Les versions (traductions) sont-elles nécessaires, et quelle devrait être leur utilisation et leur autorité dans l’église ? [SAINTES-ECRITURES Q13 Turretin]

TREIZIÈME QUESTION : LES VERSIONS

 

Les versions (traductions) sont-elles nécessaires, et quelle devrait être leur utilisation et leur autorité dans l’église ?

I. Cette question comporte deux parties. Le premier concerne la nécessité des versions, le second leur autorité. Quant aux premiers, bien que les papistes plus sages en reconnaissent l’utilité et la nécessité et en aient eux-mêmes fait beaucoup dans diverses langues, ils ne sont pas peu nombreux (en prenant le terrain opposé) à les condamner de manière aussi blessants et dangereux qu’Arboreus qui dit, « la traduction des Écritures dans la langue vernaculaire est une source d’hérésies » (Primus Tomus Theosophiae 8.11*[1540], p.247). Asoto, Harding, Baile et beaucoup de membres de la Compagnie de Loyola (Jésuites) sont d’accord avec lui et censurent le pieux et saint désir de traduire les Ecritures comme « une curieuse invention (heurēma) d’hérétiques bannis de la religion orthodoxe, et donc inutiles à l’Eglise, et conçus impies et iniquément dans le but de diffuser les hérésies ». Contre ceux-ci les orthodoxes maintiennent non seulement l’utilité, mais aussi la nécessité des versions et le prouvent par de nombreux arguments.

 

1.Les versions vernaculaires sont nécessaires.

 

II. (1) La lecture et la contemplation des Écritures sont ordonnées aux hommes de toutes langues, c’est pourquoi leur traduction dans les langues autochtones est nécessaire. Puisque les hommes parlent des langues différentes et ne sont pas tous familiers avec les deux langues dans lesquelles il a été écrit pour la première fois, il ne peut être compris par eux que s’il est traduit ; c’est la même chose de ne rien dire du tout et de dire ce que personne ne peut comprendre. Mais ici il arrive par la grâce merveilleuse de Dieu que la division des langues (qui était autrefois le signe d’une malédiction) devient maintenant la preuve d’une bénédiction céleste. Ce qui a été introduit pour détruire Babel est maintenant utilisé pour construire la Sion mystique.
III. (2) L’évangile est prêché dans toutes les langues ; c’est pourquoi il peut et doit être traduit en toutes ces langues. La conséquence est valable du prêché à l’écrit parce qu’il y a la même raison pour les deux et les mêmes arguments (qui ont incité les apôtres à prêcher dans la langue maternelle) prouvent la nécessité des versions. Or, bien que les apôtres aient écrit dans une seule langue, il ne s’ensuit pas que les Écritures ne doivent pas être traduites dans d’autres langues parce qu’il existe une règle différente quant aux sources et aux versions. Les sources ne devaient être écrites que dans une seule langue et, de plus, les apôtres (en tant que maîtres universels de l’Eglise) n’étaient tenus d’écrire que dans la langue universelle et la plus commune (qui était alors le grec) tout comme l’Ancien Testament (destiné aux juifs) était écrit dans la langue hébraïque, leur langue maternelle. Mais, là où la langue grecque n’est pas utilisée, il y a un besoin de versions pour la diffusion de l’évangile.
IV. (3) Les versions vernaculaires sont nécessaires en raison de la pratique constante de l’Église, selon laquelle il est certain que les Églises orientales et occidentales avaient leurs versions et célébraient leur culte dans la langue vernaculaire, comme en témoignent leurs liturgies. Pourquoi ne ferait-on pas la même chose maintenant alors qu’il y a la même nécessité et la même raison d’instruire le peuple ? Ainsi, puisqu’il y eut deux diasporas remarquables d’Israël (l’une chez les Chaldéens, l’autre chez les Grecs), et que le peuple de Dieu en utilisant leurs idiomes particuliers oublia presque complètement la langue hébraïque, les paraphrases targum ou chaldéennes et les versions grecques furent faites au profit des classes les plus ignorantes. Il y avait beaucoup de targums. Il y a d’abord la paraphrase chaldéenne de Jonathan ben Uzziel, le disciple de Hillel, le compagnon de Siméon, né quarante ans avant Jésus Christ. Quand il vit la langue hébraïque pure tomber en désuétude par degrés et employée seulement par les savants, il fit de ce grand trésor la version chaldéenne ; nous avons une version des prophètes antérieurs et postérieurs par lui. Onkelos, qui a prospéré après le Christ et était contemporain (synchronos) avec Gamaliel, y a ajouté une traduction du Pentateuque. Une paraphrase de l’Hagiographa est également existante par un auteur inconnu. Il existe aussi des versions syriaque, arabe, persane et éthiopienne, mais peu utilisées et connues. Il existe une traduction syriaque du Nouveau Testament (qui est le plus ancien) et est attribuée par certains à l’église d’Antioche.
V. Les nombreuses versions grecques de l’Ancien Testament les suivent. La plus célèbre est la Septante faite environ trois cents ans avant Jésus-Christ sous Ptolémée Philadelphe. Le second est celui de l’Aquila de Pontus, sous l’empereur Hadrien vers 137 après J.C.. Grec de religion d’abord, chrétien ensuite, puis excommunié de l’Eglise pour son attachement à l’étude de l’astrologie, il se rendit chez les juifs et (poussé par la haine des chrétiens) traduisit l’Ancien Testament afin de corrompre les prophéties concernant Christ. Troisièmement, celle de Théodotion, qui vivait sous Commode (184 ap. J.-C.), né à Pontus, marcionite de religion, et ensuite devenu juif, a fait une nouvelle version dans laquelle il suivait pour la plupart la Septante. Quatrièmement, celle de Symmaque, sous Antonin et Aurélius (vers 197 après J.C.), qui d’un Samaritain devenu juif, traduisit l’Ancien Testament afin de confuter les Samaritains. Il y avait aussi deux autres auteurs d’auteurs incertains : de Jéricho, trouvé dans un fût dans cette ville, sous Caracalla (220 après J.-C.) ; l’autre, le Nicopolite, trouvé près de Nicopolis sous le règne d’Alexandre Severus (230 après J.-C.). De toutes ces versions, Origène composa sa Tetrapla, son Hexapla et son Octapla. La Tetrapla contenait en colonnes distinctes les quatre versions grecques de la Septante, Aquila, Symmaque et Théodotion. Dans l’Hexapla, il a ajouté deux éditions hébraïques : l’une en hébreu, l’autre en lettres grecques. Dans l’Octapla ont été insérées les deux autres versions grecques anonymes, celles de Jéricho et de Nicopolis que certains appellent la septième édition. Le huitième était celui de Lucien le Martyr qui a amendé les précédents et a été très favorisé par les Constantinople. Le neuvième était celui d’Hesychius que les Egyptiens et les Alexandrins ont embrassé. Le dixième était celui que les anciens disaient avoir été traduit du latin de Jérôme en grec.
VI. Diverses versions latines anciennes ont également été réalisées principalement à partir des versions grecques. Le plus courant était l’italien selon Augustin (CI 2.15[FC 2:79 ; PL 34.46]). Deux autres ont été faites par Jérôme : l’une de la Septante ; l’autre (qu’il a soigneusement corrigée du texte hébreu et grec) est censée être la Vulgate actuelle, mais au fil du temps est devenue très corrompue. De nombreux savants – Lorenzo Valla, Faber Stapulensis, Cajetan, Arias Montanus et autres – ont signalé les corrections. D’autres versions plus modernes (certaines en latin, d’autres dans d’autres langues), nous n’avons pas besoin de les remarquer ici car elles sont bien connues. Il est donc évident que c’est la pratique perpétuelle de l’Église d’utiliser des versions.

 

2.Sources de solution.

 

VII. Le titre sur la croix n’était écrit qu’en trois langues, non pas que ces trois langues puissent être mises à part pour un usage sacré, mais parce qu’elles étaient alors les plus connues et donc les mieux adaptées pour répandre la renommée du Christ dans le monde entier (le plan de Dieu dans ce titre).
VIII. L’unité de l’Eglise (Eph. 4:3) ne dépend pas de l’unité du langage, mais de l’unité de la doctrine. Les premiers conseils ont été réunis légalement et avantageusement, malgré la diversité des langues.
IX. La dignité de l’Écriture provient plus du sens que des mots et si ces trois langues semblent augmenter la dignité, c’est accidentellement de la superstition de la multitude illettrée, pas en soi.
X. Nous ne nions pas que ces trois langues (après qu’elles aient cessé d’être vernaculaires) devraient être conservées plus souvent dans les assemblées des savants, que par eux et selon eux les affaires ecclésiastiques peuvent être traitées et les controverses réglées. Mais en ce qui concerne la foi et la dévotion de chacun et pour qu’il puisse comprendre ce qu’il fait, ils n’ont pas la même convenance parmi le peuple et dans le culte public.
XI. Bien que nous ne nions pas que la langue hébraïque ait été corrompue de différentes manières parmi les gens ordinaires par leurs rapports avec des étrangers en captivité et que de nombreux mots chaldéens et syriaques s’y soient glissés, il ne s’ensuit pas pour autant que le texte ait été modifié ou qu’il ait été mal compris par ceux à qui il a été inculqué. Car Zacharie, Aggée et Malachie écrivaient en hébreu pur, ce qu’ils n’auraient pas fait si le peuple n’avait pu le comprendre. Encore une fois, nous apprenons de Néh. 8:8 qu’Esdras a lu le livre de la loi devant toute la multitude (qu’ils ont écouté attentivement, ce qu’ils n’auraient pas pu faire s’ils ne l’avaient pas compris). Et si l’on dit qu’Esdras avec les Lévites leur a fait comprendre ce qui a été lu, il faut se référer à une explication du sens et des choses elles-mêmes plutôt qu’à une traduction des mots.
XII. Bien que les versions ne soient pas authentiques quant à la forme et au mode d’énonciation, elles devraient néanmoins être utilisées dans l’Église, car si elles sont exactes et conformes aux sources, elles sont toujours authentiques matériellement et quant aux choses exprimées.

 

3.L’autorité des versions.

 

XIII. C’est pourquoi nous recueillons ce qu’est l’autorité des versions. Bien que leur utilité soit grande pour l’instruction des croyants, aucune version ne peut ou ne doit être mise sur un pied d’égalité avec l’original, et encore moins lui être préférée. (1) Car aucune version n’a quelque chose d’important que la source hébraïque ou grecque n’a pas plus pleinement, puisque dans les sources non seulement la matière et les phrases, mais même les mots mêmes ont été directement dictés par l’Esprit Saint. (2) Être interprète est une chose, être prophète en est une autre, comme le dit Jérôme (Praefatio in Pentateuchum[PL 28.182]). Le prophète comme inspiré de Dieu (théopneustos) ne peut pas se tromper, mais l’interprète en tant qu’homme ne manque d’aucune qualité humaine puisqu’il est toujours susceptible de se tromper. (3) Toutes les versions sont les ruisseaux ; le texte original est la fontaine d’où ils coulent. Cette dernière est la règle, la première la chose gouvernée, n’ayant qu’une autorité humaine.
XIV. Néanmoins, toute autorité ne doit pas être refusée aux versions. Nous devons ici distinguer soigneusement une double autorité divine : l’une des choses, l’autre de mots. Le premier se rapporte à la substance de la doctrine qui constitue la forme interne des Écritures. Cette dernière concerne l’accident de l’écriture, la forme externe et accidentelle. La source a les deux, étant inspirée de Dieu (theopneustos) en ce qui concerne les mots et les choses ; mais les versions n’ont que la première, étant exprimées en mots humains et non en mots divins.
XV. Il s’ensuit donc que les versions en tant que telles ne sont pas authentiques et canoniques en elles-mêmes (parce que faites par le travail et le talent humains). Par conséquent, sous cette relation (schesei), ils peuvent être exposés à des erreurs et admettre des corrections, mais sont néanmoins authentiques quant à la doctrine qu’ils contiennent (qui est divine et infaillible). Ils ne soutiennent donc pas formellement, en tant que tels, la foi divine quant aux paroles, mais matériellement quant à la substance de la doctrine qui y est exprimée.
XVI. Il y a une perfection de la chose et de la vérité à laquelle rien ne peut être ajouté et dont rien ne peut être enlevé ; une autre perfection de la version elle-même. La première est une œuvre strictement divine et est absolument et en tous points autorecevable (autopiston). Une telle perfection se trouve dans le mot qui est repris dans les versions. Cette dernière est une œuvre humaine et donc susceptible d’erreur et de correction à laquelle l’autorité peut en effet appartenir, mais seulement humaine (selon la fidélité et la conformité au texte original), non divine.
XVII. La certitude de la conformité des versions avec l’original est double : l’une purement grammaticale et de la connaissance humaine appréhendant la conformité des mots des versions avec l’original (cela appartient aux savants, qui connaissent les langues) ; l’autre spirituelle et de foi divine, concernant l’accord des choses et des doctrines (appartenant à chaque croyant selon la mesure du don du Christ, comme il dit lui-même : « Mes brebis entendent ma voix », Jn. 10:27 ; et Paul, « celui qui est spirituel discerner toutes choses », 1 Co 2:15). Bien qu’un particulier puisse ignorer les langues, il ne cesse de recueillir la fidélité d’une version sur les choses elles-mêmes à partir de l’analogie de la foi et du lien des doctrines : « Si quelqu’un veut faire sa volonté, il connaîtra la doctrine, que ce soit de Dieu ou que je parle de moi-même » (Jean 7:17).
XVIII. La conformité à l’original est différente de l’égalité. Toute version (à condition qu’elle soit fidèle) est en effet conforme à l’original car la même doctrine quant au fond y est exposée. Mais ce n’est pas à ce titre qu’elle lui est égale, car ce n’est qu’une méthode humaine et non une méthode divine pour la mettre en avant.
XIX. Bien que toute version faite par des hommes faillibles ne puisse être considérée comme divine et infaillible en ce qui concerne les termes, elle peut être considérée comme telle en ce qui concerne les choses, puisqu’elle exprime fidèlement la vérité divine des sources même comme la parole que le ministre de l’Évangile prêche ne cesse d’être divine et infaillible et d’établir notre foi, même si elle peut être exprimée par lui en paroles humaines. Ainsi, la foi ne dépend pas de l’autorité de l’interprète ou du ministre, mais se construit sur la vérité et l’authenticité (authentia) des choses contenues dans les versions.
XX. Si une version pouvait contenir la parole pure de Dieu en paroles divines, aucune correction ne pourrait avoir lieu. Car les sources ne peuvent ni ne doivent être corrigées parce qu’elles sont inspirées de Dieu (theopneustoi) aussi bien dans les choses que dans les mots. Mais parce qu’elle nous expose en paroles humaines la parole de Dieu, il s’ensuit qu’elle peut admettre la correction, non pas par rapport à la doctrine elle-même (qui reste la même), mais par rapport aux termes qui, surtout dans les passages difficiles et obscurs, peuvent être rendus différemment par différentes personnes selon la mesure du don du Christ.

Turretin

 

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