent au peuple dans des homélies et l’étranglèrent par des hérésies montantes. Dans leurs conseils, ils en ont tiré des canons pour la régulation de la foi et de la pratique. La question est plutôt de savoir si elle a une telle autorité qu’elle doit être considérée comme authentique et égale aux sources. Nos adversaires le maintiennent ; nous le nions.

 

2.La version de la LXX n’est pas authentique.

 

VI. Les raisons en sont les suivantes : (1) Il a été exécuté par l’étude humaine et le travail non divinement inspiré (theopneustois) des hommes. Ses auteurs étaient des interprètes et non des prophètes (qui ont cessé après Malachie, appelée par les Juifs le sceau des prophètes). C’est aussi ce qui ressort clairement, comme le dit Aristeas : « les interprètes se sont concertés, se sont disputés et ont comparé leurs notes sur tout, jusqu’à ce qu’ils soient tous d’accord » (Lettre d’Aristeas 302, 1904, p. 52). Or, s’ils se consultaient ensemble, ils ne prophétisaient pas. Car les écrivains sacrés ne se sont jamais consultés pour discuter de tout ce qu’ils pouvaient écrire. Mais comme enseigné par le Saint-Esprit, ils se sont engagés à tout écrire sans aucune contestation ni retard. (2) S’ils avaient écrit sous l’influence du Saint-Esprit, un tel nombre aurait été superflu (un étant suffisant). Il n’y aurait pas eu besoin d’hommes d’une grande érudition, compétents en hébreu et en grec, s’ils avaient été exécutés sans étude et aide humaine. (3) Dans de nombreux cas, elle s’écarte des sources par les mots et par les choses et présente diverses interprétations fausses (parermēneias) et des divergences, comme l’ont montré les tenants de cet argument. C’est pourquoi Morinus fut au moins contraint d’avouer : « Il n’y a pas plus d’autorité à attribuer à cette version qu’à celles faites par l’industrie humaine » (Exercitationis ecclesiasticae et Biblicae 7.4+[1669]). (4) Il n’est pas considéré comme pur maintenant, mais grandement corrompu et interpolé. Nous n’avons que ses ruines et son épave (leipsana), de sorte qu’on peut difficilement l’appeler la version de la Septante (comme le navire Argo qui fut si souvent réparé qu’il n’était ni le même ni un autre). Jérôme y fait fréquemment allusion (Lettre 112[89], « Ad Augustinum »[PL 22.928-29] ; « Praefatio… in librum Paralipomenonon Praefatio, » de « Hieronymi Prologus Galeatus » dans Biblia Sacra Vulgatae Editionis Sixti V … et Clementis VIII[1865], p. xlix et ‘… in Esdram et Nehemiam Praefatio,’ de ibid. p. 1). C’est ainsi qu’il est généralement maintenu par les savants qu’il s’agit de la version koinē que l’on peut appeler loukianis, comme en témoigne Jérôme (Lettre 106[135], « Ad Suniam et Fretallam »[PL 22.838]).

 

3.Sources de solution.

 

VII. Les apôtres utilisèrent cette version non pas parce qu’ils la croyaient authentique et divine, mais parce qu’elle était alors la plus utilisée et la plus universellement reçue et parce que (où le respect du sens et de la vérité était préservé) ils ne voulaient ni contester à la légère ni créer un doute dans l’esprit des plus faibles, mais par une saine prudence, ils ne changèrent rien à la raison, surtout lorsque cela répondrait à leur but. Cependant, ils le firent d’une manière telle que parfois, lorsque cela leur paraissait nécessaire, lorsque la version de la Septante semblait non seulement inadaptée mais fausse, ils préféraient la source [Le codex hébreu] (comme le dit Jérôme, les excuses de Jérôme … contre les livres de Rufinus 2.34[NPNF2, 3:517]). On peut facilement le déduire d’une comparaison entre le Mt. 2:15 et Hos. 11:1 ; Jean 19:37 avec Zacharie 12:10 ; Jérémie 31:15 avec Mt 2:18 ; Is. 25:8 avec 1 Cor. 15:54.
VIII. Les citations du Nouveau Testament tirées de la Septante ne sont pas authentiques en soi (ou parce qu’elles ont été traduites par les soixante-dix de l’hébreu en grec), mais par accident dans la mesure où elles ont été tirées dans le contexte sacré par les évangélistes sous l’influence du Saint Esprit.
IX. Si certains des pères vantent cette version et affirment son authenticité (ce qu’on ne peut nier avoir été fait par Irénée, Clément d’Alexandrie, Augustin et d’autres), ils l’ont fait plus par sentiment que par connaissance, étant presque entièrement étrangers à la langue hébraïque. Nous ne sommes pas non plus obligés d’adopter leur opinion puisque, comme les soixante-dix, ils étaient sujets à des erreurs humaines et à des passions. Mais Origène et Jérôme, les plus savants d’entre eux, avaient une opinion complètement différente, enseignant qu’ils étaient des interprètes et non des inspirateurs.
X. Bien que l’église ait utilisé cette version pendant de nombreuses années, nous ne devons pas en déduire qu’elle l’a tenue pour authentique et divine, mais seulement qu’elle l’a tenue en grande estime. L’utilisation ordinaire n’aurait pas pu entraver la liberté d’accès à la source aussi souvent qu’il aurait été nécessaire.
XI. Les grandes divergences chronologiques entre le texte hébreu et la version de la Septante (les manuscrits hébreux ne faisant que 1656 ans de la création au déluge, alors que la Septante fait 2242) ne prouvent pas que la version est authentique, mais plutôt qu’elle est corrompue. Le consentement des codex hébraïques favorise le calcul hébreu (il n’y a pas de variation à ce sujet) ; (2) de même l’accord (symphōnia) de toutes les versions anciennes : le chaldéen, le syriaque, le samaritain, l’arabe et le latin, qui varient de la Septante ici et suivent l’hébreu ; (3) également l’erreur manifeste de la version grecque dans la prolongation de la vie de Methuselah au moins 14 ans après le déluge (sinon 20) et ne dit toujours pas que celui-ci fut dans l’arche. Car si Mathusalem a engendré Lamek à la 165e année de son âge (comme le disent les notes admirables de l’édition grecque de Walton, Biblia sacra polyglotta[1657], 1:20 sur Gen. 5:25), Mathusalem devait avoir vécu tant d’années après le déluge. Et si quelques exemplaires grecs ont suivi l’hébreu (comme le dit Vossius des Codices africain et alexandrin), ces quelques exemplaires (qui ont sans doute été corrigés de l’hébreu) ne devraient pas être opposés aux innombrables exemplaires que l’église et les pères ont suivis dans lesquels ce calcul existe.
XII. Les arguments en faveur du calcul grec sont faciles à répondre. Tout d’abord, en ce qui concerne les années de puberté, les Grecs se référaient à la deux centième année (une plus grande proportion à toute la vie), les Hébreux à la centième année. Puisque Walton lui-même (bien qu’il ait l’opinion de Vossius) reconnaît la faiblesse de cet argument et dit « ce sont des conjectures insensées, indignes d’un homme sain d’esprit » (« De Versionibus Graecis, »[Prolegomena 9] in Biblia sacra polyglotta[1657], 1 :68) ; et on suppose aussi que les années de puberté (ou le pouvoir de génération[payéogonien]) suivent nécessairement la quadruple ou quintuple proportion de toute la vie (puisqu’ils doivent répondre à la vigueur du corps), il est absurde que dans ces premiers âges où leurs corps étaient très vigoureux, la puberté soit reportée à la bicentenaire. Il est évident que dans les cas mentionnés par Moïse, la proportion de la puberté par rapport à la vie n’a pas été observée : Noé engendra dans sa cinq centième année ; Mahalalalel dans sa soixante-cinquième année ; Lamek dans sa 102ème année ; Caïnan dans sa soixante-dixième année ; Hénok dans sa soixante-cinquième. Les pouvoirs de génération des patriarches postdiluviens (bien que leur vie ait été beaucoup plus courte) sont rendus presque égaux à ceux des premiers par les Grecs et se rapportent pour la plupart à la 130e année.
XIII. Deuxièmement, ce qu’ils apportent pour prouver l’authenticité (authentique) du texte grec (parce qu’une telle corruption ne peut être le fruit du hasard, ce qui n’en est pas moins le cas, ni par dessein parce qu’aucune raison valable ne peut être donnée pour le faire) sont des preuves encore plus solides de l’intégrité du Codex hébreu, qui (toutes choses égales par ailleurs) ne se voit généralement pas refuser cette prérogative. Or, bien que cette corruption n’existait pas dans la version originale, ne pouvait-elle pas résulter de la négligence ou de la négligence des transcripteurs (ablepsia) ? Encore une fois, un prétexte suffisant et plausible est que, dans le temps, ils ont voulu satisfaire les Egyptiens (parce que le texte hébreu est beaucoup plus opposé à l’antiquité de l’Egypte que le grec). Car bien que Walton rejette cette raison, Vossius la considère d’une grande importance et préfère le grec à l’hébreu parce que cela correspond plus à l’antiquité des Egyptiens que cela. Par l’addition de ces 1600 ans, les dynasties des Egyptiens pourraient facilement être incluses dans les limites de la création. Scaliger et G. Vossius proposent un plan dans lequel cela peut être fait, si l’on admet les ajouts du grec avec l’hébreu.
XIV. Aucune importance ne peut être accordée au calcul grec du fait de l’église grecque et de la plupart de ses écrivains suivant ce calcul au lieu de l’hébreu parce que cela pourrait être dû à une erreur ou à une ignorance de la langue hébraïque, les amenant à suivre la version la plus universellement reçue.
XV. L’anachronisme (anachronismos) de la Septante dans le calcul de la vie des patriarches postdiluviens (où ils prolongent le nombre d’années au-dessus de 1700 jusqu’à la naissance d’Abraham – l’hébreu ne faisant que 292 ans – car ils ajoutent au moins cent ans à la vie de chacun des patriarches ayant vécu entre le déluge et l’époque d’Abraham) ne peut favoriser l’authenticité de cette version. Elle démontre une erreur flagrante, quelle qu’en soit la source. Les tentatives que Vossius et Walton font pour le confirmer ne sont pas assez fortes pour affaiblir l’authenticité (authentique) du texte sacré (comme Robert Baillie, Operis historici et chronologici 1.4[1668], pp. 20-41 le démontre en détail).

Turretin.

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