Faut-il que Tobit, Judith, Sagesse, Ecclésiastique, 1 et 2 Maccabées, Baruch, les ajouts à Esther et Daniel figurent parmi les livres canoniques ? Nous nions. [SAINTES-ECRITURES Q9 Turretin]

NEUVIÈME QUESTION : LES LIVRES APOCRYPHES

 

Faut-il que Tobit, Judith, Sagesse, Ecclésiastique, les deux premiers livres des Maccabées, Baruch, les ajouts à Esther et Daniel figurent parmi les livres canoniques ? Nous nions contre les papistes.

 

1.Pourquoi les appeler les livres Apocryphes ?

 

I. Les livres apocryphes ne sont pas appelés ainsi parce que les auteurs sont inconnus (car il y a des livres canoniques dont les auteurs sont inconnus et des livres apocryphes dont les auteurs sont connus) ; non pas parce qu’ils pouvaient être lus seulement en privé et non en public (car certains d’entre eux peuvent être lus même en public), mais parce qu’ils ont été retirés de la crypte (apo tēs kryptēs), ce lieu saint où les écrits ont été mis en lieu) comme Epiphanius et Augustine pensent ; soit parce que leur autorité était cachée et suspectée, et par conséquent leur utilisation était aussi secrète puisque l’Église ne s’appliquait pas à eux pour confirmer l’autorité des doctrines ecclésiastiques (comme le dit Jérôme,’Praefatio in libros Salomonis’ de « Hieronymi Prologus Galeatus » dans Biblia Sacra Vulgata Editionis Sixti V … et Celementis VIII [1865], p. lii) ; ou, ce qui est plus probable, parce qu’ils sont d’une origine incertaine et obscure (comme dit Augustin, CG 15.23*[FC 14:474]).

 

2.Énoncé de la question.

 

II. La question n’est pas sur les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament que nous tenons pour canoniques, car les papistes sont d’accord avec nous sur ceux-ci ; ni sur tous les livres apocryphes, car il y en a qui sont rejetés par les papistes ainsi que par nous (comme les 3e et 4e d’Esdras, 3e et 4e de Maccabées, la prière des messes, etc). La question ne concerne que Tobit, Judith, Baruch, Sagesse, Ecclésiastique, 1 et 2 Maccabées, les ajouts à Esther et Daniel, que les papistes considèrent canoniques et que nous excluons du canon – non pas parce qu’ils ne contiennent pas beaucoup de choses vraies et bonnes, mais parce qu’ils ne portent pas les marques des livres canoniques.

 

3.Pourquoi les livres apocryphes sont exclus du canon ?

 

III. Les raisons sont diverses. (1) L’Église juive, à laquelle les oracles de Dieu étaient attachés (Rom. 3:2), ne les a jamais considérés comme canoniques, mais a tenu le même canon avec nous (comme l’admet Josephus, Against Apion 1.39-41[Loeb, 1:178-79], Becanus, Manuale controversiarum 1.1[1750], pp. 11-12) et Stapelton, « De Principiis fidei doctrinalibus controversia, » Cont. 5.7* dans Opera[1620], 1:322-23). Ils n’auraient pas pu le faire sans le péché le plus grave (et il ne leur a jamais été imputé ni par le Christ ni par ses apôtres) si ces livres n’avaient pas été moins que les autres commis envers eux. Il ne faut pas non plus distinguer ici le canon des juifs de celui des chrétiens, car les chrétiens ne peuvent ni ne doivent recevoir d’autres livres de l’Ancien Testament aussi canoniques que ceux qu’ils ont reçus des juifs, leurs serviteurs « qui portent les livres des étudiants » (comme les appelle Augustin, « Au Psaume 40[41] »[NPNF1, 8:132 ; PL 36.463]). (2) Ils ne sont jamais cités comme canoniques par le Christ et les apôtres comme les autres. Et le Christ, en divisant tous les livres de l’Ancien Testament en trois classes (la loi, les psaumes et les prophètes, Lc 24,44), approuve clairement le canon des Juifs et en exclut les livres qui ne sont pas compris dans ces classes. (3) L’église chrétienne pendant quatre cents ans a reconnu avec nous les mêmes et aucun autre livre canonique. Cela ressort des Canons du Synode de Laodicée 59 (NPNF2, 14:158) ; Melito, évêque de Sardes, qui vécut 116 ans après J.C. (selon Eusèbe, Histoire ecclésiastique 4.26*[FC 19:262-63]) ; d’Epiphanius (« De Epicureis », Panarion[PG 41].206-23]) ; Jérôme (« Hieronymi Prologus Galeatus », dans Biblia Sacra Vulgatae Editionis Sixti V … et Clementis VIII[1865], pp. xliii-lv) ; Athanasius (Synopsis Scripturae Sacrae[PG 28.283-94]). (4) Les auteurs n’étaient pas des prophètes et des hommes inspirés, puisqu’ils ont écrit après Malachie (le dernier des prophètes) ; leurs livres n’étaient pas non plus écrits dans la langue hébraïque (comme ceux de l’Ancien Testament), mais en grec. Ainsi Josèphe (dans le passage mentionné ci-dessus) reconnaît que ces choses qui ont été écrites par son peuple après l’époque d’Artaxerxès n’étaient pas aussi crédibles et faisant autorité que celles qui ont précédé « parce qu’il n’y avait pas une succession indiscutable de prophètes » (dia à mē genesthai tēn tōn prophētōn akribē diadochēn diadochēn, Against Apion 1.41[Loeb, 1:178-79]).
IV. Le style et la matière des livres les proclament humains et non divins. Il faut peu d’acuité pour découvrir qu’ils sont le produit du travail humain, bien que certains soient plus excellents que d’autres. Car outre le fait que le style ne goûte pas la majesté et la simplicité du style divin et qu’il évoque les défauts et les faiblesses du génie humain (dans la vanité, la flatterie, la curiosité, le zèle erroné et l’affectation inopportune du savoir et de l’éloquence, qui sont souvent rencontrés), il y a tant de choses non seulement absurdes et stupides, mais même fausses, superstitieuses et contradictoires, pour montrer clairement que ces écrits sont non divins mais humains. Nous donnerons quelques exemples des nombreuses erreurs. Tobias fait dire à l’ange un mensonge. Il dit qu’il est Azariah, le fils d’Ananias (Tob. 5:12*) et qu’il est Raphaël, l’ange du Seigneur (12:15). L’ange donne une direction magique pour chasser le diable par la fumée du foie d’un poisson (Tob. 6:6), contre celle du Christ (Mt. 17:21). Il s’arroge l’oblation des prières (Tob. 12:12), qui appartient à l’œuvre du Christ seul. Le livre de Judith célèbre l’action de Siméon (Jud. 9:2), que Jacob maudit (Gen. 49:5-7) ; loue les tromperies et les mensonges de Judith (Jud. 11), qui ne sont pas très compatibles avec la piété. Pire encore, elle cherche même la bénédiction de Dieu sur eux (Jud. 9:13). Aucune mention de la ville de Béthulie n’est faite dans les Écritures, et aucune trace de la délivrance qui y est mentionnée ne se trouve chez Josèphe ou Philon, qui a écrit sur des sujets juifs. L’auteur de la Sagesse affirme faussement qu’il était roi en Israël (Sagesse 9:7, 8) pour être pris pour Salomon. Pourtant, il fait allusion aux compétitions athlétiques qui, au temps de Salomon, n’avaient pas été établies chez les Grecs (Sagesse Sol. 4:2). De plus, il introduit la métempsychose de Pythagore (metempsychōsin, Sagesse Sol. 8:19, 20) et donne un faux récit de l’origine de l’idolâtrie (14:15, 16). Le Fils de Siracide (Sir. 46:20) attribue à Samuel ce qui a été fait par le mauvais esprit ressuscité par de mauvaises intentions (1 S. 28:11), parle faussement du retour corporel d’Elie (Sir. 48:10), et excuse ses oublis dans le prologue.
V. Il y a tant de contradictions et d’absurdités dans les ajouts à Esther et Daniel que Sixtus Senensis les rejette sans hésitation. Baruch dit que la cinquième année après la destruction de Jérusalem, il lut son livre à Jeconia et à tout le peuple de Babylone ; mais Jeconia était en prison et Baruch avait été emmené en Egypte après la mort de Guedalia (Jr 43:7*). Il mentionne un autel du Seigneur (Bar. 1:10) quand il n’y en avait pas, le temple étant détruit. Les livres des Maccabées se contredisent souvent les uns les autres (comparer 1 Mac 1:16 avec 9:5, 28 et chapitre 10). Le suicide (autocheiria) de Razis est loué (2 Mac. 14:42). Le culte de la volonté (ethelothrēskeia) est recommandé (2 Mac. 12:42) dans l’offrande de Judas d’un sacrifice pour les morts contraire à la loi. L’auteur s’excuse pour sa jeunesse et son infirmité et se plaint du travail douloureux qu’il a dû accomplir pour abréger les cinq livres de Jason, le Cyrénien (2 Mac. 2:23*, 24 ; 15:39). Si vous souhaitez d’autres spécimens de ces livres, consultez Rainold, Chamier, Molinaeus, Spanheim et d’autres qui ont suivi cette voie avec plénitude et force.

 

4.Sources d’explication.

 

VI. Le canon de la foi diffère du canon de la lecture ecclésiastique. On ne parle pas ici du canon dans ce dernier sens, car il est vrai que ces livres apocryphes étaient parfois lus même publiquement dans l’église. Mais on les lisait « pour l’édification du peuple » seulement, et non « pour établir l’autorité des doctrines » comme dit Jérôme, Praefatio… dans Libros Salomonis (NPNF2, 6:492 ; PL 28.1308). De même, les légendes contenant les souffrances des martyrs (que l’on appelait ainsi à cause de la lecture) étaient lues publiquement dans l’église, même si elles n’étaient pas considérées comme canoniques. Mais nous parlons ici du canon de la foi.
VII. Le mot « canon » est utilisé par les pères dans deux sens, soit largement ou strictement. Dans le premier sens, il englobe non seulement le canon de la foi, mais aussi le canon de la lecture ecclésiastique. C’est ainsi que nous devons comprendre le Troisième Concile de Carthage, Canon 47 (Lauchert, p. 173) lorsqu’il appelle ces livres canoniques (si en effet ce canon n’a pas été repris dans[pareisaktos] parce qu’il mentionne le Pape Boniface qui n’était pas à l’époque pape ; ainsi Surius, le moine[Concilia omnia (1567), 1:508*] attribue ce canon au septième Concile de Carthage, pas le troisième) pas strictement et correctement du canon de la foi, mais largement, de l’enseignement du canon de lecture. Le synode dit expressément que les souffrances des martyrs doivent aussi être lues et il faut donc comprendre Augustin quand il les qualifie de « canoniques ». Car il fait deux ordres de canoniques : le premier de ceux qui sont reçus par toutes les églises et qui n’ont jamais été remis en question ; le second de ceux qui ne sont admis que par quelques-uns et qui sont habituellement lus en chaire. Il soutient que ces derniers ne doivent pas être évalués aussi bien que les premiers et ont beaucoup moins d’autorité (Augustin, Reply to Faustus the Manichaean 11.5*[NPNF1, 4:180]). Mais les Apocryphes sont des écrits faux, faux et sans valeur – les fables des Écritures (Augustin, CG 15.23[FC 14:474]). Cependant, le mot « canon » est pris strictement pour ce qui a une autorité divine et infaillible pour prouver les doctrines de la foi. Jérôme prend le mot dans ce sens lorsqu’il exclut ces livres du canon. C’est ainsi qu’Augustin a donné une signification plus large au mot « canon » que Jérôme, qui reprend le mot « apocryphe » dans un sens plus large qu’Augustin, non seulement pour les livres manifestement faux et fabuleux, mais aussi pour ceux qui (bien qu’ils puissent être lus dans l’église) ne doivent pas être utilisés pour prouver les doctrines de la foi. Ainsi, les expressions apparemment contradictoires de ces pères peuvent facilement être réconciliées. Ainsi Cajetan vers la fin les explique : « Les paroles des conciles ainsi que celles des docteurs qui seront mis à l’épreuve par Jérôme, il apparaîtra que ces livres ne sont pas canoniques (c’est-à-dire des réguliers pour établir des questions de foi), bien qu’ils puissent être appelés canoniques (c’est-à-dire des réguliers pour l’édification des croyants), car ils furent reçus dans le canon biblique à cette fin » (« In librum Hester commentarii, » in Quotquotquot in Sacra Scripturae[1639], 2 : 400). Dionysius Carthusianus est d’accord avec lui (Prooemium dans « Tobiam », dans Opera Omnia[1898], 5:83-84).
VIII. Les papistes font une distinction inutile entre le canon des juifs et celui des chrétiens. Car bien que notre canon pris en général pour tous les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament (dans lesquels il consiste adéquatement) ne soit pas également admis par les Juifs, qui rejettent le Nouveau Testament ; mais s’il est pris partiellement en référence à l’Ancien Testament (dans ce sens nous en parlons ici), il est vrai que notre canon ne diffère pas de celui des Juifs parce que ceux-ci ne reçoivent dans ce canon que nous en avons.
IX. Quand les pères mentionnent parfois des livres deutérocanoniques, ils ne signifient pas ceux qui sont vraiment et dans le même sens canoniques en ce qui concerne la foi, mais seulement ceux qui peuvent être placés dans le canon de la lecture en raison de leur utilité pour la piété et l’édification.
X. La citation d’un passage ne prouve pas en soi qu’un livre est canonique, car alors Aratus, Menandre et Épimenide (cité par Paul dans Actes 17:28 ; 1 Cor. 15:33 ; Tit. 1:12) serait canonique. (2) Les mêmes passages que nos adversaires présentent comme des citations Apocryphes se trouvent dans les livres canoniques, et les apôtres préfèrent les citer les livres canoniques plutôt que les apocryphes.
XI. S’ils sont liés à des livres canoniques, il ne s’ensuit pas qu’ils ont une autorité égale, mais seulement qu’ils sont utiles dans la formation des manières et la connaissance de l’histoire, et non pour établir la foi.
XII. Bien que certains des livres apocryphes soient meilleurs et plus corrects que les autres et contiennent diverses directions morales utiles (comme le livre de la Sagesse et le Fils de Siracide), mais parce qu’ils contiennent beaucoup d’autres choses fausses et absurdes, ils sont justement exclus du canon de la foi.
XIII. Bien que certains aient mis en doute l’authenticité de quelques livres du Nouveau Testament (c’est-à-dire l’épître de Jacques, 2 Pierre, 2 et 3 Jean et Apocalypse, qui furent reçus par la suite par l’Eglise comme canoniques), il ne s’ensuit pas que la même chose puisse être faite avec les livres apocryphes, car la relation des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament avec ce sujet est différente. Car les livres de l’Ancien Testament ont été donnés à l’Église chrétienne, non pas à intervalles réguliers et par parties, mais elle a reçu en même temps des juifs tous les livres appartenant à elle écrits dans un seul codex après qu’ils aient été marqués d’une autorité incontestable, confirmée par Christ et ses apôtres. Mais les livres du Nouveau Testament ont été publiés séparément, à des époques et en des lieux différents, et progressivement rassemblés en un seul corpus. C’est ainsi que certains des livres ultérieurs (qui arrivèrent plus lentement dans certaines églises, surtout dans des endroits reculés) furent mis en doute par certains jusqu’à ce que leur authenticité leur soit progressivement révélée. (2) Bien que dans certaines églises certaines des épîtres et de l’Apocalypse aient été rejetées, ceux qui les recevaient étaient toujours beaucoup plus nombreux que ceux qui les rejetaient. Pourtant, il n’y avait pas de contestation au sujet des livres apocryphes parce qu’ils étaient toujours rejetés par l’église juive.

Turretin.

 

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