Un livre canonique a-t-il péri ? Nous nions. [SAINTES-ECRITURES Q7 Turretin]

SEPTIÈME QUESTION : LE CANON

Un livre canonique a-t-il péri ? Nous nions

1.Le mot « canon » est largement ou strictement utilisé.

I. Les distinctions du mot « canon » doivent être établies afin que les diverses questions concernant le canon de l’Écriture puissent recevoir des réponses plus satisfaisantes. Il est utilisé soit largement, soit strictement. Dans le premier sens, il était utilisé par les pères pour les décrets ecclésiastiques et les constitutions par lesquels les conseils et les dirigeants des Églises définissaient généralement les choses relatives à la foi, à la pratique et au bon ordre (eutaxien). Tels sont les divers canons de l’Église universelle et de l’Église africaine ; et la collection de canons de Burchard, Ivo, Gratian et le droit canonique lui-même contenu dans le Code des Canons, à la différence de la loi divine incluse dans le code des Saintes Écritures. Dans ce dernier sens, elle s’applique par voie d’éminence (kat’ exochēn) aux seules Écritures parce que Dieu nous l’a donnée comme une règle de foi et de pratique. En ce sens, il est appelé par Irénée « la règle invariable de la vérité » (Kanōn tēs alētheias aklinēs aklinēs, Contre les hérésies 1.9*.4[ANF 1:330 ; PG 7.545]) ; et par Chrysostome, « l’échelle exacte, la norme et la règle de toutes choses » (hapantōn akribēs zygos kai gnōmōn kai kanōn, Homélie 13, Sur Second Corinthiens (NPNF1, 12:346 ; PG 61.496-97)).

2.Le canon des doctrines et des livres.

II. Mais comme la parole de Dieu peut être considérée sous un double aspect (soit pour la doctrine divinement révélée, soit pour les livres sacrés dans lesquels elle est contenue), il peut y avoir un double canon : l’un des doctrines, englobant toutes les doctrines fondamentales, et l’autre des livres, contenant tous les livres inspirés (théopneustes). Les Écritures sont appelées canoniques pour une double raison, tant en ce qui concerne les doctrines (parce qu’elles sont le canon et le standard de la foi et de la pratique, dérivé du qnh hébreu, qui signifie un « roseau » ou stylo de géomètre et est ainsi utilisé dans Gal 6:16 et Phil. 3:16) et par rapport aux livres (parce qu’il contient tous les livres canoniques). En ce sens, Athanase (près du début de Synopsis Scripturae Sacrae[PG 28.283]), nous dit que les livres des chrétiens ne sont pas infinis mais finis et compris dans un « certain canon ».

3.Énoncé de la question.

III. La première question concerne l’intégrité du canon, si un livre canonique a péri ou si le recueil des Écritures est maintenant dépourvu de tout livre que Dieu a introduit dans le canon. A ce sujet, les orthodoxes et les papistes sont divisés en plusieurs partis. La plupart des papistes affirment que beaucoup de livres canoniques ont été perdus pour prouver ainsi l’imperfection de l’Écriture et la nécessité pour la tradition de fournir ses défauts. Certains de nos hommes (comme Musculus et Whitaker, après Chrysostome) affirment la même chose, mais avec une double différence. D’abord ils affirment ceci seulement de quelques livres de l’Ancien Testament et non du Nouveau, comme les papistes. Deuxièmement, ils pensent que rien n’est tiré de la perfection de l’Écriture par cette circonstance (comme le font les papistes) parce qu’ils ne déduisent pas l’intégrité du canon du nombre des livres sacrés (ou leur perfection quantitative), mais de la plénitude des doctrines et de la perfection essentielle de toutes choses nécessaires au Salut qui existe abondamment dans ces livres qui demeurent encore. Pourtant, l’opinion la plus commune et la plus saine est celle de ceux qui soutiennent qu’aucun livre vraiment canonique n’a péri, et s’il y en a eu qui ont péri, ils n’étaient pas dignes de ce caractère.

4.Le témoignage du Christ prouve qu’aucun livre canonique n’a péri.

IV. La preuve en est dérivée : (1) du témoignage du Christ –  » il est plus facile pour le ciel et la terre de passer, qu’un seul titre de la loi d’échouer  » (Lc 16, 17 ; cf. Mt 5, 18). Mais si un seul titre (ou la plus petite lettre) ne pouvait échouer, comment plusieurs livres canoniques pourraient-ils périr ? Bien que le Christ parle directement de la doctrine de la loi et non de ses livres, il peut être appliqué par analogie à eux, de manière à impliquer leur préservation et d’autant plus. Il est fait mention non seulement des lettres et des points qui composent l’Écriture, mais aussi du fait que Dieu a voulu que cette doctrine soit conservée dans les livres écrits. (2) D’après la déclaration de Luc et de Paul : Luc n’aurait pas pu mentionner tous les prophètes et toutes les Écritures (Lc. 24:27), si une partie d’entre eux avait péri ; et Paul n’aurait pas pu affirmer que « tout ce qui a été écrit auparavant l’a été pour notre apprentissage » (Rom. 15:4), à moins de supposer que tous les écrits de l’Ancien Testament existent.

5.La providence de Dieu.

V. (3) De la providence de Dieu qui veille perpétuellement à la sécurité de l’église (qui ne peut pas être conçue pour lui avoir permis de subir une si grande perte). Sinon, qu’adviendrait-il de la sagesse, de la bonté et de la puissance de Dieu s’il avait voulu qu’un tel trésor précieux soit montré à son église et ensuite emporté ; et que le corps des Écritures existe à ce jour mutilé et défectueux ? (4) Du devoir de l’église qui est religieusement de préserver les oracles de Dieu qui lui sont confiés et de les sonder avec diligence. Le fait qu’elle n’ait pas été négligente à son égard est évident, même d’après cela, que ni Christ ni ses apôtres n’ont jamais accusé les Juifs de ce crime. Ce sacrilège, ils ne l’auraient pas passé sous silence s’ils avaient été vraiment coupables. Oui, Paul recommande ce privilège des Juifs parce qu’on leur a confié les oracles de Dieu (logia tou Theou, Rom. 3:2 ; 9:4). (5) Du but de l’Ecriture qui était de faire de l’écriture un canon de la foi et de la pratique jusqu’à la consommation des âges qui ne pouvaient être obtenus, si (par la perte de certains livres canoniques) un canon mutilé et défectueux (ou plutôt aucun canon du tout) a été laissé à l’Eglise. (6) De la pratique des Juifs, parce qu’ils n’ont pas reconnu plus de livres canoniques de l’Ancien Testament que nous, ni copiés dans leurs targums, ni traduits par la Septante.

6.Sources d’explication.

VI. Toutes les choses que les hommes de Dieu ont écrites ne sont donc pas divines et inspirées (theopneusta). Car ils pouvaient étudier et écrire certaines choses en tant qu’hommes avec soin historique (selon la richesse de leur connaissance), certaines choses en tant que prophètes par inspiration divine (selon l’autorité de la religion). Le premier peut être jugé avec liberté ; le second doit être cru nécessairement (comme Augustin, CG 18.38[FC 24:145-46] le remarque bien). Comme tout ce qu’ils disaient n’était pas canonique, de même que tout ce qu’ils écrivaient. Si donc Salomon a écrit beaucoup de livres de paraboles et de chants (concernant les plantes et les animaux, 1 R 4,32, 33), il ne s’ensuit pas qu’ils étaient canoniques. Ils pourraient avoir été préparés par l’homme avec diligence pour montrer la connaissance étendue des choses qui lui ont été fournies, mais pas comme une preuve d’inspiration divine et surnaturelle.
VII. Les livres qui sont censés être perdus n’étaient pas sacrés et canoniques (comme le livre des guerres du Seigneur[Nom. 21:14] ; le livre de Jasher[Jos. 10:13* ; 2 S. 1:18*] ; les chroniques des rois de Juda et Israël[1K. 14:19, 20 ; 15:7]), ne contenant pas de doctrines religieuses, mais soit des annales politiques dans lesquelles les réalisations des Israélites ont été enregistrées, soit des tableaux des actes publics et des lois politiques, comme il ressort de 1 R 11:41. Ou bien les livres, censés être perdus, restent encore sous différentes appellations ; comme les livres de Nathan et de Gad (1 Ch. 29:29) ; et d’Iddo (2 Ch. 9:29) ; de Shemaiah et Iddo (2 Ch. 12:15). Comme l’enseignent les Juifs et comme en témoignent certains des pères, et comme l’avouent de nombreux papistes de renom (comme Sixtus Senensis, Paul Burgensis, Ludovicus de Tena, Sanctius et autres), ceux-ci font partie des livres de Samuel et des rois.
VIII. Le livre du Seigneur (dont parle Esaïe 34:16) n’est autre que la prophétie qu’il a écrite au nom du Seigneur. C’est pourquoi il l’appelle le livre de Jéhovah. Le livre des Lamentations de Jérémie à la mort du roi Josias (mentionné dans 2 Ch. 35:25) reste encore dans les Lamentations.
IX. Il n’est pas dit dans Col. 4:16 qu’il n’y a pas eu d’épître de Paul aux Laodicéens parce qu’il parle d’une épître « de » (ek Laodikeias) pas « à » (pros Laodikeian) Laodicée (qui pourrait avoir été une épître écrite par les Laodicéens à Paul). Puisqu’il y avait des choses que les Colossiens avaient intérêt à savoir, Paul voulait que les Colossiens le lisent avec le sien. Il est donc évident à quel point Faber Stapulensis n’a guère voulu imposer une épître aux Laodicéens sur le monde chrétien (ce que les papistes plus sages ont reconnu).
X. Jude 14 ne mentionne pas le livre d’Hénoc, mais seulement sa prophétie. On dit qu’il a prophétisé, pas écrit. Mais ce livre (s’il a jamais existé) n’a jamais été contenu dans le canon. C’est ce qui ressort du silence de Josèphe et de Jérôme et de ce silence – que Moïse est considéré comme le premier écrivain canonique dans Lc 24,27. En effet, il ressort d’Augustin (CG 15.23[FC 14:474]) qu’il existait en son temps un livre apocryphe faussement attribué à Hénok comme son auteur, dont nous devons un fragment à Joseph Scaliger (« Animadversiones in Chronologica Eusebi, » in Thesaurus temporum[1606/1968], 2:244-45).
XI. Si certains passages de l’Ancien Testament sont cités par les apôtres et ne se trouvent plus expressément dans aucun livre canonique, il ne s’ensuit donc pas que le livre canonique dans lequel ils étaient contenus ait été perdu. Soit on les trouve implicitement quant au sens (kata dianoian), comme quand Matthieu dit à propos du Christ : « Il sera appelé Nazaréen » (2:23), ce qui est tiré soit d’Esaïe. 11:1* (selon Jérôme)* où le Christ est appelé une « racine » ; ou par intention (de Jdg. 13:5, où il traite de Samson le type de Christ dont il est dit qu’il sera un « Nazaréen à Dieu » dès le sein maternel). Ou dans ce qui est dit dans 1 Corinthiens 5:9 au sujet de l’épître que Paul leur avait écrite, il n’y a aucune objection à ce que nous la considérions comme une référence à celle qu’il écrit. Peu de temps auparavant, il leur avait ordonné d’excommunier la personne incestueuse, comme lorsqu’on lit cette épître (Col. 4.16), c’est-à-dire celle qu’il écrivait alors (hē epistolē). Ou ils sont simplement historiques, comme ce que Jude. 9 dit de l’altercation entre Satan et Micaël au sujet du cadavre de Moïse, qu’il aurait pu apprendre soit de la tradition (comme certains le croient), soit d’un livre ecclésiastique (non canonique) qui est perdu.
XII. Bien que les autographes de la loi et des prophètes (conservés dans l’arche) aient pu être brûlés avec elle lorsque la ville fut renversée et le temple brûlé au temps de la captivité babylonienne, il ne s’ensuit donc pas que tous les livres sacrés périssent alors (qui furent à nouveau restaurés en quarante jours par Esdras comme par un second Moise) car de nombreuses copies pouvaient être en la possession des fidèles et dont on pouvait ensuite restaurer le culte de Dieu (Esdras. 6:18 ; Neh. 8:2). Il est peu probable non plus qu’Ezéchiel et les prêtres pieux (ainsi que Jérémie, Guedalia et Baruch qui ont reçu la permission de rester en Judée) auraient été sans eux, surtout quand la conservation et la lecture des livres sacrés leur appartenaient ; dans le cas de Daniel, cela est clair (Daniel 9:2). Le passage 2(4) Esdras 4:23 (cf. 14:21), d’où l’argument de sa destruction universelle, ne prouve rien (car il est apocryphe pour les papistes eux-mêmes) et est réfuté par un autre livre apocryphe qui est considéré comme canonique par les papistes, qui dit que l’arche dans laquelle fut déposée la loi (Dt 31:26) fut conservée par Jérémie dans une caverne du mont Nebo (2* Mac 2:5). Le silence profond de l’Ecriture réfute surtout cette fiction (qui n’aurait pas passé par une si grande perte sans la mention du deuil public), car elle pleure si amèrement sur la pollution du sanctuaire, la destruction de Jérusalem, l’enlèvement des vases sacrés, la chute du temple et d’autres choses. Esdras aurait donc pu s’efforcer de recueillir, oui, et même de corriger et de restaurer les copies qui avaient été corrompues dans la captivité (ce qu’il pouvait le mieux faire en s’inspirant de Dieu[theopneustos]), mais il n’était pas nécessaire de le donner à l’église entièrement nouvelle.

Turretin.

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