Chapitre sur le sujet de la THÉOLOGIE de Turretin [Question 1]

Avant d’aborder les questions de Turretin, nous tenons rapidement à expliquer la raison de la mise en ligne de ces travaux. Mais avant tout ? L’illustrer avec un verset de notre Parole bien aimée, un verset clef pour notre saison contemporaine :

Voici : moi-même je vous enverrai le prophète Élie Avant la venue du jour de l’Éternel, (Jour) grand et redoutable.Il ramènera le cœur des pères à leurs fils et le cœur des fils à leurs pères, de peur que je ne vienne frapper le pays d’interdit.
Malachie 3.23-24.

Malachie promet l’arrivée de Jean Baptiste et tient pour acquis qu’il y avait autrefois une vraie religion chez ce peuple, que le véritable culte de Dieu prévalait parmi eux et qu’ils étaient liés par un lien sacré. Mais, au fil du temps, diverses idées s’élevèrent parmi eux, oui, des hérésies sans nombre comme notre époque contemporaine, et puisque la sincérité était complètement corrompue, il les rappelle maintenant à leur première condition, de sorte que les fils puissent s’unir sentimentalement avec leurs pères et les pères aussi avec leurs fils et devenir un dans cette foi qui avait été livrée dans la loi.

C’est dans cette démarche que nous souhaitons nous relier avec nos pères dans la foi, déboucher les puits, et nous allons pour cela suivre les écrits du réformateur Turretin.

Le terme théologie est un mot qui fait peur à bon nombre de nos contemporains évangéliques, changez de conception ! Ouvrez vos esprits, soyez renouvelés dans votre intelligence et tendons vers l’excellence !

Chapitre sur le sujet de la THÉOLOGIE [Question 1]:

Le mot « théologie » devrait-être utilisé dans les écoles chrétiennes ? Et de quelles manières peut-on comprendre ce terme ?

Le mot « théologie » est utilisé à juste titre.

I. Puisque, selon les lois de la méthode exacte, l’usage et le vrai sens des termes (prōton exetazein ta onomata) doivent d’abord être expliqués (comme le dit le philosophe[Aristote]*), car les mots sont les types (typoi) de choses, certaines choses doivent être prémissées concernant le mot « théologie » avant que nous arrivions à la chose elle-même.
Mais bien que la question proposée puisse sembler à peine nécessaire (dans le bon sens et dans celui reçu par presque tous ceux qui pensent qu’elle devrait être retenue comme un mot technique[technikon] déclarant son sujet correctement et avec emphase), nous devons rencontrer l’opinion de ceux qui ne l’aiment pas parce qu’elle ne figure pas dans les Écritures et est utilisée pour désigner le faux système des païens et qui estiment que ce serait plus approprié pour utiliser des mots tirés d’Écritures.
II. Bien que le mot « théologie » ne soit pas en tant que tel écrit (engraphos autolexei), il n’est pas tout à fait non écrit (agraphos). Les mots simples qui la composent s’y retrouvent souvent : logos tou you ( » parole de Dieu « ) et logia tou you ( » paroles de Dieu  » ; cf. Rm 3, 2 ; 1 P 4, 11* ; He 5, 12). C’est donc une chose d’être dans l’Écriture en ce qui concerne les sons et les syllabes (ou formellement et dans l’abstrait) ; et une autre d’être en elle en ce qui concerne le sens et la chose signifiée (ou matériellement dans le concret). La théologie ne se trouve pas dans les Écritures de la première manière, mais dans la seconde.
III. Bien qu’il ne soit pas licite de former des doctrines qui ne sont pas dans les Écritures, il est licite d’utiliser parfois des mots qui ne s’y trouvent pas s’ils sont de nature à nous permettre soit d’expliquer les choses divines, soit d’éviter les erreurs. Pour ce faire, les théologiens ont utilisé les mots « triade », homoousiou, « péché originel », etc.
IV. Bien que les païens aient souvent abusé de ce mot pour désigner leur faux système, cela n’empêche pas d’appliquer à notre science véritable et salvatrice ce qu’ils ont donné à tort (faussement et faussement appelé[pseudōnymō]) le nom de la théologie. Tout comme le mot « Dieu » (qui parmi les païens désignait un dieu faux et fictif), et le mot « église » (qui était appliqué à une assemblée séculière) sont utilisés dans les Écritures dans un sens plus solide pour le vrai Dieu et l’assemblée des saints. Le mot « théologie » (d’origine grecque) a été transféré des écoles des païens à des usages sacrés, tout comme les récipients des Egyptiens ont été appropriés à des fins sacrées par les Israélites.
V Nous ne nions pas qu’il y ait dans les Écritures divers synonymes par lesquels la science céleste puisse être désignée ; comme lorsqu’elle est appelée « sagesse dans un mystère » (1 Co 2, 7), la « forme des paroles sages » (2 Tim 1, 13), la « reconnaissance de la vérité qui est après la piété » (Tit 1, 1), « doctrine » (Tit 1, 9) et est exprimée par des paroles semblables. Mais ce nom peut et doit néanmoins être conservé car il est utilisé depuis si longtemps et est le plus approprié pour exprimer cette science salvatrice.
VI. Il est évident que le mot « théologie » était utilisé par les païens. Car ceux qui parlaient sublimement de Dieu, qui rendaient un culte aux dieux, qui fixaient leurs anniversaires, leurs mariages, leurs descendants, leur domination et leurs accomplissements étaient appelés « théologiens » et leur science « théologie » (voir Lactantius, La colère de Dieu 2[FC 54:85-88] ; Clément d’Alexandrie, Stromata 3.3[ANF 2:384 ; PG 8.1119-20] ; Isidore, Etymologarium 8*.6.18[PL 82.307] ; Aristote, Métaphysique 3.4.9[Loeb, 1:126-27]).

Utilisation du mot.

VII. Chez les chrétiens, le mot « théologie » est utilisé soit de manière inadéquate (en référence à l’efficace pour signifier un discours de Dieu[Theou Logon], et en référence à l’objet, un discours sur Dieu[logon peri tou Theou]), soit de manière adéquate dans la mesure où il désigne un discours de Dieu et un discours sur Dieu. Ces deux éléments doivent être réunis parce que nous ne pouvons pas parler de Dieu sans Dieu, afin qu’on puisse l’appeler la science qui est à l’origine de Dieu, qui traite objectivement du sujet et s’écoule et mène à lui, ce que Thomas d’Aquin exprime bien, Theologia a Deo docetur, Deum docet, et ad Deum ducit ( » La théologie est enseignée par Dieu, enseigne Dieu et mène à lui  » ST, 1, Q.1, art. 7+-pas dans Thomas, mais un adage scolastique médiéval). Cette nomenclature embrasse donc le double principe de la théologie : l’un d’être, qui est Dieu, et l’autre de savoir, qui est sa parole.
VIII. Encore une fois, il est utilisé par les auteurs de trois façons : (1) largement ; (2) strictement ; (3) selon l’étendue réelle de sa signification. En premier lieu, elle est adaptée à la métaphysique, et en ce sens Aristote appelle la première philosophie « théologie » (Métaphysique 6.1.10-11[Loeb, 1:296-97] et 11*.7.8-9[Loeb, 2:86-89]). Il divise la philosophie théorique en trois parties : physique (physikēn), mathématique (mathēmatikēn) et théologique (theologikēn). D’autre part, les pères désignent particulièrement la partie de la science chrétienne qui traite de la divinité du Christ par le mot « théologie ». En ce sens, Jean est avec emphase appelé « Théologien » parce qu’il a affirmé avec audace la divinité de la Parole (tēn tou logou theotēta, cf. Apoc. 1:2). Les autres pères appliquèrent à Grégoire Nazianze le nom de « Théologien » parce qu’il a démontré la divinité du Christ dans diverses oraisons. C’est pourquoi ils ont fait une distinction entre théologie (théologies) et économie (oikonomies). Par les premiers, ils entendaient la doctrine de la divinité du Christ ; par les seconds, la doctrine de son incarnation. Theologein lēsoun est avec eux au discours de la divinité du Christ (Eusèbe, Histoire ecclésiastique 5.28[FC 19:343 ; PG 20.512] ; Basile le Grand, Adversus Eunomium 2[PG 29.601] ; Grégoire Nazianzus, Oration 31*.26, « Sur l’Esprit Saint »[NPNF2, 7:326 ; PG 36.161] et Oration 38*.8, « Sur la Théophanie »[NPNF2, 7:347 ; PG 36.320]). Dans le troisième sens le plus propre, il désigne « un système ou un corps de doctrine concernant Dieu et les choses divines révélées par lui pour sa propre gloire et le salut des hommes ». En ce sens, nous l’utilisons ici.
IX. L’emploi du mot « théologie » est soit équivoque et abusif (lorsqu’il s’applique à la fausse théologie des païens et des hérétiques), soit, moins justement, lorsqu’il se réfère à la sagesse originelle et infinie que nous concevons comme étant en Dieu se connaissant lui-même d’une manière indicible et plus parfaite (car le mot ne peut atteindre la dignité même de la chose) ; ou à la théologie du Christ et à la théologie angélique ; ou, plus exactement, lorsqu’elle s’applique à la théologie des hommes sur terre qui (comme nous le verrons plus loin) est divisée en théologie naturelle et surnaturelle.

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