Était-il nécessaire que la parole de Dieu s’engage dans l’écriture ? [SAINTES-ECRITURES Q2 Turretin]

DEUXIÈME QUESTION : LA NÉCESSITÉ DE L’ÉCRITURE BIBLIQUE

 

Était-il nécessaire que la parole de Dieu s’engage dans l’écriture ? Nous affirmons

 

I. Comme dans la question précédente, nous avons prouvé la nécessité de la parole, nous traitons donc de la nécessité des Écritures (ou de la parole écrite) contre les papistes. Car, comme ils s’efforcent soigneusement d’affaiblir l’autorité de l’Écriture afin d’établir plus facilement leurs traditions non écrites (agraphes) et le tribunal suprême du pape lui-même ; ainsi, pour la même raison, ils sont habitués de bien des façons à en altérer la nécessité afin de la rendre utile à l’Église, mais pas nécessaire (comme le montre Bellarmin, VD 4.4, pp. 119-22). Le cardinal Hosius n’hésite pas à blasphémer en disant : « Mieux vaudrait pour les intérêts de l’Église si les Écritures n’avaient jamais existé » ; et Valentia : « Il vaudrait mieux qu’elles n’aient pas été écrites ».

 

1.Énoncé de la question.

 

II. Quant à l’état de la question, n’oubliez pas que le mot « Écriture » est utilisé dans deux sens : soit matériellement, par rapport à la doctrine livrée, soit formellement par rapport à l’écriture et au mode de livraison. Dans le premier sens (comme nous l’avons déjà dit), nous le considérons comme nécessaire, simplement et absolument, pour que l’Eglise ne puisse jamais l’épargner. Mais dans ce dernier sens (dont nous discutons maintenant), nous soutenons que ce n’est pas absolument nécessaire par rapport à Dieu. Pendant deux mille ans avant le temps de Moïse, il instruisit son église par la parole seule ; ainsi il aurait pu (s’il le voulait) enseigner de la même manière par la suite, mais seulement hypothétiquement (à cause de la volonté divine) puisque Dieu a jugé bon pour des raisons sérieuses de consacrer sa parole à écrire. D’où l’ordination divine étant établie, elle est rendue nécessaire à l’Eglise, afin qu’elle concerne non seulement le bien-être (bene esse) de l’Eglise, mais aussi son existence même (esse). Sans elle, l’église ne pourrait pas se tenir debout. Dieu n’était donc pas lié aux Écritures, mais il nous a liés à elles.
III. La question n’est donc pas de savoir si l’écriture de la parole était absolument et simplement nécessaire, mais relativement et hypothétiquement ; pas pour chaque époque, mais maintenant dans cet état des choses ; ni relativement à la puissance et à la liberté de Dieu, mais à sa sagesse et à son économie comme traitant avec les hommes. Car de même que dans l’économie naturelle, les parents varient le mode d’instruction en fonction de l’âge de leurs enfants (que les nourrissons peuvent d’abord être instruits par la parole, puis par la voix d’un maître et la lecture de livres, et enfin par eux-mêmes à partir de livres), ainsi le Père céleste qui châtie son peuple comme un homme châtie son fils (Dt 8, 5), enseigne l’Église encore en enfance et se lève par la parole, mode le plus simple de la révélation. L’Eglise qui grandit actuellement et au début de sa jeunesse constituée sous la loi, il l’enseigne à la fois par la parole (à cause des restes de son enfance) et par l’écriture (à cause des débuts d’une époque plus robuste au temps des apôtres). Enfin, dès son plus grand âge sous l’évangile, il souhaite qu’il se contente du mode parfait de la révélation (c’est-à-dire, à la lumière de la parole écrite). Les Écritures sont donc rendues nécessaires non seulement par la nécessité du commandement, mais aussi par l’hypothèse de l’économie divine que Dieu a voulue variée et multiple (polypoikilon) selon les différents âges de l’Église (Éph. 3:10).
IV. D’où la distinction du mot en non-écrit (agraphon) et écrit (engraphon), une division non pas du genre en espèces (comme le soutiennent les papistes, comme si le mot non-écrit était différent de l’écrit), mais une distinction du sujet en ses accidents, parce que c’était autrefois non écrit et maintenant est écrit sont les accidents du même mot. Il est donc appelé « non écrit » (agraphon), non pas par rapport au temps présent, mais par rapport au passé quand Dieu a jugé bon d’instruire son Église par la parole seule et non par l’écriture.
V. Bien que Dieu « à divers moments et de diverses manières » (polymerōs kai polytropōs) ait parlé aux pères dans le passé (Heb. 1:1), d’une voix claire et d’un discours livré (prophorikō) en paroles, puis avec un afflatus interne (comme par un discours mental[endiathetō], parfois par l’envoi de rêves, parfois par l’exposition de visions, parfois par une prise de forme humaine, souvent par le ministère des anges et autres symboles de la présence divine) – la doctrine était pourtant toujours la même ; ni par le mode de révélation ou d’envoi, ni par les changements du temps.

 

2.La nécessité de l’Écriture s’est révélée.

 

VI. Trois choses prouvent particulièrement la nécessité de l’Écriture : (1) la préservation de la parole ; (2) sa justification ; (3) sa propagation. Il était nécessaire qu’une parole écrite soit donnée à l’Église pour que le canon de la vraie foi religieuse soit constant et imperturbable ; qu’il soit facilement préservé pur et entier contre la faiblesse de la mémoire, la dépravation des hommes et la brièveté de la vie ; qu’il soit plus certainement défendu des fraudes et corruptions de Satan ; qu’il soit envoyé non seulement à ceux qui sont loin et séparés mais aussi à ceux qui sont largement séparés, pour mieux se transmettre. Car par « lettres », comme le fait bien observer Vives, « tous les arts sont conservés comme dans un trésor, afin qu’ils ne périssent jamais, alors qu’au contraire, la tradition par la main est malheureuse » (De disciplinis … de Corruptis Artibus 1[1636], p. 5). C’est un avantage divin et merveilleux des lettres, comme le dit Quintilien, « qu’elles gardent les mots et les livrent aux lecteurs comme une confiance sacrée » (Oratoria Institutio 1.7.31[Loeb, 1:144-45]). Les lois publiques, les statuts et les édits des rois, ainsi que les décrets du commun, ne sont pas non plus inscrits sur des tablettes de laiton ou sur des tablettes publiques pour d’autres raisons, sauf que c’est la méthode la plus sûre pour les préserver inviolables et pour propager à travers les âges le souvenir des choses qu’il est important pour les gens de savoir.

3.Sources d’explication.

 

VII. Bien que l’église avant Moïse n’avait pas de parole écrite, il ne s’ensuit pas qu’elle puisse aussi s’en passer maintenant. L’église n’en était encore qu’à ses débuts et n’avait pas encore été transformée en un corps politique, mais elle est maintenant plus nombreuse et plus peuplée. Sa position dans le passé était différente de ce qu’elle est aujourd’hui. A cette époque, le mot non écrit (agraphon) pouvait être plus facilement préservé en raison de la longévité des patriarches, de la rareté de l’alliance et de la fréquence des révélations (bien qu’il n’ait pas subi quelques corruptions). Mais en d’autres temps où la vie de l’homme était raccourcie, où l’Église n’était plus comprise dans l’une ou l’autre famille, mais augmentée à un très grand nombre de personnes et où les oracles divins étaient plus rarement déclarés, une autre méthode d’instruction était nécessaire pour que cette république religieuse soit régie non seulement par la parole, mais par des lois écrites.
VIII. Bien que certaines églises particulières aient pu pendant un certain temps être sans la parole écrite de Dieu (surtout quand elles ont été construites pour la première fois), elles n’auraient pas pu être sans ce qui a été écrit (ce qui a sans doute sonné à leurs oreilles par le ministère de l’homme), ni l’église en commun alors sans les Écritures.
IX. L’Esprit Saint (le fournisseur[epichorēgia] par qui les croyants doivent être enseignés par Dieu[theodidaktoi], Jr. 31:34 ; Jean 6:45* ; 1 Jean 2:27) ne rend pas l’Ecriture moins nécessaire. Il ne nous est pas donné pour introduire de nouvelles révélations, mais pour imprimer la parole écrite dans nos cœurs, afin qu’ici la parole ne soit jamais séparée de l’Esprit (Is 59,21). Le premier travaille objectivement, le second efficacement ; le premier frappe les oreilles de l’extérieur, le second ouvre le cœur à l’intérieur. L’Esprit est le maître ; l’Ecriture est la doctrine qu’il nous enseigne. (2) Les paroles de Jean 31.33, 34 et 1 Jean 2.27 ne doivent pas être comprises absolument et simplement (comme s’il n’était plus nécessaire pour les croyants selon la dispensation du Nouveau Testament d’utiliser les Écritures, sinon les écrits de Jean ne leur auraient pas été utiles), mais relativement parce que, en raison de l’effusion plus abondante du Saint Esprit selon la dispensation du Nouveau Testament, il ne leur faut plus être enseignés aussi laborieusement comme dans l’ancien, par les éléments impolis. (3) La promesse de Jérémie ne s’accomplira complètement que dans le ciel où, à cause de la vision claire de Dieu, il n’y aura plus besoin du ministère des Écritures ou des pasteurs, mais chacun verra Dieu comme il est face à face.
X. Il n’est pas vrai que l’église a été conservée pendant la captivité babylonienne sans les Écritures. Daniel est dit à la fin des soixante-dix ans d’avoir compris par les livres le nombre d’années (Dan. 9:2), et il est dit qu’Esdras a apporté le livre de la loi (Neh. 8:2). Le passage en 2(4) Esdras 4:23, étant apocryphe, ne prouve rien. Mais bien qu’Esdras ait rassemblé les livres sacrés en un seul corps et qu’il ait même corrigé certaines erreurs dues à la négligence des scribes, il ne s’ensuit pas que l’église était entièrement démunie par rapport aux Écritures.
XI. Bellarmin affirme faussement qu’après l’époque de Moïse, ceux des pays étrangers qui ont été amenés à la nouvelle religion n’utilisaient que la tradition et étaient sans les Écritures. Car les prosélytes ont été instruits avec diligence dans la doctrine de Moïse et des prophètes, comme nous l’apprenons même du seul exemple de l’eunuque de la reine Candace (Ac 8, 27-39). Les Écritures n’étaient pas non plus entièrement inconnues des païens, surtout après qu’elles eurent été traduites en grec au temps de Ptolémée Philadelphus.
XII. Le Christ est notre seul maître (Mt 23,8) dans un tel sens que le ministère de la parole n’en est pas exclu, mais nécessairement inclus parce qu’il s’adresse maintenant à nous et nous instruit par lui. Le Christ n’est pas mis en opposition avec les Écritures ; il est plutôt mis en opposition avec les faux maîtres des Pharisiens qui ont assumé avec ambition l’autorité due au Christ seul.
XIII. Bien que les Écritures ne soient formellement d’aucune utilité personnelle pour ceux qui ne savent pas lire (analphabētous), elles servent matériellement à leur instruction et à leur édification tout comme les doctrines prêchées dans l’église sont tirées de cette source.

Turretin.

 

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