Les doctrines de la foi et de la pratique peuvent-elles être prouvées par les conséquences tirées de l’Écriture? [THEOLOGIE Q12 Turretin]

DOUZIÈME QUESTION : L’UTILISATION DES CONSÉQUENCES

 

Les doctrines de la foi et de la pratique doivent-elles être prouvées seulement par la parole expresse de Dieu ? Ne peuvent-ils pas aussi être légitimement prouvés par les conséquences tirées de l’Écriture ? Nous affirmons ce dernier point

 

1.Énoncé de la question.

 

I. Cette question doit son origine à la nouvelle méthode de contestation propre aux jongleurs et aux montagnards parmi les papistes qui, pour éluder plus facilement les arguments par lesquels nous avons invinciblement établi à partir de l’Écriture notre opinion et confiné leurs erreurs, supposaient qu’ils n’avaient pas mieux à faire pour sortir de la difficulté que nous obliger à prouver que toutes nos doctrines sont contenues en tant de mots dans les Écritures, tout usage des conséquences étant rejeté. Le Cardinal Perronius semble avoir conçu cette méthode en premier (Réponse du … Cardinal de Perron à la Réponse du… Roi de la Grande Bretagne[1630/1975]). Beaucoup d’autres de la même classe sans valeur le suivirent – Monterelle, Coton, Arnoldus (Arnoux) et surtout Veron qui fit appeler de lui une méthode particulière de contestation « Veronienne ». Les frères Wallenburgiens d’Allemagne s’y joignirent, ainsi que d’autres missionnaires à l’esprit léger. Mais d’autres hérétiques ont obscurci le monde avant eux, car les Ariens ont souvent utilisé cet argument pour renverser l’homoousion. Les Macédoniens ont également nié la divinité du Saint-Esprit simplement parce qu’il n’est dit nulle part dans les Écritures que le Saint-Esprit est Dieu (voir Grégoire Nazianze, Oration 31[5], « Sur l’Esprit Saint », 1.1[NPNF2, 7:318]). Maximus, le moine, témoigne que les Apollinaires et les Monophysites ont utilisé les mêmes armes (dans ses vingt orations+ qui sont communément, mais faussement, attribuées à Athanase).
II. L’article 5 de la Confession française (d’où ils veulent faire croire qu’ils ont tiré la phrase qu’ils nous fixent) affirme en effet la perfection de l’Écriture lorsqu’il dit que  » c’est la règle de toute vérité et qu’elle comprend ce qui est nécessaire à la gloire de Dieu et à notre salut, de sorte qu’il est interdit aux hommes ni même aux anges d’y ajouter ou d’en retirer quoi que ce soit  » (Cochrane, 145). Mais elle n’affirme pas qu’il n’y a rien à recevoir que nous ne trouvions pas en tant de mots dans les Écritures ; oui, en mentionnant vers la fin que nous recevons trois croyances (les Apôtres, Nicée et Athanésienne), elle suggère suffisamment que nous ne recherchons pas les lettres mêmes, mais la vérité des doctrines et du culte (ibid., 146). Cela signifie donc que la parole de Dieu seule doit être respectée à l’exclusion de toutes les traditions, mais ne nous limite pas à la parole expresse à l’exclusion des conséquences.
III. Pour comprendre la question, il faut se rappeler qu’une chose peut être dite dans l’Écriture de deux manières : soit kata lexin (expressément et en tant de mots) ; soit kata dianoian (implicitement et dans le sens). Nous disons que toutes choses sont contenues dans l’Écriture non pas de la première manière, mais de la seconde.
IV. Les conséquences peuvent être considérées soit matériellement (pour désigner les doctrines elles-mêmes tirées par conséquence), soit formellement (pour le lien lui-même des termes). Augustin fait la distinction entre « la vérité des propositions et la vérité des conclusions » (CI 2.32[50][FC 2:105 ; PL 34.59]). Encore une fois, certains sont innés et issus de l’Écriture, étant virtuellement contenus en elle ; d’autres sont implicites et portés en elle. Certaines sont proches, nécessaires et simples ; d’autres sont lointaines, probables et obscures. Nous parlons ici de la première, et non de la seconde.
V. La preuve solide d’une chose est soit en elle même ou dans sa relation ou dans l’homme. L’un consiste dans la preuve de la chose, l’autre dans la conviction de l’homme. Le premier est toujours présent dans un raisonnement solide par conséquences, pas le second.
V. La preuve solide d’une chose est telle en soi ou par rapport à tel ou tel homme. L’un consiste dans la preuve de la chose, l’autre dans la conviction de l’homme. Le premier est toujours présent dans un raisonnement solide par conséquences, pas le second.
VI. Les articles de foi qui doivent être prouvés à partir des Écritures sont soit positifs et affirmatifs (contenant une doctrine à croire), soit négatifs et exclusifs (rejetant les erreurs introduites par les hérétiques). Les premiers doivent être prouvés clairement et certainement par l’Écriture, parce qu’ils sont les objets de la foi ; mais en ce qui concerne les seconds, il n’est pas nécessaire d’en faire mention, mais seulement des principes généraux selon lesquels leur fausseté peut être démontrée. D’où l’insignifiance de nos adversaires lorsqu’ils nous demandent de prouver par tant de mots dans les Écritures qu’il n’y a pas de purgatoire, que le pape n’est pas le chef de l’Église, que la Messe n’est pas un sacrifice, etc. (1) C’est l’affirmative qui doit prouver et non la négative. (2) Ces doctrines ne sont pas positives, mais négatives avec nous. Il nous suffit donc d’enseigner qu’ils ne sont pas contenus dans les Écritures et que d’autres choses (qui les réfutent clairement) le sont.
VII. La suffisance et la perfection des Écritures ne consistent pas à condamner nommément toutes les erreurs et hérésies, mais seulement à annoncer clairement toutes les doctrines positives. Car comme le droit est la pierre de touche de lui-même et de l’obligation (toute vérité nécessaire étant clairement établie), les erreurs qui s’y opposent sont rejetées.
VIII. La question se pose donc de savoir si, outre la parole expresse de Dieu, des conséquences évidentes et nécessaires sont admissibles en théologie, ou si les doctrines de foi et de pratique peuvent être légalement prouvées par elles. Nous affirmons ; nos adversaires nient. Mais pas tout le monde, car Bellarmine est d’accord avec nous ici. « Rien, dit-il, n’est de foi, si ce n’est ce que Dieu a révélé par les apôtres et les prophètes, ou ce que l’on peut en déduire » (VD 4.9, pp. 131-32 ; cf. « De Justificatione », 3.8 dans Opera[1858], 4:542-44). Cano (« De Locis Theologicis », 12.6 dans Opera[1605], pp. 586-97), Salmeron (Commentarii in evangelicam historiam[1612], vol. 1, Prolegomenon 9, Canon 7, p. 95), Torquemada, (Summa de Ecclesia 4, Pt. II.8[1561], pp. 380-81) et plusieurs autres sont de son avis. Celles-ci soutiennent qu’il s’agit d’une foi qui, par conséquence nécessaire et légitime, peut être tirée de l’Écriture.

 

2.L’utilisation des conséquences prouvées à partir de la conception de l’Écriture.

 

IX. Beaucoup de choses établissent l’usage des conséquences dans les choses de la foi. (1) La conception de l’Écriture, qui doit servir à la doctrine (didaskalia), à la réprimande (elenchos), à la correction (panorthōsis), à l’instruction (paideia) et au confort (paraklēsis) (2 Tim. 3:16 ; Rom. 15:4) qui ne pourrait être répondu sans eux parce qu’aucune thèse ne pourrait être transférée à son hypothèse, ni aucune application des Écritures à des utilisations théologiques ou pratiques jamais être effectuée. (2) La nature de l’homme à qui sont confiés les mystères de la religion, qui n’est pas un tronc ou une brute, mais une créature rationnelle et (étant capable de raisonner) tenue de chercher dans les Ecritures (Jn. 5:39) et de ne pas se contenter de la coquille des mots, mais de pénétrer jusqu’à l’amande et le sentiment qu’il peut tirer de ce qu’il a lu quelque chose qu’il n’a pas lu (comme le dit bien Augustin, Contra Maximinum Hereticum Arianorum Episcopum 2*.3[PL 42.760]). (3) La sagesse de Dieu ; car, comme quand un sage parle, il veut que tout ce qui peut être légalement recueilli de ses paroles soit compris comme étant dit par lui ; étant ainsi infiniment sage et prévoyant tout ce qui peut être déduit de la parole, Dieu dit ainsi que ce qui peut être légalement recueilli de ses paroles doit être considéré comme sa parole. (4) La pratique des hérétiques, qui pour mieux défendre leurs erreurs contre les orthodoxes, ont entièrement répudié l’usage des conséquences. Les Ariens ont nié l’homoousion juste parce qu’elle n’était pas contenue dans les Écritures en tant de mots (autolexei). C’est pourquoi ils sont appelés par Basile des « capteurs de syllabes ». Grégoire Nazianze appelle l’adversaire contre la divinité de l’Esprit Saint qui utilise cet artifice, un Sophiste de l’A.B.C.C. et un pétitifogger de mots (sykophantēn tōn tōn onomatōn, Oration 31*.24, « Sur l’Esprit Saint »[NPNF2, 7:325 ; PG 36.160]). (5) L’usage des papistes qui prouvent par les conséquences beaucoup de leurs doctrines concernant la primauté et l’infaillibilité du pape, la transsubstantiation, le purgatoire et ainsi de suite. (6) L’exemple du Christ et des apôtres qui ont souvent utilisé les conséquences ; comme quand le Christ a prouvé contre les Sadducéens la résurrection des morts de la formule de l’alliance (Mt 22,32) qui ne dit rien expressément sur la résurrection ; et quand les apôtres ont prouvé que Jésus de Nazareth était le vrai Messie promis dans l’Ancien Testament, bien que rien de ce dernier soit dit en tant de paroles (autolexei). Il ne faut pas non plus répondre que l’autorité du Christ et des apôtres est infaillible et donc que leurs conséquences sont aussi d’une vérité certaine, alors que les nôtres ne le sont pas. Car bien que les conséquences de Christ soient infaillibles en elles-mêmes par l’autorité de l’orateur, elles n’avaient pas leur force avec les sadducéens par l’autorité de l’orateur (qu’ils ne reconnaissaient pas), mais par la nature de ce qui était dit. Sinon, comment Christ aurait-il pu, par cette preuve, arrêter les bouches de ses ennemis qui n’ont pas reconnu son autorité ?
X. Bien que les inférences du Christ quant à nous puissent passer dans la parole de Dieu pour la simple raison qu’elles viennent du Christ et qu’elles peuvent être faites légitimement objets de foi, il est faux qu’elles aient été réellement estimées par les Sadducéens, les ennemis du Christ. Non, pour cette seule raison, ils ont été admis parce qu’ils avaient un fondement dans les paroles de Moïse citées par Christ. Ils ont donc été reconnus comme tels par eux, en tenant compte des mots et non de l’orateur.
XI. Le Logismoi, contre lequel sont dirigées les armes de notre guerre (2 Cor. 10:4, 5*), ne sont pas toutes sortes de raisonnements, mais comme nous le lisons dans le logismoi epairomenoi kata tēs gnōseōs tou Theou (à savoir, s’élever contre, ne pas agir comme servantes ; s’opposer à l’Evangile, ne pas lui prêter assistance). Les premiers méritent d’être détruits parce qu’ils sont incompatibles (asystatoi) avec la foi ; mais pas les raisonnements si légitimes, étant soumis à la révélation et correctement utilisés tant pour son explication que pour son application.
XII. Le fondement sur lequel repose une chose est différent de l’instrument que nous utilisons pour la connaissance de la chose elle-même. Ce qui a un fondement faillible ne peut être infaillible parce que l’effet ne peut être plus grand à tous égards que sa cause. La raison n’est cependant pas ici le fondement, mais l’instrument.
XIII. Bien que l’intellect qui produit les conséquences soit faillible, il ne s’ensuit pas que les conséquences elles-mêmes soient fausses et incertaines. (1) La possibilité d’être trompé est différente de celle d’être réellement trompé ; l’être en faute l’est parfois de l’être toujours. Une puissance qui est d’elle-même et toujours faillible dans chaque exercice ne peut pas donner un fondement à une certitude infaillible. Mais tel n’est pas l’intellect parce qu’il est faillible non pas en lui-même mais accidentellement ; ni en tout, mais seulement dans certaines choses. Sinon, si l’argument était valable universellement et si (parce que la raison est parfois trompée) on ne doit jamais s’y fier, il s’ensuivrait que toute connaissance et certitude véritables avaient été retirées du monde, et le pyrrhonisme et l’incompréhension (akatalēpsian) introduits. De la même manière, toute certitude des sens serait enlevée parce qu’ils sont parfois trompés, ce que tout le monde considère comme absurde au plus haut degré. Car le pouvoir de faillibilité n’est pas nécessairement lié à chaque acte. Au contraire, l’utilisation de moyens légitimes peut l’empêcher d’entrer dans la loi. Par conséquent, de même que les sens doivent être libérés de tous les obstacles qui entravent leur certitude (existant soit dans l’objet, le médium ou l’organe), de même l’intellect doit être libéré des préjugés qui s’opposent à la bonne raison, et alors il ne se trompera pas. Nous parlons ici d’un intellect sain et bien constitué.
XIV. Appréhender la raison d’une conséquence est différent de l’appréhension du conséquent lui-même. La foi appréhende le conséquent ; la raison la conséquence. Et il ne s’ensuit pas que la foi (par laquelle le conséquent est cru) est fondée sur la raison parce que la raison n’est pas ici un argument à cause duquel je crois, mais l’instrument par lequel je crois. Or, l’instrument n’introduit pas dans le texte ce qui n’existait pas auparavant, mais produit par des conséquences légitimes ce qui y était dissimulé. D’où la conclusion théologique résulte de la moyenne déduite, mais de la logique de la raison ou de l’instrument qui entraîne des conséquences. La conséquence, quant à sa matérialité, est fondée sur la parole ; quant à sa formalité, sur la raison.
XV. Bien que la raison soit d’accord dans l’induction des conséquences, il ne s’ensuit pas que la foi soit établie par la raison ; car, bien que la foi vienne en écoutant, les sens ne sont pas le fondement de la foi ; la foi utilise la raison, elle ne se construit pas sur elle. Elle l’utilise comme un instrument d’application et un mode de connaissance, mais elle ne s’en sert pas comme fondement et règle des choses auxquelles il faut croire.
XVI. Les syllogismes mixtes (dont l’un des prémisses appartient au naturel, l’autre à la religion révélée) ne cessent d’être de foi. (1) Chaque proposition reçoit sa dénomination du sujet et non de l’attribut. (2) Une proposition de religion révélée contient virtuellement ce qui est tiré de la lumière de la nature pour le prouver et lui communique ainsi sa propre force. (3) Pour prouver une conclusion de foi, le moyen terme ne doit pas provenir de la nature, mais des Écritures ; mais lorsque le lien du moyen avec l’extrême majeur est nié par l’adversaire, il doit être assisté par les principes de la raison, non pour prouver la vérité du moyen, mais du lien. Par exemple, je nie que le pain devienne le corps du Christ dans la Cène (ce terme moyen ayant été supposé avoir les accidents du pain). Mais si l’on nie le lien entre le moyen et l’extrême majeur (c’est-à-dire le vrai pain qui a les propriétés du pain), il faut alors le prouver par la raison car il n’est pas formellement contenu dans l’Ecriture, mais seulement virtuellement.
XVII. L’action de la raison est si loin de rendre la foi douteuse qu’elle en facilite et en établit la connaissance et la certitude de manière assez importante. Ne distinguez que la raison dans l’abstrait et dans le concret : la raison illumine dans le croyant ou l’obscurité dans le non régénéré. Il est vrai que la raison aveugle et fausse fait une foi douteuse, mais nous la nions concernant la raison saine et éclairée.
XVIII. Bien que le divin puisse avoir une connaissance plus parfaite des conséquences, ce n’est pas une raison pour qu’une personne ignorante n’ait pas la même chose en fonction de ses capacités, bien qu’elle puisse ne pas connaître la logique et la métaphysique parce que la lumière de la raison et la logique naturelle suffisent pour lui permettre de percevoir les conséquences naturelles.
XIX. Dans ce genre de raisonnement où quelque chose est produit par conséquence, il est nécessaire : (2) que la conséquence ou l’inférence soit nécessaire et évidente (nécessaire non seulement par une nécessité formelle, mais aussi par une nécessité matérielle et conséquente, comme lorsqu’un conséquent est déduit d’un antécédent, une espèce d’un genre, un effet d’une cause) ; (3) qu’il soit évident en raison du consentement, de sorte que nous ne pouvons, à partir de cette preuve, consentir moins que la conclusion à l’inférence.
XX. C’est une chose de parler de raisonnements tirés de l’Écriture et selon elle, subordonnés et résolubles en elle ; une autre de parler de ceux qui s’y opposent. Parce que les hérétiques utilisent ces derniers pour prouver leurs erreurs, il ne s’ensuit pas que les premiers sont irrecevables. Car l’usage légitime d’une chose ne doit pas être confisqué en raison de son abus.
XXI. L’utilisation des conséquences n’est pas en désaccord avec la simplicité des disciples du Christ, car bien que cela devienne la brebis du Christ d’être simple, elles ne doivent pas être des brutes, mais des créatures rationnelles. De même, si nous sommes tenus d’écouter uniquement la voix du Christ, nous ne devons pas non plus rejeter l’usage des conséquences, à condition de les employer avec modération et dans le respect de la loi. Oui, c’est parce que la voix du Christ doit être entendue que nous devons chercher dans les Écritures afin de distinguer sa voix des autres, ce qui ne peut se faire sans l’utilisation de la raison. Si loin de nous éloigner de l’Écriture ou d’y ajouter des raisonnements tirés des conséquences de l’Écriture, nous sommes donc plutôt capables de tracer et de réduire à la pratique ce que les Écritures contiennent.
XXII. Bien que l’Écriture soit dite parfaite (comme fondement des choses à croire et à faire dans la mesure où elle contient toutes les doctrines et préceptes de vie nécessaires au salut), ce n’est pas pour nier la nécessité de l’explication et de l’application. Car une règle est parfaite, et pourtant nous devons l’appliquer. Cette application ne porte pas non plus atteinte à la perfection de la règle, mais la prouve et la déclare.
XXIII. La mataiologia ou « vaine sonnerie » que l’apôtre condamne (1 Tim. 1:6) n’est pas un raisonnement sain par les conséquences de l’Écriture, mais une discussion curieuse et pénible de choses sans importance qu’il appelle fables et généalogies sans fin (généalogies kai mythiques, apéro, v.). 4) comme les fables des païens sur les dieux et leur génération (théogonie) et les songes des Juifs sur Lilith, Béhémoth, Léviathan et autres idioties du Talmud.
XXIV. L’abus des raisonnements ne doit pas être confondu avec leur utilisation, ni être considéré dans l’abstrait comme une chose condamnable en raison de son application perverse dans le concret. Ainsi, beaucoup sont trompés dans leur perception des objets du son et de la vue. Il ne faut pas pour autant dire pour autant que tout est incertain et appréhendé par les sens. Ainsi, s’ils commettent une erreur en utilisant les conséquences pour établir les fausses doctrines de la transsubstantiation ou de la consubstantiation parce qu’ils sont forcés et illégitimes, ceux qui les utilisent légalement ne devraient pas être condamnés. Sinon, il s’ensuivrait que l’utilisation des Écritures elles-mêmes doit être condamnée parce que de nombreux hérétiques en ont fait un usage abusif.
XXV. Écouter une personne en tant qu’encadreur de doctrines (dans lequel le caractère Moïse, les prophètes et le Christ seul doivent être entendus à la fois sur les choses enseignées et sur la manière d’enseigner) est différent de l’écoute d’un fabricant d’instruments appropriés pour expliquer et appliquer ces doctrines (dans lequel les personnages utilisant les conséquences doivent être entendu).
XXVI. Il y a une différence entre les principes des doctrines et de la vérité des propositions et les principes de la vérité des inférences. Les premiers sont tirés des Écritures, les seconds de la raison. Et parce que la vérité des propositions est plus importante, elle est principalement considérée dans les arguments, et c’est à partir d’elle qu’il faut se prononcer sur la conclusion. Par conséquent, la conclusion de l’argument sera théologique parce que le principe des doctrines est tel. Mais la raison n’est pas le principe de la chose, mais de la connaissance de la chose ; ni tant le principe que l’instrument par lequel la chose à prouver est connue.
XXVII. La conséquence est une œuvre de raison (considérée formellement et organiquement) parce qu’elle est suscitée par la raison, mais pas comme elle l’est à l’origine et matériellement pour la doctrine suscitée par la conséquence. Ainsi les conséquences ne sont pas de la foi de l’organe par lequel elles sont déduites (car je ne crois pas parce que je raisonne, mais parce que la parole de Dieu le déclare) ; mais elles sont de la foi du principe dont elles sont déduites (car comme prémisses, les conclusions doivent l’être aussi).
XXVIII. Nous pouvons considérer qu’une chose vient de l’Esprit Saint, soit médiatement et en branches (c’est-à-dire ce qui est déduit de l’Ecriture à l’aide de la raison), soit immédiatement et en racine (ce qui est contenu en elle en tant de mots). Dans le premier sens, les conséquences viennent du Saint-Esprit, pas dans le second.
XXIX. Bien que nous ne devions pas considérer comme la doctrine des Réformés ceux qui, par quelque méthode que ce soit, peuvent être déduits de leurs confessions et leur être imputés ; ni comme l’opinion des luthériens ce que l’on peut déduire de leur doctrine – il ne faut donc pas considérer comme la parole de Dieu celle qui peut en être légalement et clairement tirée. Les cas sont complètement différents. Car le Saint-Esprit (qui sonde les choses profondes de Dieu[ta bathē tou Theou, 1 Cor. 2:10] comme il est omniscient) pouvait prévoir et vouloir tout ce qu’il était possible de recueillir de ses paroles. Mais les hommes (qui ne sont ni omniscients ni infaillibles) étaient incapables de savoir ce que l’on pouvait déduire de leurs paroles.
XXX. Lorsque Pierre nie que l’Écriture est d’interprétation privée (2 P 1, 20), il n’utilise pas le mot « privé » subjectivement – ce qui peut être légitimement dérivé par toute personne privée d’une comparaison des Écritures. Sinon, le Saint-Esprit ne nous ordonnerait pas de lire et de sonder les Écritures et de comparer les choses spirituelles avec les choses spirituelles (1 Cor. 2:13) ; de prophétiser selon la proportion de la foi (Rom. 12:6) ; et de les appliquer aux convictions et aux corrections (2 Tim. 3:16*). Il s’agit plutôt d’une interprétation d’origine privée et (comme le texte lit l’épilyse idia, c’est-à-dire l’épilyse propre et individuelle) découlant du cerveau et du plaisir de chaque homme, et que les paroles des Écritures et leur comparaison ne fournissent pas (comme le droit que le pape revendique pour lui-même d’interpréter les Écritures à son gré selon cet esprit infaillible qui le rend particulier et privé à lui-même).
XXXI. Que l’Écriture peut être expliquée par l’Écriture, il suffit que l’Écriture, dans ses antécédents et ses conséquences, dans ses parallèles, sa portée, etc., fournisse à l’interprète les fondements et les raisons par lesquelles il peut déduire le sens authentique et le démontrer à la conscience des autres. Mais il n’est pas nécessaire que les Écritures disent en aucun lieu que ce passage doit être expliqué par un autre, ni qu’il doit être lu expressément dans les Écritures les conséquences et l’interprétation que je propose ; comme lorsqu’un juriste comparant le droit avec le droit et s’expliquant mutuellement dit que l’empereur et le législateur s’interprètent. Il n’est pas nécessaire que l’empereur dise expressément que cette loi doit s’expliquer par cela et ces mots par cela.
XXXII. Bien que l’Écriture ne juge pas de la justesse d’une conséquence quant à la vérité du lien (parce que cela dépend de l’aide de la raison), elle ne cesse d’être le seul juge des controverses de la foi quant à la vérité des propositions. Comme la loi ne cesse pas d’être le juge des procès qui surviennent dans l’Etat, bien qu’elle ne déclare pas que les conséquences (qui en sont déduites pour en acquitter un et en condamner un autre) sont bonnes et bien formées. On n’a jamais non plus entendu dire que les principes des sciences réelles jugeaient de l’opportunité des conséquences qui en découlaient, bien que les controverses puissent être décidées par eux, physique par physique, éthique par éthique.
XXXIII. De même que l’ouïe ne fait pas le son et la vue ne fait pas la lumière (qu’elle perçoit en regardant), de même l’intellect ne fait pas non plus son propre objet (ni la vérité et la parole de Dieu qu’il comprend par le raisonnement) ; mais de même il doit se faire présenter ces choses à lui. Mais comme l’intellect par le raisonnement rend la vérité et la parole de Dieu concluantes, ainsi la vue et l’ouïe (par leur exercice) nous donnent la connaissance de la lumière et du son.
XXXIV. Bien que cela soit clair et évident, ce qui n’est nié par personne et est immédiatement compris par tous, il ne s’ensuit pas qu’une chose n’est pas perspicace, ce qui n’est pas immédiatement compris par tous. Car souvent beaucoup de choses sont obscures pour beaucoup de personnes (ce qui pourrait et serait très clair pour elles) soit parce qu’elles n’ont pas accordé l’attention nécessaire, soit parce qu’elles ont été aveuglées par les préjugés. Quand nous disons que nos conséquences sont évidentes, nous ne voulons pas dire dans le premier sens, comme si elles n’étaient niées par personne et qu’elles pouvaient être facilement comprises par quiconque sans attention et sans examen ; mais qu’elles sont évidentes pour ceux qui les regardent avec diligence et les considèrent de manière appropriée, ou que celui qui ne les voit pas doit avoir une bonne conscience.
XXXV. Si par formellement révélé signifie ce qui est contenu expressément dans la parole de Dieu, nous ne pouvons certainement pas dire que les conséquences sont formellement révélées. Mais si l’on entend par là ce qui est contenu dans tant de mots ou dans des mots équivalents, ou ce qui peut en être déduit par des conséquences évidentes et nécessaires, nous ne pouvons nier qu’ils sont formellement révélés et peuvent donc être appelés avec raison l’objet formel de la foi.

Turretin.

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