L’Ancien Testament en hébreu est-il fiable? Nous affirmons. [SAINTES-ECRITURES Q12 Turetin]

DOUZIÈME QUESTION : L’Ancien Testament en hébreu est-il fiable?

Le texte hébreu actuel, dans les choses comme dans les mots, est-il si authentique et inspiré (théopneustos) en ce sens que toutes les versions existantes doivent s’y référer en règle générale et, là où elles varient, être corrigées par lui ? Ou pouvons-nous déserter la lecture qu’elle fournit, si elle est jugée moins appropriée, et la corriger soit par comparaison avec d’anciens traducteurs, soit par jugement et conjecture appropriés (stochastikē), et suivre une autre lecture plus appropriée ? Nous affirmons le premier et nions le second.

I. Comme l’autorité (authentia) du texte sacré est le fondement premier de la foi, rien ne devrait être considéré comme plus important que de la préserver intacte contre les attaques de ceux qui s’efforcent de l’enlever entièrement ou de l’affaiblir d’une manière quelconque. C’est dans ce but qu’a été reprise la controverse précédente contre les papistes. La présente question a le même objet. Nous y examinerons l’opinion du célèbre Louis Cappel qui, comme dans son Arcanum punctationis, a entrepris de défendre avec la plus grande vigueur la nouveauté des points comme une invention récente des Masoretes et donc issue de la diligence et du travail humain. Ainsi, dans sa Critica sacra, il s’efforce sincèrement de prouver que nous ne sommes pas liés par le texte hébreu actuel, mais que nous pouvons nous en écarter chaque fois que nous pouvons obtenir une autre lecture meilleure et plus appropriée, soit par une comparaison d’anciens interprètes, soit par l’exercice de la raison juste ou par un jugement et une conjecture appropriés (dont il parle en détail dans Critica sacra 6.4-5[1650], pages 391-408). En abordant ce sujet, nous ne voulons pas porter atteinte à la réputation d’un homme qui mérite bien autrement de l’Église de Dieu, mais seulement confirmer l’opinion jusqu’ici constamment tenue dans l’Église concernant l’autorité intacte (authentia) du texte sacré, contre ceux qui n’hésitent pas à ce moment-là à adopter ces opinions particulières (kyrias doxas) et hypothèses nouvelles, ou en parlent comme triviales et de très peu ou pas importantes à la foi.
II. C’est ce qu’il en pense : (1) Parce qu’il s’agit d’une invention humaine, les points peuvent (lorsque le besoin s’en fait sentir) être modifiés, et d’autres peuvent être substitués à leur place lorsque le sens qu’ils donnent est soit faux, soit absurde. (2) Non seulement nous sommes libres de changer l’interprétation des points, mais aussi de l’écriture elle-même ; cependant, la liberté est plus grande en ce qui concerne les premiers que les seconds parce que les Masoretes (auxquels nous devrions être liés) ont souvent fait les premiers à leur gré et par exercice du jugement privé. (3) S’il peut être démontré à partir d’une collation d’anciens interprètes (grecs, chaldéens ou latins) que le sens des versions est soit également bon et approprié, soit plus vrai et plus approprié que celui de notre copie hébraïque, il sera légal de modifier la lecture actuelle et d’en substituer une autre. (4) Cela peut se faire non seulement à partir d’une comparaison d’interprètes, mais aussi, si nous pouvons découvrir une erreur dans la lecture présente et un sens sans valeur ou un sens absurde et faux, et peut (soit par raison juste et par la faculté naturelle de la raison ou par conjecture) trouver un sens plus clair et plus approprié (bien qu’une lecture différente), alors dans ces cas il sera légitime de rejeter la lecture présente et d’en favoriser une autre. Que telle est son opinion ressort de nombreux passages et en particulier de ceci : « Il s’ensuit que si toute lecture différente du texte hébreu actuel, en ce qui concerne les consonnes ou les lettres, ainsi que les mots et les périodes entières, donne un meilleur sens, elle est plus authentique, vraie et appropriée, où qu’elle se trouve, que ce soit avec les LXX ou les paraphrases chaldéennes, avec Aquila, Symmaque, Théodotion ou Jérôme (auteur de la version Vulgate) et doit donc être suivie et adoptée plutôt que celle du Masoretes » (Critica sacra 6.5.9 [1650], p. 402). Cela, il le confirme souvent ailleurs.
III. Afin de renforcer cette opinion, il avance une autre hypothèse, à savoir.., que les manuscrits hébraïques (que la Septante et d’autres interprètes ont utilisés) différaient de ceux qui sont actuellement utilisés (qu’il appelle avec mépris le manuscrit masorétique et juif), et que les divergences entre les versions anciennes et la copie hébraïque actuelle sont autant de lectures diverses du texte hébreu (à l’exception peut-être de celles qui sont nées des erreurs des interprètes qui, ou n’ont pas compris la signification des mots hébraïques, ou qui ne leur prêtaient pas assez attention). Il nie donc que notre Bible hébraïque constitue la seule source, affirmant qu’elle ne doit être considérée que comme une seule copie et que le texte original authentique qui fait autorité doit être rassemblé et formé à partir d’une compilation de toutes les versions anciennes. Il fait ainsi la distinction entre le « Codex hébreu en soi et le Codex masorétique actuel ». Le premier existe dans toutes les copies que nous avons maintenant, que ce soit parmi les juifs ou parmi les chrétiens. Le premier doit être tiré d’une comparaison entre le texte actuel et les versions anciennes, qu’il met dans certains cas non seulement sur un pied d’égalité avec le Codex actuel, mais qu’il préfère aussi nettement, car il estime que le sens qu’elles donnent doit être suivi comme plus vrai et plus approprié que celui que donne le Codex actuel (comme nous l’avons vu précédemment). « Il faut accorder autant d’attention à la Septante qu’au Codex actuel, non seulement lorsque la première donne un meilleur sens, mais aussi lorsqu’elle donne un sens tout aussi bon et approprié parce que la Septante est plus ancienne, et dans une égalité de lecture et de sens, l’autorité des plus anciennes prévaut » (De Critica… epistola apologetica in qua Arnoldi Bootii[1651]. p. 38). Aussi ibid. (dernière citation dans la section). Et un peu plus tard : « L’autorité de la Septante est supérieure à celle de la présente norme, non seulement dans les lieux où sa lecture donne un meilleur sens, mais aussi là où elle donne un sens aussi bon et approprié, et cela parce qu’elle est la plus ancienne. On peut et on doit en dire autant de tous les codex des anciens interprètes. »
IV. Cependant, l’opinion commune de nos Églises est très différente, à savoir qu’aucun autre codex ne devrait être considéré comme authentique que l’actuel codex hébreu, auquel, en ce qui concerne une pierre de touche, toutes les versions anciennes et modernes devraient être mentionnées et, si elles en diffèrent, corrigées par lui, et non modifiées par eux. Mais bien qu’ils pensent que les différents codex peuvent et doivent être comparés les uns aux autres, afin de discerner les différentes lectures, dues à la négligence des transcripteurs, et de corriger les erreurs qu’ils contiennent, n’hésitez pas à dire qu’une compilation des versions anciennes n’aide pas vraiment à acquérir le vrai sens ; mais ils nient qu’ils puissent jamais être rendus égaux, et encore moins préférés, au texte original, pour qu’il soit légitime d’adhérer au sens qu’ils donnent et qui peut nous sembler plus approprié et d’en rejeter un autre qui découle d’une lecture du présent texte.
V. Que cela ait jamais été l’opinion de tous les protestants est parfaitement clair. La controverse qui s’est poursuivie précédemment avec les papistes au sujet de l’édition authentique le confirme suffisamment. L’illustre auteur en question ne peut le nier, car au début de sa Critica sacra, il dit : « Les premiers et les plus anciens protestants ont dit que tout devait être examiné et corrigé par le texte hébreu, qu’ils appellent la source la plus pure » (1.1[1650], pp. 3-4). Sixtinus Amama dans son célèbre ouvrage Anti-Barbarus Biblicus (1656) le confirme après avoir proposé sa propre opinion sur le sujet. « Nous concluons, dit-il, que toutes les versions sans exception, anciennes comme modernes, doivent être testées par elle » (c’est-à-dire le texte hébreu) ; « qu’elle est encore aujourd’hui la norme, le canon et la règle de toutes les versions » (1.3, p. 33) ; et « qu’aucune version ne peut donc être mise sur un pied d’égalité avec le texte hébreu, encore moins lui être préférée. C’est ainsi que tous les protestants pensent à toutes les versions, anciennes ou modernes «  (1.4, p. 35).

 

1.Énoncé de la question.

 

VI. On peut facilement en déduire l’état de la question. La question n’est pas de savoir s’il est licite de comparer les versions entre elles et avec l’original pour déterminer le sens véritable. La question est plutôt de savoir s’il est licite d’en faire une lecture égale ou de lui préférer une lecture qui en découle (et qui semble plus appropriée) en la substituant à une lecture actuelle (à notre avis dénuée de sens ou absurde et fausse). La question n’est pas de savoir s’il n’y a pas de divergences entre le texte actuel et les versions anciennes, mais si ces divergences doivent être considérées comme autant de lectures différentes du Codex hébreu, de sorte que les lectures authentiques ne peuvent être autres que celles qui résultent de la compilation du texte actuel et des versions anciennes. Enfin, la question n’est pas de savoir si, dans l’examen et la compilation des codex (manuscrits et imprimés), nous pouvons utiliser notre propre jugement et notre faculté de raisonnement pour distinguer les plus approuvés et décider quelle lecture est la meilleure et la plus appropriée ; mais s’il est légitime de faire des conjectures critiques sur le texte sacré (tout comme dans une autorité profane) en modifiant les lettres et points, voire les mots, lorsque le sens découlant de la lecture actuelle ne nous semble pas approprié. C’est ce qu’affirme le savant, nous le nions.
VII. Les raisons en sont les suivantes : (1) Sur cette hypothèse, il s’ensuit qu’il n’existe pas de texte authentique dans lequel nous puissions nous reposer en toute confiance. Il s’agirait soit du Codex hébreu actuel (mais, selon cet avis, il ne s’agit que d’un seul exemplaire et cette lecture peut donc être considérée comme la source hébraïque authentique où il n’y a aucune dissidence parmi les interprètes du présent codex, comme le dit le savant, Apol. cont. Boot, p. 17 De critica … apologetica in qua Amoldi Bootii (1651), ou ce serait d’autres codex que les anciens interprètes ont utilisés. Mais en plus de tenir pour acquis qu’ils étaient différents du codex actuel (qui est son erreur capitale[prōton pseudos] comme nous le prouverons plus loin), bien que cela lui soit concédé, ils ne peuvent plus inspirer confiance car ils manquent et n’existent plus que dans cette version elle-même (qui, étant humaine et faillible, ne peut devenir un codex authentique). Enfin, qui peut nous assurer que les soixante-dix ont fidèlement suivi leur texte hébreu et que le texte grec (que nous lisons maintenant) est exactement le même que celui que les soixante-dix ont écrit ?
VIII. (2) Si toutes les divergences des versions anciennes par rapport au texte actuel sont autant de lectures différentes des nôtres des manuscrits hébraïques et que les interprètes ont utilisées, pourquoi n’y a-t-il aucune mention de ces manuscrits par les anciens et aucune trace d’eux chez les Hébreux (qui depuis des siècles ont été si attentifs à observer et recueillir même les variations les plus petites, comme le montrent les lectures divergentes de Ben Ascher et Ben Naphtali, des orientaux et occidentaux) ? Car qui peut supposer que ces variations de moindre importance auraient dû subsister et que celles qui ont été remarquées par les interprètes de l’Antiquité devraient disparaître au point de ne laisser aucune trace ? Car comme il y avait beaucoup d’exemplaires, il est surprenant qu’il n’y en ait pas un qui soit descendu à notre époque, (a) On suppose qu’il n’y a pas de causes de ces divergences en dehors de la diversité des manuscrits alors qu’il y en a beaucoup; comme dans les versions actuelles, il serait faux de déduire que les interprètes ont utilisé différents manuscrits parce que d’innombrables différences de traduction existent, alors que la copie dont ils sont faits est l’exception. Qui ne sait pas qu’ils se sont plus souvent intéressés au sens qu’aux paroles, comme Jérôme le dit souvent des soixante-dix ? Encore une fois, il arrive parfois qu’un écart soit dû à leur ignorance ou à leur négligence parce qu’ils n’ont pas remarqué particulièrement les mots, de sorte qu’ils pouvaient souvent faire des erreurs dans des lettres et des mots semblables, même sans un manuscrit différent. Jérôme les accuse plus d’une fois de ça. (b) Ils ont peut-être aussi fait preuve d’une trop grande liberté dans la traduction en caractères gras de leur texte parce qu’ils ne percevaient pas clairement le sens et le lien du texte hébreu et préféraient suivre avec un léger changement le sens qui leur semblait en découler plus naturellement. c) Les diverses versions anciennes ne sont manifestement pas telles qu’elles étaient au moment de leur publication initiale, mais elles ont été fortement corrompues et modifiées. C’est particulièrement vrai pour la Septante et la Vulgate. d) De nombreuses corruptions peuvent s’être introduites par négligence ou par ignorance des transcripteurs. Ils ne sont donc pas issus de manuscrits variés.
IX. (3) Ainsi les versions anciennes seraient mises sur un pied d’égalité avec le texte original. Car si, dans toutes les divergences, les anciens interprètes ne doivent pas être mis à l’épreuve par le texte plus que cela, mais soumis tous deux au canon commun d’un sens plus approprié, afin qu’un meilleur sens décide de la véritable lecture (que ce soit dans le texte hébreu ou dans un des interprètes), le texte hébreu n’aurait aucune autorité supérieure aux anciens interprètes sauf celle qui résulterait d’un sens plus aigu. En effet, il était souvent jeté sous les traductions lorsque sa lecture était rejetée pour d’autres.
X. (4) Si nous ne sommes pas liés à la lecture actuelle du texte hébreu et que la lecture vraie doit être dérivée en partie d’un recueil de versions anciennes, en partie de notre propre jugement et de notre faculté conjecturale (stochastikē) (afin qu’il n’y ait pas d’autre canon de lecture faisant autorité que celui qui nous semble être le sens le plus juste), l’établissement de la lecture faisant autorité sera le fruit de la volonté humaine et non du Saint Esprit. La raison humaine sera placée dans la citadelle et sera considérée comme la règle et le principe de la foi avec les Sociniens.
XI. (5) S’il est licite de faire des conjectures sur le texte sacré, même lorsque les codex hébraïques concordent avec les versions (comme le dit le savant[Cappel], Critica sacra 6.8.17[1650], p. 424), il ne peut plus y avoir de certitude quant à son authenticité (authentias), mais tout est mis en doute et en suspens, le texte sacré étant soumis au vouloir de chaque conjecture. Qu’il ne s’agisse pas de la priver de toute autorité, tout le monde peut facilement le dire. On ne peut pas non plus répondre que les conjectures ne peuvent être admises que si elles sont fondées et démontrées par des raisons et des arguments sûrs, lorsque la lecture reçue donne un sens soit faux et absurde, soit douteux et déconnecté. Car chacun pensera qu’il peut donner des raisons à ses conjectures et taxera avec fausseté et absurdité la lecture qu’il cherche à renverser. Qui pourrait juger si ces conjectures sont justes et vraies ? Et sans juge, des controverses et des conflits perpétuels surgissent entre les interprètes, chacun se battant pour sa propre interprétation et ne permettant pas que d’autres soient préférés aux siens. De même (si des conjectures peuvent avoir lieu dans l’examen de divers manuscrits afin de déterminer la lecture la meilleure et la plus appropriée), d’autres ne doivent pas non plus être autorisées, fondées sur un jugement privé et non sur l’autorité d’un manuscrit approuvé, non seulement entièrement sans valeur en soi, mais hautement dangereuses et destructrices pour les Écritures par la grande et hardi présomption de l’intellect humain. Il ne faut pas non plus citer ici l’exemple d’auteurs profanes qui peuvent être critiqués librement et sans danger. Comme si la critique sacrée et profane avaient un rang égal, et comme s’il n’y avait pas la plus grande différence entre les écrits humains (susceptibles d’erreur) et le divin (inspiré de Dieu, théopneuston) dont la majesté devait être sacrée, qui furent reçus avec tant de respect, ont été préservés avec tant de soin et approuvés par un consentement si général que cela mérite le titre de vérité qui fait autorité. Mais qu’adviendra-t-il de ce livre sacré, si tout le monde est autorisé à se servir d’un stylo censuré et à jouer le critique à son sujet, comme pour tout livre profane ? (6) Si l’on ne privilégie pas l’exemplaire hébreu actuel par rapport aux anciens interprètes, si l’on ne lui accorde pas plus d’importance qu’à eux et même si l’on préfère souvent les lire quand ils semblent donner un meilleur sens, alors les protestants se sont jusqu’ici opposés aux papistes pour de faux motifs. Car ils ont affirmé l’autorité du texte hébreu actuel au-dessus des versions anciennes ou modernes. Nous ne pouvons plus non plus insister contre eux pour qu’il examine et corrige toutes les versions (et en particulier la Vulgate), si tant de versions lui sont non seulement rendues égales, mais lui sont préférées.

 

2.Sources d’explications.

 

XIII. Une lecture différente est une chose, une interprétation différente en est une autre. Les interprètes peuvent avoir donné diverses interprétations, mais il ne s’ensuit pas que celles-ci proviennent des différentes lectures de divers manuscrits, mais des autres causes mentionnées.
XIV. Il n’est pas nécessaire que les scribes aient été infaillibles (anamartētoi), si nous ne supposons pas qu’il y avait beaucoup de codex hébreux. Il suffit que la Providence ait tellement veillé à l’intégrité du codex faisant autorité que, bien qu’ils aient pu introduire dans le texte sacré de nombreuses erreurs par négligence ou ignorance, ils ne l’ont pas fait (ou pas dans toutes les copies), ni de telle manière qu’ils ne puissent être corrigés et restaurés par une compilation des différents manuscrits et des Écritures elles-mêmes.
XV. Bien que l’on puisse dire à juste titre que l’Écriture serait rendue incertaine par les différentes lectures de divers interprètes qui ne sont que des conjectures, il ne s’ensuit pas qu’elles sont rendues incertaines par les différentes interprétations parce qu’elles ont donné différentes traductions d’un seul et même texte. Car c’est ainsi que le sens est rendu douteux et incertain, mais pas la lecture des mots et des phrases. Il est très difficile avec tant de lectures et de conjectures diverses et incertaines de maintenir la certitude des Écritures parce qu’ici est introduite la double incertitude de la lecture et du sens. Dans un cas, une norme sûre est établie à laquelle les interprètes discordants peuvent être renvoyés, mais dans l’autre, il n’y a pas de fondement sûr et tout dépend de la volonté et de la décision du mental humain.
XVI. Bien que nous soyons liés au présent codex, il n’est pas nécessaire qu’il nous représente l’autographe de Moïse et des prophètes sans la moindre différence. Car pour conserver une copie exactement conforme à l’original, il suffit que les mêmes mots apparaissent dans chacun d’eux, sans lesquels le sens ne pourrait exister ; et avec les mots aussi les lettres, sans lesquelles les mots ne pourraient exister ou être écrits (bien que certaines divergences puissent apparaître dans d’autres détails).
XVII. Bien que ce savant déclare souvent que toutes les versions doivent être jugées et corrigées par le texte hébreu et que cela doit être préféré à n’importe quelle version, il ne peut donc être libéré de l’accusation (qui lui incombe) de mettre les versions anciennes sur un pied d’égalité avec le texte original et même de les préférer. Car, par le texte hébreu, il n’entend pas le texte original actuel qui est utilisé par tous (juifs et chrétiens), mais le texte hébreu en général, qu’il veut tirer à la fois du présent codex et des anciens codex qu’il suppose être les anciens interprètes utilisés et qui (comme nous l’avons dit précédemment) ne repose sur aucune base solide. Et tous les théologiens qui, jusqu’à présent, se sont disputés sur le texte hébreu et son authenticité n’ont signifié rien d’autre que le texte commun et maintenant reçu.
XVIII. D’après ce qui a été dit, il semble que les hypothèses de cet homme érudit soient dangereuses et avec quelle raison nos amis ont résisté à la publication de cet ouvrage, de peur que la cause de Dieu ne soit blessée et encouragée (bien que sans doute contre sa volonté) aux adversaires de l’authenticité (authentique) du texte saint.
XIX. Quiconque désire en savoir plus à ce sujet devrait consulter l’Anticritica : seu vindiciae veritatis Hebraicae (1653) du célèbre Buxtorf (qu’il oppose à la Critica sacra) dans lequel il a exposé cet argument avec précision et de la manière la plus satisfaisante. Les témoignages d’autres grands hommes pourraient également être invoqués pour montrer à quel point ils sont mécontents de son opinion et de son travail. Par exemple James Ussher, archevêque d’Armagh, qui dit qu’elle contient « une erreur des plus dangereuses » à rencontrer immédiatement avant qu’elle ne se répande (Lettre 288, « Au Dr Arnold Boate, » dans son Œuvre entière[1847-64], 16:187). Et du même Arnold Bootius dans son épître (cf. Lettres 286, 291, 299, « Boate to the Archbishop of Armagh », Whole Works[1847-64], 16:182, 193-97, 234-36) à ce vénérable évêque et dans ses Vindiciis, dans lesquelles il façonne cette œuvre une « écriture des plus pernicieuses dans laquelle il n’y a rien (ouden) son (hygies) » (Vindiciae seu apodixis apologetica pro Hebraica veritate 6[1653], p. 51). Il l’appelle « une critique malheureuse, exprimant une opinion totalement fausse et très préjudiciable à la parole sacrée de Dieu » (ibid., p. 57). « Son auteur est l’ennemi le plus hostile à la vérité hébraïque, la privant de toute certitude et autorité » (ibid., p. 1). C’est ainsi que beaucoup d’autres s’en sont plaints haut et fort. Mais comme suffisant pour le présent, nous donnons le témoignage d’Andrew Rivet, un grand homme et très distingué dans toute la France et la Belgique, qui, après avoir lu les Arcanii punctationis de ce savant auteur, semblait attiré par son opinion, mais ayant lu la réponse du célèbre Buxtorf parle bien autrement dans une lettre à Buxtorf de 1645 (que celui-ci donne dans son Anticritica : seu vindiciae veritatis Hebraicae : adversus Ludovici Cappelli Criticam (1653]) : « Quant à Capellus, notre distingué ami vous enverra sa diatribe contre vous, que je n’ai pas encore vue, mais qui est exposée à Amsterdam où elle a été publiée. Il vous donnera l’occasion d’examiner de plus près d’autres choses qu’il médite contre le texte sacré, en se reposant sur un raisonnement dangereux sous l’apparence de la candeur et de la vérité. J’y vois qu’il a imposé à des hommes érudits et forts, mais pas suffisamment informés sur ces sujets, dont certains vantent sa critique non seulement comme une œuvre élaborée mais aussi comme une œuvre hautement nécessaire. Nos collègues ici présents, très versés dans ces sujets, ont pensé différemment et se sont opposés à ce que nous le mettions en place avec leur type  » (pp. 345-46*). Dans une autre lettre de Breda (datée de 1648) : « Je suis fermement convaincu que vous, influencé par un véritable zèle pour l’authenticité (authentia) de la parole divine, avez entièrement renversé le fondement de cette critique pestifère et profane que cet homme a produite et donnée comme une aide à nos ennemis, quand il a été rejeté par les orthodoxes. S’il avait gagné sa fin, tout l’Ancien Testament ressemblerait à la chaussure de Theramenis s’ajustant aux deux pieds  » (ibid., p. 346). Et encore une fois : « Dieu empêchera cette audace d’aller plus loin. Je vous félicite de tout cœur qu’il vous ait élevé au rang de pieux défenseur non seulement de la cause privée de votre père bienheureux (tou makaritou), mais aussi de la possession publique de toute la véritable église. Que Dieu vous bénisse pour vos efforts et vous épargne longtemps votre vie pour les travaux futurs qui nous seront bénéfiques  » (ibid.). Ce jugement a suivi beaucoup de ceux qui, bien qu’au début disposés à favoriser les nouvelles hypothèses, mais quand ils les avaient examinées de plus près et lu les écrits de Buxtorf et d’autres contre eux, n’ont pas eu honte de modifier leur ancienne opinion et de céder à une meilleure.

Turretin.

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